À l’instar de Marie Vareille dans son dernier roman « Nous qui avons connu Solange » (lecture obligatoire !!!), Virginie Grimaldi sort également sa grand-mère du placard et ouvre à son tour le tiroir des souvenirs. Celles et ceux qui la suivent sur les réseaux sociaux avaient d’ailleurs déjà eu un avant-goût de cette relation tendre et complice avec sa Mamie lors d’un voyage en Italie. Une atmosphère solaire, une douceur teintée d’humour, une intimité sincère… autant d’éléments que l’on retrouve ici, infusant ce roman d’une authenticité touchante.
Avec « D’autres printemps », son douzième roman, Virginie Grimaldi confirme son statut d’autrice incontournable, attendue chaque année avec une impatience fidèle et presque rituelle. Derrière sa plume reconnaissable entre mille, faite de confidences, d’autodérision et d’élans du cœur, se cache une promesse : celle de nous faire rire, pleurer, et surtout… de nous reconnaître. Un roman qui serre le cœur… pour mieux le réchauffer !
Flora, la quarantaine cabossée, voit son quotidien vaciller lorsqu’elle apprend que sa grand-mère Line, quatre-vingt-dix ans, a été hospitalisée. Mais contre toute attente, la vieille dame ne souhaite pas se soigner… mais s’enfuir. Quitter l’hôpital, traverser les kilomètres… et rejoindre un mystérieux village toscan dont personne n’a jamais entendu parler. Commence alors un road trip inattendu entre une petite-fille à la dérive et une grand-mère qui semble soudain pressée de remettre de l’ordre dans son passé. Sur les routes italiennes, entre silences et confidences, les vérités enfouies refont surface, transformant ce voyage en une quête intime où passé et présent se répondent.
Cette fugue italienne sur la route des origines a quelque chose de profondément sensoriel car l’Italie ne se contente pas d’être un décor. On y goûte les plats, on y sent la lumière et la chaleur du soleil, on s’y promène comme dans un souvenir qui ne nous appartient pas tout à fait… mais qui finit par devenir le nôtre. Mais ce qui bouleverse surtout, c’est ce lien entre Flora et Line. Une relation faite de gestes minuscules… où tout se dit sans toujours se formuler. Une relation qui se renverse aussi, car le temps passe, transformant l’enfant d’hier en soutien d’aujourd’hui.
Lors de ce dernier détour par l’enfance, direction la Toscane, Virginie Grimaldi excelle une nouvelle fois dans cet équilibre fragile entre rire et douleur. À l’aide d’une remarque acerbe ou d’une situation absurde, elle désarme tout d’abord le lecteur par l’humour… avant de le toucher en plein cœur quelques lignes plus tard. Comme la vie, finalement, où les émotions ne se succèdent pas, mais coexistent.
La structure du roman, entre présent et retours dans l’Italie des années quarante, donne une résonance particulière au récit. Les secrets de Line, longtemps tus, éclairent les blessures de Flora. Deux trajectoires, séparées par des décennies, mais qui se parlent et se répondent, tout en remplissant les silences du passé. Un voyage entre rires et regrets, sur une terre italienne qui fait refleurir les racines et qui nourrit les souvenirs. Un roman qui excelle dans la justesse des émotions, dans ces phrases simples qui touchent juste et dans cette capacité à dire l’intime sans jamais tomber dans la facilité.
On referme ce roman avec une sensation familière, celle d’avoir voyagé, oui, mais surtout d’avoir vécu quelque chose. « D’autres printemps » n’est pas seulement une histoire de transmission ou d’héritage. C’est un murmure adressé à chacun de nous… il n’est jamais trop tard pour comprendre, pour pardonner, pour aimer. Tant qu’il reste des printemps… tout reste possible.
D’autres printemps, Virginie Grimaldi, Flammarion, 314 p., 20,90 €
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