Lire c'est accepter de plonger dans la tête, dans le monde des autres, c'est recevoir et donner, ne serais-ce qu'à son cerveau, c'est apprendre, découvrir, c'est s'ouvrir les sens, c'est confronter ses idées préconçues, c'est explorer des univers, se tremper dedans, nager dans des réalités parallèles, c'est choisir de s'appartenir un peu, c'est aussi choisir de respirer sur le rythme de quelqu'un d'autre.
Et respirer, c'est vivre.
ROMEO & JULIET de WILLIAM SHAKESPEARE
Contrairement à une idée reçue, William Shakespeare n'a pas complètement inventé l'histoire de Roméo & Juliette. Le concept d'amants maudits dont la réunion est empêchée par leurs familles remonte à l'Antiquité, notamment avec le mythe de Pyrame et Thisbé raconté par Ovide dans ses Métamorphoses.
Au XVIe siècle, ce récit est repris et popularisé par plusieurs auteurs italiens, dont Masuccio Salernitano et Matteo Bandello. C'est l'adaptation anglaise de ces textes sous formes de poèmes, par Arthur Brooke, intitulée The Tragical History of Romeus & Juliet (en 1562) qui sert de source directe à Shakespeare qui en sera en quelque sorte traducteur/adaptateur. Dans le milieu de la traduction dont je suis issu et dans lequel je baigne encore, tout ce qui entoure Good Ol'Bill et surtout Romeo & Juliet est un peu notre rêve à tous. Swag boy Will qu'on l'appelle entre nous (oui, il a inventé le terme swag pour vouloir dire cool avant tout le monde, il est swag de même
)
Le dramaturge anglais s'approprie cette trame narrative mais la sublime. Il resserre l'action sur quelques jours seulement (au lieu de plusieurs mois chez Brooke) accélérant le rythme de manière vertigineuse, ce que Baz Luhrmann, réalisateur d'origine australienne que je déteste profondément, a pris au premier degré, en faisant un montage épouvantablement vidéoclip de son adaptation en film avec Leo, Claire & John et en y plaçant une exceptionnellement bonne trame sonore, sur un chef d'oeuvre, ainsi devenu une présentation pour l'oeil et l'oreille alors que la vraie valeur de ce texte, EST LE MOT. Ce texte commandait une tonne de plans fixes. Mettant l'accent sur le texte et l'acteur/l'actrice.
Enfin.
Shakespeare enrichit aussi considérablement la profondeur psychologique des personnages.
L'omniprésence de la violence pour tenter d'oublier un amour non partagé encore est la source de ce qui amènera Romeo Montaigu à se masquer pour croiser dans un bal, Juliette Capulet. Le coup de foudre est immédiat et réciproque. Ils se marient secrètement dès le lendemain, aidés de gens stimulés par l'envie d'unir les deux familles ancestralement désunies. Mais un cousin colérique ne l'entend pas ainsi. Les chats de ruelles se mutileront les uns, les autres. Fureur et douleur, Intensité. Exil forcé.
L'intrigue survit à toutes les époques puisque l'amour le fait aussi.
Si ennuyeux est ce jour, pareil à la nuit qui précède une fête pour un enfant impatient, qui a des vêtements neufs, et ne peut encore les porter, non vedo l'ora de quel giorno!
Réseaux sociaux ? Vous m'écoutez ?
C'est pas complètement de moi. C'est de Billy Brassel'Harpon.
Voilà.
J'ai fait mon Baz Luhrman. J'ai désacralisé un monument littéraire. Chef d'oeuvre de la passion irraisonnable.
