Je rappelle que c'est au Procope, 13 rue de l’Ancienne Comédie, que Benjamin Franklin a rédigé certains éléments de la future Constitution des États-Unis et le texte du traité d’Amitié, de Commerce et d’Alliance entre la France et les États-Unis conclu le 6 février 1778.Nous fêterons cette année le 250e anniversaire de l'indépendance américaine. Et donc, en 1976 il s'agissait du bicentenaire de l'évènement. A cette occasion une dégustation à l’aveugle de vins français et californiens fut organisée à l'hôtel InterContinental de Paris par le marchand de vin britannique Steven Spurrier, alors propriétaire des Caves de la Madeleine à Paris, et qui ne vendait pratiquement que des vins français et l'Américaine Patricia Gallagher le le 24 mai 1976.
Parmi les onze juges on note la présence d'un célèbre chef,
Raymond Oliver, triplement étoilé, alors propriétaire du restaurant le Grand Véfour, aujourd'hui dirigé par Bruno Doucet (qui succéda à Guy Martin), et qui fut en son temps fréquenté par des célébrités comme Danton, Napoléon Bonaparte, Victor Hugo, George Sand, Lamartine, Jean Cocteau, Aragon ou Colette.Autant dire que l'avis du jury serait respecté. Il était prévu de déguster dix blancs à base de Chardonnay et dix rouges à base de Cabernet Sauvignon. En toute logique les vins blancs furent goûtés en premier opposant des bourgognes à des vins californiens du même cépage. Les français étaient certains que les vins californiens ne pouvaient pas l'emporter.Pourtant, Château Montelena 1973 (œnologue : Mike Grgich) obtint la meilleure note avec 14,4 sur 20. En seconde position se hissa ledomaine Jean-Marc Roulot (meursault Charmes) 1973 avec 14, 05.La victoire américaine semble faible mais il faut souligner que les onze juges donnèrent tous leurs meilleures notes au vin californien, Chateau Montelena. Et même si certains critiques ont prétendu que le Jugement de Paris avait manqué de rigueur scientifique ce moment, qui est aussi appelé "la dégustation de 1976", eut un énorme impact sur la production et le prestige des vins américains parce que les vins rouges californiens se sont, eux aussi, mieux classés que les français.Leurs prix s'envolèrent. Et le prestige accordé à son chardonnay permit à Mike Grgich de lancer son propre domaine l'année suivante. Chateau Montelena reste à ce jour parmi les noms les plus prestigieux de la vallée de Napa.J'imagine que les chefs de cave français redoublèrent d'efforts pour maintenir le prestige de la France si bien qu'il n'y eut pas de "raisin de la discorde" entre les deux pays si on me permet cette pirouette en référence au Jugement de Pâris dont je rappelle les règles en fin d'article.C'est au nom de cette amitié franco-américaine que fut organisée, le 8 juin dernier, à la résidence du Chef de Mission Adjoint de l'Ambassade des États-Unis d'Amérique à Paris, une réception pour célébrer le 50e anniversaire du Jugement de Paris, avec le soutien du Château Montelena Winery, l'un des domaines viticoles emblématiques qui ont participé à la dégustation légendaire de 1976. La soirée, très conviviale, était emprunte d'émotion.
Et puis le Zinfandel 2023 qui fut un millésime exceptionnel. J'ignore comment il se serait classé au Jugement de Paris mais ce fut mon préféré parmi les rouges.Le Zinfandel est considéré comme le raisin patrimonial de la Californie. Les raisins fermentent dans des cuves inox, puis dans des fûts de chêne français et américains pendant 16 mois.
Cinquante ans plus tard, l'héritage du jugement de Pâris reste plus que jamais d'actualité : la qualité ne connaît pas de frontières, et les grandes histoires naissent souvent du courage de défier les conventions.Quant au jugement de Pâris (avec un accent circonflexe) c'est un épisode important dela mythologie grecque qui met en compétition les déesses Héra, Athéna et Aphrodite, et provoqua la guerre de Troie. Cet épisode est à l'origine de l'expression "pomme de discorde".
