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Deux Poèmes de Bertrand Degott

Par Etcetera
Deux Poèmes Bertrand Degott

Bertrand Degott (né en 1955) a fait paraître en automne 2025, aux éditions Tarabuste, le recueil poétique Correspondances, où il est largement question de nature et d’amour mais aussi, en arrière-plan, de passage du temps et de vieillissement.
Dans plusieurs textes, le poète rend hommage à des auteurs amis, proches de lui par le style et par la sensibilité, pour certains disparus, qui avaient en commun le respect de la rime, de l’alexandrin, de l’octosyllabe (et déca-), tout en préservant la souplesse, la vivacité et le naturel des vers, tels Jacques Charpentreau, William Cliff, Jacques Réda, Jean-Claude Pirotte, Cadou,…
Le thème de l’amour n’est pas si fréquent dans la poésie contemporaine et j’apprécie de croiser ce sentiment intemporel au cours de mes lectures – signe que le lien n’est pas rompu avec une tradition poétique encore émouvante à l’heure actuelle et, probablement, toujours dans le futur.
Quasiment à chaque page, la présence de plantes et de fleurs, aux noms parfois peu connus (en tout cas de moi, comme la scille ci-dessous, ou encore la ficaire) établissent des rapports entre végétaux et sentiments et/ou pensées, comme si la nature répondait à l’intériorité du poète, et à sa vie même.
Un recueil qui m’a touchée par ses thèmes et dont la forme versifiée montre une dextérité, une fluidité et une évidence superbes.

Présentation de l’éditeur

Le titre Correspondances peut s’entendre ici dans la polysémie du mot correspondance, notamment comme « échange de lettres ou de messages » et comme « rapport d’analogie » : la poésie est un genre adressé qui recourt à l’image. C’est là toute l’ambiguïté du verbe partager : ce que le langage ordinaire et la réalité séparent, le langage poétique prétend le relier, en restaurer l’unité perdue. Ainsi quelques dédicaces aux absents et de brèves notations témoignent à la fois d’une attention scrupuleuse au réel et d’un souci d’en décrypter la fugacité au moyen de l’image.
(Source : site de l’éditeur)

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Choix de deux poèmes

(Page 101)

Jour de Noël comme un dimanche
gouttes d’eau suspendues aux branches…
comme on traverse une épaisseur
de feuilles détrempées

on glisse un peu, là-bas la ville
résonne – on se sent inutile
ainsi perdu dans la douceur
trouble de nos pensées…

chaque racine qui affleure
et toute chose en nous qui pleure
ou se défait, c’est du pareil
au même – et l’on oublie…

à peine a-t-on vu que le monde
existe et déjà la nuit tombe…
si la journée nous émerveille
c’est qu’elle est accomplie…

*

(Page 62)
V

T’imaginer auprès d’un bouquet d’anémones
va savoir pourquoi me donne envie de pleurer
nous sommes séparés pour une heure encore et
toutes les fois qu’on doit se quitter je m’étonne
du courage qu’il faut pour ne pas demeurer
je ne suis, va savoir, qu’une fleur dans le vase
à peine une lueur de passage en tes yeux
un pas qui retentit dans la rue, au milieu
de ton ventre un hurluberlu qui par la phrase
imagine pouvoir t’aider à vivre mieux
même absente à cette heure où ma voix râle et tremble
où je m’essouffle, où mon cœur produit l’impression
d’un volet sur le point d’échapper à ses gonds
tu es dans ce qui bat qui m’échappe il me semble
la vie le tremblement l’air et la vibration
j’ai cueilli mon bouquet d’anémones sylvie
(d’une éclipse le ciel conservait la pâleur)
avec deux scilles pour y mettre la couleur
ces scilles sont de toi, ce bouquet c’est ma vie
je t’adore à l’égal des nombres et des fleurs

le grand poète à qui je dois cet hémistiche
aurait désapprouvé tant de naïveté
sans doute ne m’aurait-il pas même écouté
mais je t’aime à l’égal des bourgeons et des tiges
et de tout ce printemps qui appelle un été.

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