Fondée à Londres, en 1711, cette entreprise commerciale britannique est devenue le centre de la première grande bulle spéculative de l'histoire moderne, connue sous le nom de "bulle des mers du Sud". Ce récit mêle géopolitique, manipulation financière, corruption politique et psychologie des foules.
Pour rentabiliser l'opération, la compagnie doit faire monter le prix de ses actions. Une machine de propagande redoutable se met en marche. Les directeurs alimentent les rumeurs les plus folles sur les richesses inépuisables de l'Amérique du Sud (comme l'or, l'argent, les plantations). L'engouement est immédiat et irrationnel. Tout le monde veut sa part de richesse. Des nobles de la cour aux domestiques, en passant par des intellectuels célèbres comme Isaac Newton.
Pour entretenir la hausse, la compagnie permet aux acheteurs d'acquérir des actions à crédit, avec des acomptes minimes. Cette injection massive de liquidités artificielles gonfle la bulle à des niveaux insoutenables.
Inquiète de voir les capitaux se détourner de ses propres actions, la South Sea Company fait pression sur le parlement pour voter le bubble act en juinn1720. Cette loi interdit la création de compagnies par actions sans chartre royale. Ironiquement, en voulant détruire ses concurrents, la compagnie déclenche sa propre perte. Le marché prend conscience du caractère artificiel de toutes ces entreprises. À la fin de l'été 1720, le doute est installé ferme. Les investisseurs les plus prudents, ainsi que certains directeurs de la compagnie, commencent à vendre discrètement leurs titres pour empocher leurs gains. Le manque de liquidités se fait cruellement sentir. Les acheteurs à crédit ne peuvent plus payer. Krach.
La panique s'empare de la bourse de Londres. En septembre, la bulle éclat brutalement. En quelques semaines, l'action s'effondre pour retomber à 150 livres sterling. Les fortunes d'une vie entière sont réduites à néant en quelques jours. Isaac Newton, qui y perdit une somme colossale, formula alors sa célèbre réplique "Je peux calculer le mouvement des corps célestes, mais pas la folie des Hommes".
Le pays plonge dans une grave crise économique et politique. La colère populaire est immense. Le parlement ouvre une enquête qui révèle l'ampleur de la fraude et de la corruption. Plusieurs directeurs de la compagnie sont arrêtés, leur biens sont saisis pour indemniser les victimes, et des ministres sont contraints à la démission. Robert Walpole prend alors la direction du gouvernement et réussit à stabiliser l'économie en transférant une partie des actifs de la compagnie vers la Banque d'Angleterre.
Contre toute attente, la South Sea Company n'a pas été forcée de disparaitre. Restructurée, débarrassée de ses ambitions spéculatives, elle a continué d'exister comme une société de gestion de la dette publique et de commerce d'esclaves (jusqu'à l'aboliton de ce type de trafic). Elle a finalement été dissoute au 19e siècle.
La bulle des mers du Sud reste un cas étudié universellement, Elle a démontré comment la cupidité, combinée à l'absence de régulation et à la complicité corrompue de l'État pouvaient mener à la totale chute commune.
Ce qui guette tous les jours les cryptomanes.
