Je l'ai surconsommé, le surconsomme encore, l'ai étudié, en fût double diplômé, y ai travaillé, fût primé, puis, j'ai quitté, mais le cinéma ne m'a jamais quitté.
8 1/2 de Federico Fellini
Immersion totale dans les méandres de la création artistique, cet autoportrait déguisé et pilier de l'histoire du cinéma mondial, gagnera 2 Oscars, celui du meilleur film en langue étrangère et celui des meilleurs costumes. Chef d'oeuvre de noir et blanc et de mise-en-scène, le film, son 8e et demi, capture l'essence même du doute intellectuel et de la crise existentielle.
Ce que traversait Federico, alors.
1962, FF a alors tourné 6 films, 2 courts métrage (qui font 1) et une co-réalisation (1/2). Ce projet était son 8e et 1/2, le titre de travail qui était d'abord provisoire, semblait alors pertinent à garder, symbolisant parfaitement l'inachèvement et l'introspection de l'entreprise cinématautobiographique.
L'histoire, signée des mains de Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano et Brunello Rondi, nous fait suivre Guido Anselmi, incarné par Marcello Mastroianni, un réalisateur de cinéma célèbre en pleine crise de la quarantaine. Épuisé par le succès et harcelé par ses producteurs, ses acteurs et ses admirateurs. Guido cherche à fuir. Il s'isole dans une station thermale luxueuse pour trouver l'inspiration pour son prochain film de science-fiction, dont les décors gigantesques sont déjà en construction.
Le problème est majeur, Guido n'a plus d'idées. Il est bloqué. Autour de lui gravitent les femmes de sa vie: Luisa, son épouse délaissée, Carla, sa maitresse charnelle, Claudia, l'actrice idéale qui incarne la pureté perdue. Submergé par la pression, Guido se réfugie dans ses souvenirs d'enfance, ses fantasmes érotiques et ses névroses religieuses. Mélangeant constamment réalité et imaginaire.
Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale, Anouk Aimée, Sandra Milo, Rossella Falk, Barbara Steele, Guido Alberti, Madeleine Lebeau, Jean Rougeul, Caterina Boratto, Annibale Ninchi, Giuditta Rissone sont cadrés par la brillante caméra de Gianni Di Venanzo.
La musique de Nino Rota joue un rôle crucial. Sa partition alterne entre des marches de cirque joyeuses, des airs mélancoliques, et des morceaux classiques revisités. Le thème final est devenu l'hymne universel de la magie du cinéma, transformant la confusion de Guido en une célébration festive de la vie.
Le génie du film réside dans sa résolution philosophique toujours pertinente en 2026. Accepter le chaos. Au départ, Guido cherche la perfection et une vérité absolue pour construire son oeuvre. Face à l'échec de cette quête, il réalise que la richesse de sa vie se trouve précisément dans ses imperfections, ses doutes, ses contradictions et le chaos qui l'entoure. Le film se termine par une scène qui deviendra culte. Tous les personnages de la vie de Guido rassemblés, réels et imaginaires. Et une piste de cirque, bien entendu.
Ne pas chercher la perfection. Aimer les êtres tel qu'ils sont et accepter ses propres faiblesses. Le processus créatif est débloqué non pas par la logique, mais par l'abandon à l'amour.
Le film a fait naître un sous-genre cinématographique meta-fiction confessionnel, dans les années qui suivront. Son ADN se retrouve en Suède en 1966, en France en 1973, aux États-Unis en 1970, 1979 et 1980, chez lui, en Italie, en 2013, en Espagne, en 2019, au Mexique, en 2022. Et surement ailleurs.
En explorant sa propre intimité, Fellini a touché l'universel, Son film reste un miroir ultime de l'artiste face au vide, un hymne immortel au cinéma comme outil de psychanalyse et de rédemption.
Panne créative devenue tourbillon visuel d'une modernité absolue. Et nouvel Oscar, en 1963. Meilleur film en langue étrangère.
