











Spectacle en feu.
Dialogue incandescent.
Une bailaora maîtresse totale de son art.
Précise jusqu’au vertige.
Pure.
Puis soudain sauvage.
Prête au moindre flux.
Physique.
Charnel.
Spirituel.
Une danse en permanence sur le fil du rasoir.
Le vertige toujours à deux pas.
Et aussi le cantaor.
Présence obscure.
Toujours là.
Jamais absent.
Ses palmas comme un battement ancien.
Obstiné.
Sa voix surgie du plus profond des âges.
Rugueuse.
Traversée de poussière, de nuit, de mémoire.
Parfois, il mène la danseuse.
Par moments, il l'affronte.
La défie presque.
Comme si la danse devait lutter contre le chant.
pour continuer d'exister.
On est dans le pur flamenco.
Et pourtant ailleurs déjà.
Dans la recherche d’autre chose.
Quelque chose qui déborde.
Les instruments lâchés en liberté.
Les compositions qui glissent parfois vers le jazz,
vers l’errance,
vers des paysages inattendus.
Moments suspendus entre la danseuse et le clarinettiste.
Puis avec le saxophone.
Comme des combats.
Comme des appels.
Toujours enveloppés par les percussions immenses.
Et les guitares impossibles à écarter.
Un orchestre fou.
Délirant parfois.
Mais toujours d’une précision brûlante.
La danseuse tout entière dans l’exploration de son territoire.
Elle creuse.
Elle cherche.
Elle ouvre des portes.
Et nous voyageons avec elle.
Paysages arides derrière les yeux.
Pierres brûlées par le soleil.
Villages blancs.
Places silencieuses.
Vieillards assis dans l’ombre.
Enfants qui traversent la lumière.
Arbres tordus.
Poussière.
Vent chaud.
Le flamenco comme expérience physique.
Sensible.
Sensuelle.
Presque hallucinée.
Pendant une heure et demie, partir ailleurs.
Voir des images naître partout.
Peut-être que c’est cela que j’aime tant dans le flamenco.
Cette capacité à transformer le son, les corps et le rythme
en pur spectacle intérieur.
