Richard Starkey voit le jour le dimanche 7 juillet 1940, un peu après minuit, au numéro 9 de Madryn Street, dans le quartier populaire et ouvrier du Dingle, au sud de Liverpool. La ville, à peine un mois plus tard, entre dans l’un des chapitres les plus sombres de son histoire : les bombardements de la Luftwaffe sur les docks de la Mersey. Fils de Richard Starkey, confiseur et boulanger, et d’Elsie Gleave, l’enfant grandit dans un environnement modeste, marqué par la pénurie de l’immédiat après-guerre.
Le nom même de la famille porte une histoire à part : « Mon vrai nom est Parkin, et non Starkey, expliquera plus tard Ringo. Mon grand-père s’appelait Johnny Parkin. Quand sa mère s’est remariée — chose très mal vue à l’époque —, elle a épousé un Starkey, et mon grand-père a lui aussi pris ce nom. » Le foyer familial se délite tôt : les parents divorcent alors que Richard n’a que trois ans. « Je n’ai pas vraiment de souvenirs de mon père, confiera-t-il. Je ne l’ai revu que cinq ou six fois après son départ, et je n’ai pas cherché à le revoir, parce que ma mère m’avait trop dit que c’était un salaud. » Elsie et son fils quittent Madryn Street pour un loyer plus modeste au 10 Admiral Grove, où le jeune « Ritchie » grandira, entouré de ses grands-parents paternels qui l’aideront à élever.
Mais c’est la maladie, plus que la pauvreté ou l’absence du père, qui façonne véritablement l’enfance de Richard Starkey. À six ans, une appendicite mal soignée dégénère en péritonite : le petit garçon sombre dans le coma et reste hospitalisé près d’un an, coupé de sa mère et du monde extérieur. À peine remis, il accumule un retard scolaire considérable. Puis, à treize ans, nouveau coup du sort : une pleurésie, doublée d’une tuberculose, le renvoie au sanatorium pour plusieurs mois supplémentaires. Au total, ce sont près de deux années de sa jeunesse que Richard Starkey passera alité, loin de l’école, loin des terrains de jeu, loin de ses camarades.
C’est précisément dans cette geôle hospitalière que naît sa vocation. Dans le cadre d’ateliers thérapeutiques destinés à occuper les jeunes patients de longue durée, on tend un jour à l’enfant un petit tambour. Le choc est immédiat : frapper la peau, sentir la vibration remonter dans les bras, produire un son qui n’appartient qu’à soi — pour ce gamin dont le corps l’a si souvent trahi, la batterie devient une preuve d’existence, une manière de reprendre prise sur le réel. Il ne quittera plus jamais cette idée.
Sorti de l’hôpital avec des années de scolarité en moins et une lecture hésitante — il écrira longtemps de façon quasi phonétique — Richard Starkey enchaîne de petits emplois : garçon de courses pour British Rail, serveur sur le ferry de New Brighton, apprenti menuisier chez Henry Hunt & Sons. C’est un accident du travail, une blessure au doigt survenue dès le premier jour de cet apprentissage, qui achève de le convaincre : il sera batteur, pas menuisier. Son beau-père lui offre alors sa première vraie batterie, achetée d’occasion — un cadeau qui change une vie.
Sommaire
- Le skiffle, les Hurricanes et la naissance de « Ringo Starr »
- L’entrée dans les Beatles : l’été 1962
- Anatomie d’un style : le batteur le plus sous-estimé de l’histoire du rock
- Les années Beatlemania : 1962-1966
- Le studio comme laboratoire : de Revolver à Abbey Road
- Chanteur, compositeur et parolier malgré lui
- Ringo à l’écran : le Beatle acteur
- La séparation des Beatles et le vertige des années 1970-1980
- La renaissance : sobriété et retour à la scène (1988-1989)
- L’All-Starr Band : trente-sept ans de tournée continue
- Une discographie solo abondante : de Sentimental Journey à Long Long Road
- Ringo peintre, photographe et auteur
- « Peace and Love » : la Lotus Foundation et les engagements de Ringo
- Vie privée : Maureen, Barbara, et une lignée de batteurs
- Une reconnaissance institutionnelle tardive mais totale
- Ringo à 86 ans : une énergie qui déjoue tous les pronostics
- Ringo et Paul : la dernière amitié beatlesienne
- Ringo dans la culture populaire
- Conclusion : l’héritage discret d’un géant du rock
- Questions fréquentes (FAQ)
- Glossaire des entités nommées
Le skiffle, les Hurricanes et la naissance de « Ringo Starr »
Nous sommes en 1957. Liverpool, comme toute l’Angleterre, est saisie par la fièvre du skiffle, ce genre hybride né de la rencontre entre le folk-blues américain et le jazz de La Nouvelle-Orléans, popularisé par l’Écossais Lonnie Donegan. Les marins de Liverpool rapportent d’Amérique des disques de Johnnie Ray ou de Lightnin’ Hopkins qui fascinent l’adolescent. Richard Starkey fonde alors son premier groupe, l’Eddie Clayton Skiffle Group, avec lequel il décroche quelques engagements locaux prestigieux — dont une apparition remarquée à l’hôpital où il avait lui-même été soigné.
