
Depuis les débuts de leur association, le duo n'a cessé de gagner en cohésion et en maîtrise de son songwriting pour atteindre l'acmé artistique ici. S'il revient à Christophe Vaillant une bonne part de l'écriture du disque avec une pertinence saluée pour ce qui est de ses arrangements, le rôle de Maxwell Farrington n'en finit pas d'avoir son importance dans ces textes souvent d'une grande drôlerie où le champ lexical de la nourriture est plus que jamais présent.Cela débute comme du Jean-Jacques Perrey et son oscillateur sur ce "Brussel sprouts" d'ouverture, l'un des morceaux de bravoure de Window Tax. Qui comme sur trois autres titres voit Maxwell être secondé par le doux timbre de Lily Buchanan, muse du producteur Mike Lindsay qui a ouvert tout grand son studio rempli d'instruments et claviers vintage et bizarres. Dont le duo sait faire bon usage sans esbroufe. Ce n'est d'ailleurs pas la moindre qualité de Window Tax que de procurer des émotions et un plaisir auditif tout en restant sobre. Les mélodies sont plus solaires et catchy qu'elles n'ont jamais été malgré l'hygrométrie ressentie de Morgate (UK) lieu d'enregistrement de l'album : merveilleux "Do da da da" (non pas une reprise du hit de George Kranz), véritable pépite que Broadcast a oublié d'écrire. Sur cette chanson, on pense aussi à la douceur de Keren Ann dans le chant de Lily.Maxwell n'a plus besoin de se prendre pour Scott Walker ni d'abuser de trémolos ; son superbe organe fait le reste et d'ailleurs on pense davantage en l'écoutant à un émule d'Adam Green tant les tessitures sont proches voire à Ian Mc Culloch ("The architect").
Sur le formidable morceau-titre (un manifeste de ses années cuistot ?), Maxwell s'interroge sur cet "impôt des riches" aujourd'hui disparu que constituait l'indicateur du nombre de fenêtres donnant lieu à taxation. Avec Christophe, les deux ne se prennent cependant jamais au sérieux ; et il est ainsi assez saisissant qu'une merveille de titre comme "Lorène" qui doit ravir la personne dépositaire de ce nom compte parmi les mélodies les plus évidentes et addictives du disque ; quand celle-ci a pourtant été conçue comme une déconnade. A l'arrivée, une mélodie des plus émouvantes et une partie de cordes à tomber. Sur "Fish and chips", même constat. C'est l'ombre tutélaire du grand Jean-Claude Vannier qui est présente.sur un air et des arrangements qui n'ont rien à envier à "L'hôtel Particulier" Gainsbourgien., Et dans le genre déconne, les percussions très sobres de l'album, souvent programmées et jouées à la main ne sont pas en reste ; ainsi celles de "Cake" le somptueux final du disque reposent-elles essentiellement sur des poubelles et des cartons que le duo avait sous la main pendant l'enregistrement. Les guitares et accords de 9ème sont encore là, les changements harmoniques savants aussi. Mais le duo français le plus lounge du moment n'a jamais semblé aussi percutant et direct dans son écriture. On se surprend en effet à fredonner, à mémoriser instantanément ses compositions aventureuses. Et ceci a tout l'air d'une promesse culinaire et artistique à venir.
En résumé : le talent de Christophe Vaillant alias le SuperHomard et de son alter ego atteint ici une sorte de plénitude. Le 3ème long format du duo offre certaines de ses plus belles compositions et comptant parmi les plus catchy et émotionnelles de son répertoire. Une réussite.
