Au même moment où leur ami Elvis Costello effectue un retour triomphant aux affaires, le binôme inspiré de Squeeze entouré d'une escouade de musiciens fans (un peu comme les frères de Sparks), revient pour un 15ème album au contenu insolite.En effet, c'est fort de 13 chansons datant de leurs débuts au milieu des années 70 et restées dans les cartons que Glen Tilbrook (McCartney) et Chris Difford (Lennon) - à moins que ce ne soit l'inverse,- reviennent proposer au monde leurs enchanteresses mélodies dans une sorte de faux-album concept prônant les mérites d'un cabaret imaginaire, le Trixies.
Le genre de projet un peu dingo qu'aurait pu le concevoir le susmentionné producteur de leur quatrième album East Side Story (81). Pour rappel, Squeeze était et demeure ce grand groupe londonien pop new wave apparu dès la fin du punk, dans le sillage de Costello et ses Attractions ,Joe Jackson ou Graham Parker & The Rumour qui à la manière de ses contemporains, s'est vite signalé par une puissance mélodique sans faille. Donnant certes moins dans l'éclectisme à tout crin que ses congénères, mais qui se signala rapidement par une flopée de singles tous plus affriolants les uns que les autres. Des singles qui ne se contentaient pas de faire dodeliner ou danser le chaland mais qui à la façon de Madness ou Costello, donnaient ainsi libre cours à l'humour mordant et tongue-in-cheek dont les Britanniques ont toujours su faire preuve. Entre autres lorsqu'ils dépeignent les travers des classes sociales au travers de petites chroniques souvent drôles et émouvantes. On pense ainsi (entre autres) au formidable "Up the junction" dont la qualité d'écriture était digne des mythiques prescripteurs qu'étaient les Kinks, pas moins.
Dans ces 13 "nouveaux" titres, beaucoup de choses formidables. Introduit par le doucereux "What more can I say?" où le doux timbre de Tilbrook évoque plus que jamais la douceur McCartnienne et le tranchant Lennonien, sa marque de fabrique.
Comme souvent, les titres les moins lumineux, les plus sombres émanent de l'esprit plus torturé de Difford. C'était déjà le cas aux riches heures du groupe ("Here comes that feeling" sur Argybargy (81)leur grand oeuvre. "The dancer" et "It's over" offrent ainsi de vraies ruptures de ton renforcées par la voix grave et métallique de Chris. Tandis que les chansons les plus accortes viennent du plus solaire Tilbrook. On note ainsi les très catchy "What more can I say?", "Hell on earth", "Why don't you?", "Trixies, Pt.1" "Trixies, Pt.2, qui n'est pas sans évoquer le tube honni de Lennon "Woman is the nigger of the world".Et comme toutes les chansons ou presque sont par atavisme chantées lead par Glen Tilbrook, on le devine, Trixies est cet album solaire, qui réussit le double exploit de faire du neuf avec du vieux.
Sans l'avoir prémédité, Squeeze à 70 et quelques balais, invente donc un concept.
Il faut dans la foulée réécouter la période 78-81 de ce grand groupe. Ceux qui aiment la pop de classe seront servis.
En bref : 14 titres oubliés car jamais créés jusqu'alors, par le fantastique groupe pop UK, secret le mieux gardé d'Albion. Perfection pop, références soignées, tout y est. Un régal.