En 1959, il rejoint une formation bien plus installée sur la scène locale : Rory Storm and the Hurricanes, groupe vedette des clubs de Liverpool, emmené par le très charismatique Rory Storm (de son vrai nom Alan Caldwell). C’est au sein de cette formation que Richard Starkey se forge une véritable expérience de scène et adopte son nom d’artiste. Grand amateur de bagues (rings, en anglais), il se fait d’abord appeler « Rings », puis « Ringo » — un prénom aux consonances délibérément western, qui colle à l’imagerie country qu’affectionne le groupe. Quant à la contraction de son patronyme en « Starr », elle vient, dira-t-il avec humour, du fait que « Ringo Starkey, ça ne sonnait pas terrible ».
Avec les Hurricanes, Ringo Starr connaît déjà une petite gloire locale : lors des concerts, le groupe lui réserve un moment dédié, le fameux « Ringo Starr Time », où le batteur quitte son kit pour venir chanter en avant-scène des reprises comme Boys ou You’re Sixteen. Sa voix grave, différente du canon vocal en vogue, marque déjà les esprits. C’est également avec les Hurricanes qu’il part, en octobre 1960, jouer dans les clubs interlopes de la Reeperbahn à Hambourg — et qu’il croise pour la première fois la route d’un autre groupe de Liverpool en résidence dans la ville : les Beatles, alors emmenés par leur batteur Pete Best.
Le hasard et les circonstances rapprochent bientôt les deux formations. À deux reprises, en août 1961 puis en février 1962, Ringo Starr est appelé en dépannage pour remplacer Pete Best, souvent absent ou souffrant, aux côtés de John Lennon, Paul McCartney et George Harrison. Ces prestations ponctuelles laissent une impression durable sur les trois musiciens.
À cette époque, Ringo Starr est déjà, paradoxalement, le musicien le plus expérimenté et le plus professionnellement établi des quatre futurs Beatles : batteur régulier d’un groupe reconnu sur la scène de Liverpool, rémunéré pour ses prestations, rompu à l’exercice de la scène à Hambourg dans les clubs sulfureux de la Reeperbahn, quand Lennon et McCartney n’en sont encore qu’à leurs débuts balbutiants avec leur propre formation. John Lennon lui-même reconnaîtra volontiers cette antériorité : « Ringo était une star de plein droit à Liverpool avant même que nous nous rencontrions. C’était un batteur professionnel qui jouait, se produisait, et avait son Ringo Starr Time dans un des meilleurs groupes de Liverpool, avant même que nous ayons un batteur. » Cette expérience de terrain, acquise loin des projecteurs qui allaient bientôt tout changer, explique en grande partie l’aisance scénique immédiate dont Ringo fera preuve dès son intégration au groupe.
L’entrée dans les Beatles : l’été 1962
À l’été 1962, les Beatles sont sur le point de signer avec EMI, mais leur producteur George Martin, lors des essais en studio, se montre insatisfait du jeu de Pete Best. Les tensions internes au groupe, déjà anciennes, atteignent leur paroxysme. Le 16 août 1962, la décision tombe : Pete Best est écarté, sans ménagement, et remplacé par Ringo Starr, alors âgé de vingt-deux ans — l’aîné du quatuor, de plusieurs mois sur Lennon, et de près de deux ans sur Harrison.
L’arrivée de Ringo ne bouleverse pas seulement la section rythmique : elle coïncide avec la métamorphose complète de l’image du groupe, orchestrée par leur manager Brian Epstein, qui abandonne la panoplie de blousons de cuir façon rockers américains pour inventer les silhouettes en costumes cintrés, cheveux mi-longs peignés en frange, qui deviendront la marque de fabrique de la Beatlemania. Dès 1963, avec la sortie de Please Please Me, le succès explose et emporte les quatre garçons dans un tourbillon dont ils ne redescendront plus.
Ringo se voit rapidement attribuer un rôle bien défini au sein du groupe : chaque album lui réserve, en règle générale, une chanson chantée en voix principale, souvent une reprise (Boys, Honey Don’t, Act Naturally) ou une composition mineure de Lennon-McCartney écrite sur mesure pour son registre vocal, à l’image de I Wanna Be Your Man — un morceau que le duo avait d’abord destiné aux Rolling Stones avant de le confier à leur batteur. Peu prolifique en écriture, Ringo assume ce rôle avec une humilité qui deviendra sa marque de fabrique : « Je suis très content d’avoir un petit morceau sur chaque album », confiera-t-il un jour.
Anatomie d’un style : le batteur le plus sous-estimé de l’histoire du rock
Longtemps, la légende a voulu que Ringo Starr soit le Beatle « sans talent particulier », le batteur chanceux propulsé par la providence auprès de trois génies. Cette réputation, aussi tenace que fausse, doit beaucoup à une plaisanterie répétée par des journalistes en mal de bons mots — dont la fameuse (et sans doute apocryphe) réplique : « Est-il le meilleur batteur du monde ? — Il n’est même pas le meilleur batteur des Beatles. » Rien n’est plus éloigné de l’analyse que portent, depuis des décennies, batteurs professionnels et musicologues sur son jeu.
Ce que Ringo Starr possède, au degré le plus rare, c’est ce que les musiciens appellent le feel : une tenue de tempo d’une régularité absolue, une capacité à se mettre exactement au service de la chanson plutôt qu’à se mettre en avant, et une inventivité discrète dans les motifs de caisse claire et de charleston qui, réécoutés isolément, révèlent une sophistication considérable. Gagaucher, mais jouant sur un kit de droitier, Ringo a développé naturellement une approche asymétrique du tambour, en particulier dans ses déplacements sur les toms, qui donne à ses roulements une couleur reconnaissable entre mille — les fills de A Day in the Life ou de Rain en sont des exemples canoniques.
