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La nuit au coeur

Publié le 05 juin 2026 par Lorraine De Chezlo

nuit coeurde Natacha Appanah

Roman - 283 pages

Editions Gallimard - août 2025

Prix Femina - 2025

Prix Renaudot des Lycéens - 2025

Prix Goncourt des Lycéens - 2025

Des femmes qui courent dans la nuit, des femmes qui tentent d'échapper à la violence ultime, il y en a malheureusement trop. Celles qui survivent, comme l'autrice, Natacha, partie à dix-huit ans vivre avec un homme bien plus âgé, qui dévoilera sa face perverse et violente. Elle fuira. Elle a fuit, de justesse, et elle est encore vivante. Ce n'est pas le cas de sa cousine, Emma, percutée, roulée dessus et jetée dans un fossé par son mari en 2000. Natacha y repense, c'est sa famille, c'était sa cousine. Elle y repense forcément quand l'actualité en 2021 évoque Chahinez Daoud, blessée par balle puis brûlée vive par son mari. Elle suit le procès avec émotion, et se doit d'écrire pour raconter leur mort, comprendre comment l'impensable surgit un jour quotidien, parfois dans sa rue, dans sa famille, dans son foyer. 

Avec une écriture virtuose, habile et précise, le roman La Nuit au cœur nous fait nous interroger sans cesse sur la nature documentaire, biographique ou romanesque de l'ouvrage. Il y a si longtemps que j'ai lu ce livre - quelques mois - qu'il m'est difficile d'en parler, mais je garde au cœur le souvenir d'une puissance littéraire, d'un travail d'écriture qui s'est mêlé à la vie, à nos tragédies contemporaines. Un roman hautement personnel qui a littéralement fait se croiser la vie personnelle de l'autrice à d'autres vies que la sienne, aux faits divers qu'on ne sonde pas, aux violences qu'on dénonce mais qui ne faiblissent pas, à la mort qu'on fuit mais qui ne les délaisse pas.

Extrait :"Je voudrais écrire ce qui va suivre en ponçant la langue, les mots, l'orthographe, la grammaire, gratter, gratter jusqu'à buter sur l’os même de l'acte et qu'il existe sur cette page comme tel : un geste inqualifîable, innommable, sans langue, sans mots, sans orthographe, sans grammaire. Peut-être qu’après tout je voudrais écrire ce qui va suivre en trouvant un autre moyen que l'écriture, en l'éclaboussant sur cette page, en le balançant ici tel quel d'un coup d'un seul, et il éclaterait comme un fruit trop mur une grenade et il dégoulinerait sur tout le livre et sur toutes les mains qui le tiennent et son encre sa couleur sa tache son odeur seraient indélébiles, inoubliables.
Peut-être que je voudrais écrire en ayant l'assurance que l'écriture, les livres, ce travail, cette obsession, que tout ça, ça sert à quelque chose."
C'est une écriture qui sonde, et qui sidère par son intelligence, sa persévérance, et l'extrême cruauté, les inévitables dénouements, les fatalités des mécanismes d'emprise.Extrait :"Il n’y a pas que le cœur de la femme qui s’arrête quand son compagnon la tue – son existence entière est désormais rétrospectivement teintée par ce crime. Elle n’existe plus que dans sa mort violente, elle est figée dans ce récit particulier qu’est le fait divers avec son déroulé chronologique, sa montée cruelle vers l’issue que l’on sait inévitable puisqu’elle a déjà eu lieu, ses hypothèses, ses preuves et nous, public, et nous, curieux, et nous, voyeurs, et nous, assoiffés, ne retenons que cela."Enquête journalistique, autobiographie, plaidoyer pour la considération des violences faites aux femmes, ce livre a plusieurs visages et de nombreuses qualités.L'avis de Mathilde - Critiques d'une lectrice assidueAvis et extraits - Les lectures de Cannetille

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