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Dernières lectures de mai

Publié le 05 juin 2026 par Adtraviata

Je fais encore un billet groupé pour trois lectures très différentes de la fin mai.

Dernières lectures

J’ai d’abord lu ce titre en mémoire des sept moines cisterciens assassinés il y a trente ans, en mai 1996. L’auteur, Jean-Marie Lassausse, est un prêtre de la Mission de France, envoyé au monastère de Tibhirine pour, après plusieurs échecs visant à faire revenir des moines sur place, y assurer une présence et travailler, « exploiter » le jardin et notamment les arbres fruitiers. Il fait mémoire des moines, de l’histoire du monastère, de son action sur place, de la place des chrétiens en Algérie et de son désir ardent de garder le dialogue et les musulmans et les chrétiens, comme le vivait le prieur Christian de Chergé. Le testament spirituel de ce dernier, publié quelques jours après la découverte des corps, est reproduit en annexe. Je tenais à lire quelque chose en rapport avec ces figures inspirantes que sont les sept moines martyrs de l’Atlas.

Jean-Marie LASSAUSSE, N’oublions pas Tibhirine !, Bayard, 2018

Dernières lectures

Présentation de l’éditeur : « Le réalisateur Richard Lease a connu des jours meilleurs. Il n’est plus à la mode, et ne se remet pas de la mort de sa grande amie Paddy. Elle fut sa scénariste, son soutien et sa boussole. Ivre de chagrin, il entreprend un voyage vers le nord du pays, en dialoguant avec une enfant imaginaire, faute d’être resté en contact avec sa propre fille qu’il n’a pas vue grandir. Sa route va croiser celle de Brittany, qui travaille dans un centre de détention pour immigrants. Elle aussi est partie de Londres sans réfléchir, à la poursuite de Florence, une mystérieuse jeune fille qui a secoué l’institution pour laqufilelle Brittany travaille. Le printemps va-t-il permettre à ces âmes perdues de retrouver leur chemin  ?
Ali Smith poursuit sa réflexion poétique et politique sur notre époque en portant une attention particulière aux gens déplacés, en fuite ou rejetés. Sa fantaisie joyeuse infuse une narration pourtant centrée sur la misère cachée de nos sociétés contemporaines, et en faisant appel à Charlie Chaplin, Katherine Mansfield, Rilke ou encore Shakespeare, elle nous amène vers un printemps libérateur. »

J’ai poursuivi la série des quatre saisons d’Ali Smith avec ce Printemps (bien de saison ou presque hihi) et j’ai été à la fois un peu désarçonnée et complètement sous le charme de ce roman, de cette écriture, de cette sensibilité. Chaque partie commence par un texte qu’on pourrait sur des réseaux sociaux sans filtre, sans vergogne, avec des propos racistes, haineux, qu’on prend en pleine face, première source de surprise. Ensuite impossible de ne pas s’attacher à Richard, en deuil de son amie Patty et submergé de chagrin, impossible de ne pas goûter l’évocation de leur amitié illuminée par Patty, femme de force et de sérénité, truffée de références littéraires. Difficile de ne pas être intrigué(e) par la jeune Florence devant qui toutes les portes s’ouvrent mais qui cache sans doute un passé très lourd dans sa jeune existence, difficile de ne pas sourire devant les réflexions intimes et les comportements de Bret, un peu « à la masse » dans son travail dans un centre de rétention pour réfugiés qui ressemble plus à une prison qu’à un centre d’accueil. Ces personnages convergent vers une même destination, vers une rencontre commune qui va changer (ou pas) leur existence et les ouvrir à une vie, on l’espère, meilleure. J’ai apprécié les émotions, l’humanité dégagée par ce roman, tout autant que son humour discret, son sens de la dérision. Ali Smith (une des auteurs étrangers qui ont décidé de ne plus se faire éditer par Grasset suite au licenciement d’Olivier Nora, je l’en aime d’autant plus) traite avec sensibilité les questions qui touchent la Grande-Bretagne contemporaine, ici l’accueil des réfugiés, qui piétine sans honte les règles élémentaires du droit d’asile et des droits humains tout court. Pour transposer des propos d’Olivier Nora lui-même, un livre n’est peut-être pas le moyen le plus important pour lutter contre cette pathologie moderne – mais il a au moins le mérite d’exister et de nous interpeller par le biais de la fiction. Merci, Ali Smith.

« J’ai traversé le monde pour venir chercher de l’aide ici, lui a dit un dét kurde. Et vous m’enfermez dans cette cellule. Je dors chaque nuit dans des toilettes avec quelqu’un que je ne connais pas et dont je ne partage pas la religion. »

« Mars. Le mois de l’éclosion qui peut aussi être celle de la neige, le mois de la floraison de ces têtes de jonquilles aux airs de parchemin. Le mois des soldats, car ce nom vient de Mars, le dieu romain de la guerre ; en gaélique, ça veut dire hiver-printemps et en vieux saxon, le mois âpre à cause de l’âpreté de ses vents. »

« Et si, dit la fillette, au lieu de dire cette frontière sépare ces endroits, on disait cette frontière unit ces endroits. Cette frontière tient ensemble ces deux endroits si différents et si intéressants. »

Ali SMITH, Printemps, traduit de l’anglais par Laetitia Devaux, Grasset, 2022

Grasset avec un R comme « Rendez-nous Nora ! » (slogan pondu dans un moment de délire avec mes libraires chéries) et un S comme Scandale !)

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Et pour finir, ce roman assez court (160 pages) lu sur le conseil d’un libraire pour une rencontre avec l’auteur chez Au Temps Lire. A l’occasion d’un documentaire tourné sur Eliseo Alegre, un footballeur des années 1950 que personne n’a jamais filmé, ses amis, des membres de sa famille, de son village imaginaire de Patagonie argentine, des journalistes et d’autres prennent la parole et racontent leur version (parfois contradictoire) de l’histoire de cet homme qui portait bien mal son nom : il n’était pas vraiment heureux, Eliseo, souffre-douleur dans son enfance, soudain porté aux nues pour son talent de footballeur alors qu’il n’y connaissait rien, pas heureux malgré ce succès (tout régional) parce que dans le fond, il n’aimait pas le foot… On se demande même ce qui le touche vraiment et pourquoi il porte un tel fond de tristesse en lui. Son destin a par contre touché la lectrice que je suis, qui a apprécié aussi la forme polyphonique adoptée par l’auteur. Il n’est pas nécessaire d’aimer le foot pour apprécier ce roman ! La rencontre a été très sympathique, à l’image d’Eduardo Berti (qui fait partie de l’Oulipo), une rencontre animée par des extraits du livre lus par des membres de l’association lilloise de lecture à haute voix La Bocca. Encore une chouette initiative de Au Temps Lire et une maison d’édition indépendante de la région lilloise !

Eduardo BERTI, eliseo Alegre ou le footballeur malgré lui, Editions La Contre Allée, 2026


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