John Lennon, souvent avare de compliments, tranchera définitivement le débat : « C’est un putain de bon batteur. Il a toujours été très bon. Il n’est pas le plus fort techniquement, mais je pense que son jeu est sous-estimé, comme le jeu de basse de Paul. » Ringo lui-même désignera Rain, sortie en single en 1966, comme la meilleure performance de batterie de toute sa carrière — un choix validé depuis par des générations de batteurs qui étudient ce morceau comme un cas d’école de contretemps et de groove. Paul McCartney, de son côté, lui adressera le 31 janvier 1969, au lendemain du légendaire concert sur le toit d’Apple Corps, une carte postale restée célèbre : « Tu es le plus grand batteur du monde, vraiment. »
Sur le plan matériel, Ringo Starr contribue à populariser durablement la marque de batteries Ludwig, en particulier le modèle Oyster Black Pearl qu’il rend mondialement célèbre, ainsi que la caisse claire Supraphonic, devenue depuis un standard de studio recherché par des générations de batteurs. Il est également crédité d’avoir contribué, par ses choix sonores, à populariser l’usage de sourdines (étouffoirs) posées sur les peaux pour assécher la résonance — une pratique aujourd’hui banale en studio, mais qui, à l’époque, participait d’un son neuf, plus sec, plus « moderne ».
Sur toute la discographie des Beatles, Ringo Starr ne s’autorisera qu’un seul et unique solo de batterie : quelques mesures, brèves et fulgurantes, sur The End, l’avant-dernier morceau d’Abbey Road — un choix de sobriété totalement cohérent avec sa philosophie de jeu, lui qui répétait vouloir « devenir un instrument » au service de l’ambiance de la chanson plutôt que de démontrer une virtuosité gratuite. En 1999, cette reconnaissance tardive du monde de la percussion trouvera une consécration institutionnelle avec son intronisation au Modern Drummer Hall of Fame, puis en 2002 au Percussive Arts Society Hall of Fame — aux côtés de figures telles que Buddy Rich. Un sondage des lecteurs du magazine Rolling Stone l’a par ailleurs classé cinquième meilleur batteur de tous les temps.
Techniquement, Ringo Starr est également crédité d’avoir contribué à populariser certains usages devenus, depuis, des standards de la batterie moderne : le port de la prise dite « matched grip » (les deux baguettes tenues selon une prise symétrique, plutôt que la prise traditionnelle asymétrique héritée des batteurs de fanfare), ainsi qu’un accordage des fûts globalement plus grave que la norme de l’époque, donnant à son kit une couleur sonore ample et chaude, immédiatement identifiable dès les premières mesures d’un morceau. Autodidacte n’ayant jamais pris de cours formel, il a construit ce langage rythmique entièrement à l’oreille, par tâtonnement et par instinct — une trajectoire qui rend d’autant plus remarquable la sophistication de motifs comme celui de Ticket to Ride, avec son groove syncopé si particulier, ou encore la construction rythmique par couches de Strawberry Fields Forever, fruit d’un montage studio complexe entre deux prises à des tempos différents que Ringo dut interpréter avec une précision chirurgicale.
Les années Beatlemania : 1962-1966
Dès la sortie de Please Please Me au printemps 1963, les Beatles s’imposent à une vitesse fulgurante. She Loves You, puis I Want to Hold Your Hand, propulsent le groupe au sommet des charts britanniques puis américains. En novembre 1963, les quatre garçons ont même l’honneur de se produire devant la famille royale, lors du Royal Variety Performance. Ringo, dans ce tourbillon, s’impose comme la figure la plus populaire du groupe après ses trois camarades compositeurs : son humour pince-sans-rire, ses lapsus linguistiques — surnommés « ringoïsmes » par Lennon lui-même — donneront naissance à des titres devenus mythiques, à commencer par A Hard Day’s Night, expression forgée sans le vouloir par Ringo après une journée de tournage éreintante, et Tomorrow Never Knows, autre trouvaille verbale involontaire.
Février 1964 marque le débarquement des Beatles aux États-Unis et l’explosion de la Beatlemania à l’échelle mondiale. Ringo, en interview, multiplie les répliques désopilantes qui feront sa réputation de « Beatle drôle » — un rôle que la presse populaire lui colle avec une certaine condescendance, sans toujours mesurer l’ampleur réelle de sa contribution musicale. Cette année-là, il subit également une opération des amygdales qui l’écarte brièvement des studios. En 1965, il épouse Maureen Cox, une coiffeuse originaire de Liverpool qu’il fréquentait depuis plusieurs années ; le couple aura trois enfants, dont l’aîné, Zak, deviendra lui-même l’un des batteurs les plus demandés de sa génération, notamment aux côtés des Who.
Le tournage du film Help! en 1965 offre à Ringo l’occasion de démontrer un vrai talent d’acteur comique, dans un rôle qui, cette fois, le place presque au centre de l’intrigue. La même année, la reine Élisabeth II fait des quatre Beatles des membres de l’ordre de l’Empire britannique (MBE) — une décision qui suscite une polémique retentissante parmi les détenteurs historiques de la distinction, jugeant que celle-ci devait rester réservée aux mérites rendus à la nation, certains allant jusqu’à renvoyer leur propre décoration en signe de protestation.
