
C’est reparti avec une deuxième édition pour Rive Noire Littérature, cet événement qui ponctue une saison d’émissions littéraires sur Sud Plateau TV, à savoir Les lectures de Gangoueus et le talk-show Transversales.
Parler de Rive Noire Littérature, c’est aborder avant tout cette saison littéraire. Une des plus riches qu’on ait produite avec Guy Padja, réalisateur de l’émission, moi dans le rôle de la conception et de l’animation. Une saison riche je disais. Je vais vous raconter une histoire qui commence avec Landry Sossoumihen. L'écrivain médecin béninois est dix ans après son premier roman Racines d’amertume, finaliste du Prix les Afriques 2017. L’enfance dans la rue, et en particulier dans le grand marché de Dantokpa (Nous étions frères, éd. Les lettres mouchetées). Gaston-Paul Effa a été le troisième auteur reçu au coeyur de cette saison avec un roman au titre évocateur L’enfant que tu as été marche à côté de toi. (Éd. Gallimard). Il y aura un avant et un après ce roman dans la démarche de cet écrivain prolifique et exigeant. Que dire de Raozy Pellerin, auteure du très beau roman L’admission ? L’avocate écrivaine réunionnaise questionne les enjeux et les moyens d'accéder aux cercles resserrées de l’élite française quand on vient d’une île lointaine. Le roman est une pépite par la mise en scène de l’érudition et la fragilité du personnage narrateur… Dans la même période, nous avons reçu Touhfat Mouhtare, la marraine de la première édition de Rive Noire Littérature, auteure du roman autobiographique Choses qui arrivent (éd. Bayard, Prix de la Renaissance française) qui nous conduit dans les impasses d’une étudiante comorienne devenue clandestine en France.
Faisons une pause. L’écrivain Mohamed Mbougar Sarr nous fait l’immense honneur d’être le parrain de cette deuxième édition de Rive Noire Littérature. On y reviendra.
L’écrivain et journaliste Jack Lamar a été reçu en janvier pour son roman publié en 2022 Viper’s dream. Un polar pur jus, qui nous plonge dans Harlem, ses clubs de jazz et la pègre qui y régnait entre 1930 et les années 60. Je réalise après la lecture que je ne travaille pas assez sur certains genres littéraires : le roman policier, le polar, le roman noir en font partie. Une piste à explorer. Le même jour, j’ai reçu un autre journaliste, haïtien lui, pour son roman Port-au-Prince, Cotonou un écho sans retour (Caraïbéditions). Comme Jake Lamar, Philomé Robert est journaliste et il revisite une histoire oubliée. Celle de ces élites haïtiennes venuent, à l’orée des indépendances, former des générations d’Africains sur le continent. Pour apporter un éclairage certain à ce point, j'ai songé à proposer une table ronde avec l’historien Amzat Boukari-Yabara, auteur du fameux Africa unite ! Une histoire du panafricanisme (éd. La Découverte). Avec Amzat, j’ai eu le privilège de faire plusieurs podcasts sur le sujet des leaders panafricains. La perspective qu’il offre sur l’histoire africaine et de sa diaspora permet d’obtenir une vision sourcée qu’on ne saurait teintée de militantisme. D’ailleurs la question de l’apport des grands Haïtiens à l’Afrique commence par l’Ethiopie…
Cette saison, nous avons reçu des primo romanciers. Honneur aux dames, je pourrai écrire des pages Rapatriement, d’Eve Guerra, prix Goncourt du premier roman, il y a deux ans. La complexité du rapatriement de la dépouille du père d’Annabella, son personnage principal, mort en Afrique centrale, autorise un cheminement, une errance dans son univers, celui d’une étudiante lyonnaise un paumée, celui d’une famille paternelle essentiellement composée de prolétaires en province, l’enfance en Afrique avec son père… La plume est exquise, originale. Que dire de Romuald Gadegbeku avec sa fiction Les gréveuses traitant d’un conflit social entre des femmes de ménage d’un hôtel parisien et leur employeur. Des grévistes rêveuses qui deviennent des gréveuses… Un roman hommage au combat des femmes et sur les nouvelles luttes sociales invisibilisées Sa construction vaut le détour pour tout bon lecteur.
Je poursuis avec le roman Né sur des pissenlits (éd. Elyzad). J’ai produit un article pour la revue colombienne El Malpensante. Une très belle expérience dans laquelle j’aborde son texte de l’écrivain congolais et celui de Touhfat Mouhtare sur le thème du mouvement des élites africaines vers le Nord. Ce texte sur un exil qui prend des formes différentes est avant tout l’hommage d’un fils à sa mère et un rappel que s’il y a des migrations vers l’Europe, il y a des mouvements intra-africains. Ainsi une femme angolaise fuit son pays en guerre, où elle a donné naissance sur des fleurs sauvages.
Un mot pour La désarmée des morts, le cinquième roman de Jean Michel Devésa qui nous introduit dans l’espace clos d’un domaine viticole dans le Médoc. Quelle serait une histoire d’un couple, de transmission de patrimoine dans une des régions les plus riches de France. Quelle forme d’écriture pour porter un tel discours, c’est le challenge posé par l’écrivain. Eddy L. Harris, quant à lui, nous gratifie de deux romans cette saison. Deux textes exceptionnels s’inscrivant dans la no-fiction. La vie de l’écrivain voyageur nourrit cette démarche avec la possibilité comme sur une tour de garde pour questionner la sociologie, l’histoire des espaces qu’il traverse, avec beaucoup de profondeur.
Annie Ferret et C. Souboré Dali repondront aux questions de l'écrivain Mohamed Mbougar Sarr, parrain de cette édition de Rive Noire littérature qui animera la dernière table ronde de cerre journée. J'y reviendrai.
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Entrée gratuite sur inscription en ligne c'est ici
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