Il y a de ses visages qui capturent instantanément la lumière d'un écran, non pas par la force d'un glamour standardisé, mais par l'intensité d'un regard. Anton Yelchin était de cette race d'acteurs. Un esprit vieux dans un corps de jeune homme, une sensibilité à fleur de peau et une curiosité intellectuelle insatiable. En l'espace d'une quinzaine d'années de carrière, il a laissé une empreinte indélébile sur le cinéma indépendant et les superproductions hollywoodiennes. Acteur, Musicien, photographe, il incarnait l'essence même de l'artiste total, foudroyé en pleine ascension.
Le public le découvre véritablement au début des années 2000. À seulement 12 ans, il donne la réplique à Anthony Hopkins dans Hearts in Atlantis. Sa performance lui vaut des critiques dithyrambiques. Hopkins lui-même est impressionné par le professionnalisme de ce gamin qui passe ses pauses à lire de la grande littérature. Comme Dostoievsky.
L'année suivante, il incarne Charlie Bartlett dans le film du même nom, une comédie dramatique dans le milieu étudiant scolaire, où il insuffle une énergie débordante, un charme névrosé à la Ferris Bueller moderne, face à un Robert Downey Jr impérial. Yelchin a ce don rare: il rend ses personnages immédiatement attachants, humains, faillibles.
Quand il ne joue pas, il gratte la guitare dans le groupe punk The Hammerheads. Il se passionne surtout pour la photographie argentique. Armé de son Leica , il arpente les bas fonds de Los Angeles, capturant des images provocantes, intimistes, souvent sombres, des images influencées par le cinéma d'auteur européen et la littérature surréaliste. Une facette de son oeuvre qui sera saluée par des expositions (posthumes).
Un secret qu'il gardait pour lui afin de ne pas affecter sa carrière et qui encourageait son sentiment d'urgence à vivre, était qu'il souffrait de mucoviscidose. Maladie génétique rare, incurable.
À 27 ans, Anton fait partie de cette génération dorée d'acteurs en pleine ascension dont l'avenir semble illimité. Il s'apprête a passer lui-même derrière la caméra afin de tourner comme réalisateur le troisième film de la refonte des Star Trek. Le film aura le temps de voir le jour. Rien ne semble l'arrêter. Mais une nuit d'une banalité affligeante vient freiner tout ça.
Il se prépare à aller rejoindre des ami(e)s pour une répétition de théâtre. Il quitte sa maison de Studio City à Los Angeles, monte dans sa voiture, une Jeep Grand Cherokee et descend l'allée escarpée de sa propriété. Se rendant compte qu'il a oublié quelque chose ou voulant vérifier son courrier, il immobilise son véhicule, enfin pense le faire. mais le Jeep recule lentement et prend de la vitesse dans la descente prenant l'acteur par surprise et le coinçant entre le pare-choc et un pilier de brique qui lui coupe le souffle et l'empêche de crier à l'aide. Il agonise ainsi on ne sait combien de temps.
Ses ami(e)s, ne le voyant pas arriver, vont chez lui vers 1h00 du matin, pour le découvrir mort. Étouffé par sa propre voiture. Le médecin légiste dira qu'il n'aura pris que moins d'une minute à vivre après avoir été coincé. Décédé par asphyxie traumatique par compression. Le modèle de voiture sera en cause, son système de stationnement ne rendant pas clair le moment où la voiture est stationné pour vrai. Ses parents poursuivront Chrysler/Fiat avec succès, un arrangement est fait hors cour.
Cet absurde drame est arrivé aujourd'hui, il y a 10 ans.
Un documentaire et des séries d'hommages ont plu par la suite autour de ce jeune talent parti trop vite.