Durant toute cette période de folie collective, Ringo occupe une position à la fois centrale et paradoxalement protégée : moins scruté que Lennon ou McCartney sur le plan de l’écriture, il échappe partiellement à la pression créative écrasante qui pèse sur ses deux camarades, tout en subissant de plein fouet, comme eux, l’enfermement quasi carcéral qu’impose la démesure de la Beatlemania — hôtels bouclés, foules hystériques, impossibilité de sortir sans escorte. Il racontera plus tard avoir vécu cette période comme un tourbillon aussi grisant qu’épuisant, où l’humour et la camaraderie entre les quatre musiciens constituaient le seul rempart véritable contre la folie ambiante. C’est dans ce climat que se forge la légende du batteur pince-sans-rire, capable de désamorcer n’importe quelle situation tendue par une réplique inattendue — un rôle social au sein du groupe presque aussi essentiel que sa contribution rythmique.
Le studio comme laboratoire : de Revolver à Abbey Road
À partir de 1966, les Beatles cessent définitivement les tournées — la dernière date scénique du groupe se tient à Candlestick Park, à San Francisco, le 29 août 1966 — pour se consacrer exclusivement au studio. Ce tournant capital transforme radicalement le rôle de Ringo. Libéré de la contrainte de reproduire ses parties sur scène soir après soir, il peut désormais explorer, avec George Martin et les ingénieurs d’Abbey Road, des textures rythmiques inédites, en phase avec l’ambition sonore toujours plus expérimentale du groupe.
Revolver (1966) marque une bascule décisive. Sur Tomorrow Never Knows, morceau psychédélique par excellence, Ringo invente un motif de batterie répétitif et hypnotique, savamment traité par la technique du close-miking et par des effets de compression alors inédits — un son qui inspirera durablement toute une génération de batteurs de rock progressif et électronique. L’année suivante, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band pousse plus loin encore cette logique de studio total : sur With a Little Help from My Friends, Ringo assure un chant lead chaleureux et populaire qui deviendra l’une des chansons les plus reprises du répertoire des Beatles, de Joe Cocker à des générations d’interprètes ultérieurs.
L’année 1968 et l’enregistrement du double album blanc (The Beatles) sont pourtant marqués par l’épisode le plus douloureux de la carrière de Ringo au sein du groupe. Excédé par les tensions internes, par un sentiment de mise à l’écart pendant les séances, et notamment par une remarque cinglante de Paul McCartney sur sa manière de jouer Back in the U.S.S.R., Ringo Starr quitte purement et simplement le groupe pendant une dizaine de jours, au cœur de l’été 1968 — un épisode que la légende a longtemps minoré, mais qui préfigure les tensions bien plus graves qui conduiront à la séparation du groupe deux ans plus tard. À son retour en studio, il découvre sa batterie recouverte de fleurs, disposées par George Harrison en signe de bienvenue. C’est dans la foulée de cette réconciliation qu’il compose Don’t Pass Me By, sa toute première chanson entièrement écrite en solo, qui figurera sur cet album double.
Cet épisode de départ temporaire, aussi bref qu’il fut, révèle a posteriori une réalité souvent minorée par l’image lisse du « Beatle sympathique » : Ringo Starr, comme ses trois camarades, a lui aussi payé le prix psychologique de la pression créative et commerciale démesurée qui pesait sur le groupe à la fin des années 1960. Loin d’être un simple exécutant placide, indifférent aux tensions qui l’entouraient, il a su, à ce moment précis, poser une limite et affirmer sa propre dignité artistique — un geste qui, rétrospectivement, force le respect autant qu’il humanise la légende.
En 1969, sur Abbey Road, dernier album enregistré (bien que Let It Be sorte après, dans un ordre chronologique inversé), Ringo signe sa seconde composition beatlesienne, Octopus’s Garden, chanson tendre et rêveuse née d’une anecdote maritime racontée par le capitaine d’un bateau lors de vacances en Sardaigne, pendant la brouille de l’été précédent. George Harrison, touché par cette idée, l’aide à la finaliser et à l’arranger. C’est également sur Abbey Road, dans le célèbre medley de la face B, que Ringo livre son unique et fameux solo de batterie sur The End — quelques secondes suffisant à couronner sept années de contribution rythmique à l’une des discographies les plus scrutées de l’histoire de la musique populaire.
Chanteur, compositeur et parolier malgré lui
S’il reste, des quatre Beatles, celui qui aura le moins signé de compositions, Ringo Starr n’en a pas moins imprimé sa marque vocale et humaine sur des morceaux devenus iconiques. Yellow Submarine, comptine enfantine et pourtant profondément subversive dans son refus de tout cynisme, restera à jamais associée à sa voix chaude et débonnaire. With a Little Help from My Friends, écrite sur mesure par Lennon et McCartney pour son registre, deviendra l’un des hymnes les plus universels de la période Sgt. Pepper.
Ses deux compositions personnelles, Don’t Pass Me By et Octopus’s Garden, ont beau représenter une part infime du corpus beatlesien, elles témoignent d’une sensibilité mélodique naïve et sincère, dénuée de toute prétention littéraire — Ringo n’a d’ailleurs jamais revendiqué le titre d’auteur au sens où l’entendaient Lennon et McCartney. Un phénomène récurrent, souvent raconté avec autodérision par l’intéressé lui-même : lorsqu’il proposait une mélodie à ses camarades, ceux-ci reconnaissaient presque systématiquement un air populaire préexistant que Ringo, de bonne foi, n’identifiait pas avant qu’on le lui signale.
Cette modestie assumée, loin de nuire à sa popularité, a au contraire nourri l’affection unanime que le public lui porte depuis six décennies. Loyal envers ses camarades, jamais engagé dans la moindre rivalité de composition avec Lennon et McCartney, dont il reconnaissait sans ambages le génie d’écriture, Ringo Starr a occupé une fonction essentielle bien au-delà de la simple rythmique : celle du ciment social du groupe, l’homme dont l’humour et la bonne humeur désamorçaient régulièrement les tensions entre les egos plus affirmés de ses trois partenaires.
Ringo à l’écran : le Beatle acteur
Dès les films du groupe — A Hard Day’s Night (1964) puis Help! (1965) — la caméra s’attarde volontiers sur Ringo, dont le timing comique naturel et le sens du one-liner font merveille. Cette aisance devant l’objectif se prolonge bien au-delà du split des Beatles. Dès 1968, il tient un rôle dans Candy, comédie satirique à casting all-star, puis en 1969 dans The Magic Christian, aux côtés de Peter Sellers, où son personnage de fils adoptif d’un riche excentrique fait mouche auprès de la critique.
Les années 1970 confirment cette seconde carrière parallèle : Ringo réalise le documentaire musical Born to Boogie (1972), consacré à Marc Bolan et T. Rex, tourne dans le western Blindman, participe au film choral 200 Motels de Frank Zappa, puis incarne un second rôle remarqué dans That’ll Be the Day (1973), évocation nostalgique de la scène rock britannique des années 1950. En 1981, sa rencontre avec l’actrice Barbara Bach — ex James Bond girl du film L’Espion qui m’aimait — sur le tournage de la comédie préhistorique Caveman scelle une histoire d’amour qui durera jusqu’à aujourd’hui.
La télévision jeunesse offre à Ringo une notoriété d’un genre inédit, transmise à des générations d’enfants qui ignorent souvent tout des Beatles : de 1984 à 1986, il prête sa voix de narrateur aux deux premières saisons de la série britannique Thomas the Tank Engine & Friends, puis incarne le personnage de « Mr. Conductor » dans la série américaine Shining Time Station entre 1989 et 1990. Il apparaîtra également dans la minisérie Alice in Wonderland (1985), dans le rôle de la Fausse Tortue, aux côtés de Jonathan Winters et Martha Raye.
La séparation des Beatles et le vertige des années 1970-1980
Lorsque les Beatles se séparent officiellement au printemps 1970, Ringo Starr est, paradoxalement, celui des quatre qui aborde l’après-groupe avec le plus de sérénité apparente. Dès cette même année, il publie coup sur coup deux albums solo aux esthétiques radicalement différentes : Sentimental Journey, recueil de standards pré-rock chers à sa mère et à sa propre enfance, puis Beaucoups of Blues, enregistré à Nashville dans un pur esprit country, aux côtés de musiciens de studio ayant accompagné Elvis Presley.
1971 et 1972 voient Ringo enchaîner les singles à succès en solo : It Don’t Come Easy, coécrit avec George Harrison, s’impose comme l’un des tubes solo les plus acclamés d’un ex-Beatle, puis Back Off Boogaloo confirme cette dynamique commerciale. Mais c’est en 1973, avec l’album Ringo, que le batteur atteint le sommet absolu de sa carrière solo : produit par Richard Perry, l’album réunit — fait unique dans l’histoire du groupe après la séparation — les trois autres Beatles, chacun composant ou jouant sur des titres distincts, dont Photograph (coécrite avec George Harrison) et You’re Sixteen, deux numéros un aux États-Unis. L’album entre dans le top 10 britannique comme américain, un exploit commercial et critique que Ringo ne retrouvera plus jamais à ce niveau.
La suite de la décennie s’avère plus heurtée : Goodnight Vienna (1974) confirme encore une certaine popularité, mais Ringo’s Rotogravure (1976) puis Ringo the 4th (1977) déçoivent tant la critique que le public. L’année 1981, marquée par la sortie de Stop and Smell the Roses, est unanimement considérée par la presse musicale comme l’une des pires productions de l’année pour un artiste de son envergure. En parallèle, Ringo traverse une période personnelle sombre, minée par une dépendance croissante à l’alcool, qui affecte tant sa vie privée — son mariage avec Maureen Cox se solde par un divorce en 1975 — que sa production artistique, de plus en plus irrégulière tout au long des années 1980.
Il serait néanmoins réducteur de résumer cette décennie difficile à un simple déclin : c’est aussi durant cette période que Ringo entretient les liens les plus visibles avec ses anciens camarades de groupe. George Harrison et Paul McCartney continuent, ponctuellement, de composer ou de jouer pour lui ; John Lennon, avant son assassinat en décembre 1980, garde avec Ringo une relation affectueuse et complice, en témoigne leur collaboration sur plusieurs titres du début des années 1970. Cette fidélité amicale, jamais démentie malgré les rivalités et les procès qui opposent alors les ex-Beatles sur le plan financier et juridique, dessine déjà les contours du rôle que Ringo endossera plus tard : celui du dernier lien vivant, bienveillant et rassembleur, entre les héritages parfois conflictuels de ses trois camarades.
La renaissance : sobriété et retour à la scène (1988-1989)
Le tournant survient en 1988. Ringo Starr et Barbara Bach, son épouse depuis 1981, décident conjointement d’entamer une cure de désintoxication en Arizona. Cette démarche marque le début d’une sobriété que Ringo maintiendra sans faille jusqu’à aujourd’hui — plus de trente-cinq années d’abstinence totale, qu’il évoque volontiers en interview comme la décision la plus importante de sa vie d’adulte, plus déterminante encore, dit-il parfois avec malice, que son entrée dans les Beatles.
Libéré de cette dépendance, Ringo entreprend en 1989 ce qui deviendra le grand œuvre de sa seconde carrière : la création du Ringo Starr & His All-Starr Band, projet de tournée itinérant fondé sur un principe aussi simple que génial — réunir, à chaque édition, un collectif de musiciens confirmés et souvent eux-mêmes leaders de groupes établis, chacun interprétant à tour de rôle ses propres tubes, avec Ringo à la batterie et au chant en meneur de revue bienveillant. La première mouture de la formation réunit des pointures telles que le pianiste Dr. John, le claviériste et chanteur Billy Preston, ainsi que les batteurs Levon Helm (The Band) et Jim Keltner. Le succès public et critique de cette tournée inaugurale de 1989 signe l’un des retours les plus applaudis de l’histoire du rock classique.
L’All-Starr Band : trente-sept ans de tournée continue
Depuis 1989, treize configurations différentes du All-Starr Band se sont succédé sur les routes du monde entier, chacune rassemblant, selon les tournées, des artistes tels que Joe Walsh (Eagles), Todd Rundgren, Peter Frampton, Sheila E., Colin Hay (Men at Work), Steve Lukather (Toto), Edgar Winter, Gregg Rolie (Santana, Journey), ou encore Hamish Stuart (Average White Band). Le concept, en apparence modeste, s’est révélé d’une redoutable efficacité artistique : chaque concert devient une revue généreuse où se croisent des dizaines de tubes issus de groupes différents, unis par la présence joyeuse et fédératrice de Ringo, qui interprète également, à chaque set, une sélection de classiques beatlesiens et de ses propres succès solo.
En 1992, le succès de la formule permet à Ringo d’enregistrer Time Takes Time, album solo réunissant des producteurs et musiciens aussi prestigieux que Brian Wilson (Beach Boys), Tom Petty ou Jeff Lynne (Electric Light Orchestra), salué par la critique comme l’un de ses meilleurs disques depuis Ringo. La décennie suivante confirme cette embellie : en 1998, Vertical Man, coécrit avec son nouveau partenaire de composition Mark Hudson, redevient le premier album de Ringo à entrer dans les classements britanniques depuis 1974. La même année, l’émission VH1 Storytellers lui offre un cadre intimiste pour raconter, chanson après chanson, les coulisses de sa carrière — une émission suivie d’un album live éponyme.
Ce format de tournée mouvante, où la composition du groupe change à chaque édition mais où la figure du leader reste immuable, a fini par devenir un modèle du genre, souvent cité en exemple pour d’autres artistes vétérans du rock souhaitant prolonger leur carrière scénique sans s’épuiser à porter seuls le poids d’un concert entier. Ringo Starr y trouve un équilibre qui lui convient parfaitement : jouer, chanter ses propres classiques, tout en laissant à d’autres le temps de briller à leur tour — une philosophie de partage et de générosité scénique qui prolonge, sur les planches, l’esprit collectif qu’il incarnait déjà au sein des Beatles.
Les tournées de l’All-Starr Band se poursuivent, presque sans interruption, jusqu’à aujourd’hui, avec une régularité qui confond bien des observateurs au regard de l’âge de son leader. En 2002, pour le premier anniversaire de la disparition de George Harrison, Ringo participe au Concert for George au Royal Albert Hall de Londres, où il interprète en hommage à son ami Photograph, chanson qu’ils avaient composée ensemble, ainsi qu’une reprise du classique rockabilly Honey Don’t de Carl Perkins. En 2015, l’album Postcards from Paradise marque une étape symbolique : c’est le premier disque studio à intégrer directement des membres de son All-Starr Band de l’époque comme collaborateurs de composition, scellant la fusion complète entre les deux volets de son activité musicale.
Parallèlement à cette intense activité de tournée, Ringo Starr n’a jamais cessé d’être sollicité comme musicien de studio par ses pairs, prolongeant ainsi, discrètement, l’héritage du batteur de session qu’il aurait pu devenir si l’histoire des Beatles n’avait pas croisé la sienne. On le retrouve ainsi derrière les fûts ou en featuring vocal sur des projets signés Bob Dylan, Tom Petty and the Heartbreakers ou encore Ben Harper, confirmant, disque après disque, le respect unanime que lui portent des musiciens de générations pourtant très différentes de la sienne. Cette réputation de sideman fiable et sans ego acquiert, avec le temps, la valeur d’un désaveu silencieux de la légende du « Beatle chanceux » : les meilleurs musiciens du monde ne s’entourent pas, par charité, d’un batteur médiocre.
Une discographie solo abondante : de Sentimental Journey à Long Long Road
Au fil de plus de cinquante années de carrière solo, Ringo Starr a publié vingt-deux albums studio, une dizaine d’albums live, plusieurs compilations et une série d’EP thématiques amorcée au cours de la décennie 2010. Après les grandes années 1970 (Sentimental Journey, Beaucoups of Blues, Ringo, Goodnight Vienna) et la traversée du désert des années 1980, le sursaut critique des années 1990 (Time Takes Time, Vertical Man) trouve son prolongement naturel dans les années 2000 et 2010, avec des albums tels que Ringo Rama (2003), Choose Love (2005), Liverpool 8 (2008) — hommage nostalgique et affectueux à sa ville natale — puis Y Not (2010), Ringo 2012, Postcards from Paradise (2015), Give More Love (2017) et What’s My Name (2019), qui comprend notamment une reprise émouvante de Grow Old with Me, chanson inachevée de John Lennon.
La décennie 2020 confirme cette prolixité créative inentamée par l’âge : Ringo publie une série d’EP conceptuels — Zoom In (2021), Change the World (2021), EP3 (2022) et Rewind Forward (2023) — chacun exploré selon une couleur stylistique différente, du rock classique à la country contemporaine. En 2025, il renoue de façon spectaculaire avec ses premières amours nashvilliennes en publiant Look Up, un album entièrement country coproduit avec T Bone Burnett, réunissant des invités comme Molly Tuttle ou Billy Strings, salué par la critique comme l’un de ses projets les plus cohérents et aboutis depuis des décennies.
L’année 2026 restera, à ce titre, l’une des plus intenses de sa longue carrière. Le 24 avril 2026, Ringo publie Long Long Road, son vingt-deuxième album studio et sa seconde collaboration consécutive avec le producteur T Bone Burnett — confirmant une nouvelle fois son goût affirmé pour les racines américaines de la country et de l’americana. Entre ces deux sorties, il enchaîne les concerts publics : une tournée de printemps close au mythique Greek Theatre de Los Angeles, un passage remarqué sur CBS avec l’émission Ringo & Friends at The Ryman, enregistrée dans le temple de la musique country à Nashville en compagnie de Sheryl Crow, Jack White et The War and Treaty, ainsi qu’une collaboration avec Paul McCartney : les deux derniers Beatles vivants signent un duo, Home to Us, sur l’album de McCartney The Boys of Dungeon Lane — geste musical et amical qui a ému les fans du monde entier.
Interrogé par la presse américaine sur les secrets de cette endurance hors norme, Ringo Starr insiste volontiers sur l’hygiène de vie et l’exercice physique : « Get in that gym, loosen up », conseille-t-il, avant d’ajouter avec l’autodérision qui le caractérise : « Vous pouvez me blâmer. Dites : c’est ce Ringo qui m’a fait aller à la salle. » Une philosophie de vie simple, qu’il résume en une formule désormais devenue signature : « Il n’y a pas de méthode magique. Il faut juste se lever et le faire. Personne ne peut le faire à votre place. »
Ce cinquantenaire de production discographique solo, souvent sous-estimé par une critique qui a longtemps préféré scruter les carrières de Lennon, McCartney ou Harrison, mérite d’être relu comme un tout cohérent : celui d’un artiste jamais tenté par la réinvention forcée ni par la course aux tendances, fidèle à un socle de rock mélodique, de country et de soul chaleureuse, incarné par une voix reconnaissable entre toutes, grave et légèrement voilée, qui n’a jamais cherché à imiter le style vocal de ses trois anciens camarades. Cette constance, loin d’être un manque d’ambition, s’est révélée être l’une des clés de sa longévité : en restant fidèle à ce qu’il est, Ringo Starr a évité l’écueil de la nostalgie forcée qui a parfois guetté d’autres survivants de sa génération.
Ringo peintre, photographe et auteur
Au-delà de la musique, Ringo Starr a développé, depuis le milieu des années 2000, une activité de peintre visuel régulièrement exposée en galerie, dont les ventes alimentent en grande partie les œuvres caritatives de sa Lotus Foundation. Il est notamment membre de la communauté artistique GemlucArt, basée à Monaco, qui soutient la recherche contre le cancer. Sa production picturale, aux couleurs vives et à l’inspiration résolument optimiste, prolonge visuellement le message de « Peace and Love » qu’il défend depuis des décennies.
Auteur également, Ringo a publié en 2019 le livre Another Day in the Life, recueil de photographies personnelles préfacé par le cinéaste David Lynch, avec lequel il partage un engagement de longue date en faveur de la méditation transcendantale. Ce goût pour l’image fixe n’est pas nouveau : dès les années Beatles, Ringo avait pris l’habitude de photographier ses camarades de groupe en coulisses, laissant une archive visuelle précieuse et intime de la vie quotidienne du groupe le plus photographié du XXe siècle.
« Peace and Love » : la Lotus Foundation et les engagements de Ringo
Depuis 2008, chaque 7 juillet — jour de son propre anniversaire —, Ringo Starr invite le monde entier à marquer une pause collective à midi, heure locale, pour dire, penser ou publier sur les réseaux sociaux les mots « Peace and Love ». Cette initiative, devenue un rituel mondial suivi par des millions de fans sur toute la planète, incarne à elle seule la philosophie de vie que Ringo n’a cessé de porter depuis la fin des années 1980. En 2026, pour son 86e anniversaire, l’initiative prend une résonance particulière avec une célébration publique et gratuite organisée par le musée The Beatles Story, à Liverpool, sur le site historique du Royal Albert Dock, dès 11h45, autour d’une sculpture commémorative moulée à partir de la main droite de l’artiste.
Sur le plan caritatif, Ringo Starr a fondé la Lotus Foundation, organisation qui soutient une large palette de causes : recherche médicale, aide aux enfants défavorisés, protection de l’environnement, et surtout, depuis 2009, un partenariat étroit avec la David Lynch Foundation, dont l’objet est de promouvoir la pratique de la méditation transcendantale auprès des populations souffrant de stress post-traumatique — vétérans de guerre, victimes de violence, mais aussi, en 2020, personnels soignants en première ligne durant la pandémie de Covid-19, à qui Ringo dédiera symboliquement les célébrations de son 80e anniversaire.
Ringo Starr s’est également illustré par des gestes de solidarité ponctuels marquants : en 2011, il exauce le vœu d’un jeune patient survivant d’un cancer en lui offrant lui-même une batterie ; en 2012, il participe à un album caritatif destiné à venir en aide aux victimes de l’ouragan Sandy sur la côte est américaine. Végétarien convaincu et défenseur discret de la cause animale, il a par ailleurs souvent évoqué en interview ses nombreuses allergies alimentaires — dont celle, devenue anecdote culte chez les fans, qui l’empêche de manger de la pizza comme du curry, en dépit d’une publicité pour une célèbre chaîne de pizzerias à laquelle il avait un jour prêté son image, dans un pur clin d’œil autodérisoire dont il a le secret.
Cet engagement pour la paix et la bienveillance universelle ne relève, chez Ringo Starr, d’aucun calcul d’image : il s’inscrit dans la continuité directe du message porté par les Beatles eux-mêmes dès la fin des années 1960, prolongeant à sa manière, plus discrète et moins théorisée que celle de John Lennon, l’utopie pacifiste incarnée jadis par des chansons comme Give Peace a Chance. Interrogé sur la pérennité de son propre message depuis 2008, Ringo insiste régulièrement sur sa simplicité volontaire : « Ce n’est pas compliqué, dit-il en substance. Deux mots, une pensée, une pause à midi. Tout le monde peut le faire, où qu’il soit dans le monde. » Cette économie de moyens, loin d’affaiblir le propos, en a sans doute fait la force et la longévité, à l’heure où tant d’initiatives caritatives peinent à dépasser leur année de lancement.
Vie privée : Maureen, Barbara, et une lignée de batteurs
Marié une première fois à Maureen Cox, coiffeuse rencontrée à Liverpool, de 1965 à 1975, Ringo Starr est père de trois enfants : Zak, né le 13 septembre 1965, devenu à son tour l’un des batteurs les plus respectés de sa génération, notamment aux côtés des Who et d’Oasis ; Jason, né le 19 août 1967 ; et Lee, née le 11 novembre 1970. Le divorce du couple, en 1975, coïncide avec la période la plus tourmentée de la vie personnelle de Ringo, marquée par une dépendance croissante à l’alcool.
En 1981, sur le tournage de la comédie Caveman, il rencontre l’actrice britannique Barbara Bach, révélée au grand public par son rôle de James Bond girl dans L’Espion qui m’aimait (1977). Le couple se marie la même année et ne s’est jamais quitté depuis — une union aujourd’hui vieille de quarante-cinq ans, que Ringo présente volontiers comme le socle affectif de sa longévité, tant personnelle qu’artistique. C’est ensemble, en 1988, que Barbara et Ringo décideront d’entamer la cure de désintoxication qui marquera durablement le tournant de sa seconde vie.
Ce mariage de plus de quatre décennies, rare longévité dans le monde du rock, s’est construit autour d’une solidarité de tous les instants : Barbara Bach accompagne encore aujourd’hui régulièrement son mari lors de ses tournées, et le couple a traversé ensemble, avec une pudeur constante, plusieurs épreuves médicales dont ils n’ont livré au public que des échos discrets. Ringo évoque volontiers cette union comme le socle sans lequel sa seconde carrière, entamée à la fin des années 1980, n’aurait probablement jamais pu voir le jour dans les mêmes conditions de sérénité et de constance.
Une reconnaissance institutionnelle tardive mais totale
Longtemps considéré comme le Beatle le moins primé à titre individuel, Ringo Starr a vu, au cours des quinze dernières années, sa contribution enfin reconnue à sa juste mesure par les grandes institutions musicales. Intronisé une première fois au Rock and Roll Hall of Fame en 1988 avec les Beatles, il y est réintégré en 2015, cette fois à titre individuel, dans la catégorie Award for Musical Excellence, faisant de lui, avec les Beatles, l’un des très rares artistes doublement honorés par l’institution de Cleveland.
En 2018, dans le cadre des New Year Honours, le prince William, duc de Cambridge, l’élève au rang de chevalier (Knight Bachelor) pour services rendus à la musique — faisant officiellement de Richard Starkey « Sir Ringo Starr », près de cinquante-trois ans après avoir déjà reçu, en 1965, avec les trois autres Beatles, le titre de membre de l’ordre de l’Empire britannique (MBE). Il dispose également de sa propre étoile sur le Hollywood Walk of Fame, au 1750 Vine Street, distincte de celle des Beatles en groupe, située au 7080 Hollywood Boulevard.
Ringo à 86 ans : une énergie qui déjoue tous les pronostics
En ce 7 juillet 2026, jour de son 86e anniversaire, Ringo Starr n’affiche décidément aucun signe de ralentissement. Il l’a lui-même reconnu avec humour dans la presse américaine ces derniers jours : sa propre famille serait « fed up » — lassée — de le voir continuer à tourner à un rythme que beaucoup d’artistes de trente ans son cadet n’oseraient plus soutenir. Après une tournée de printemps achevée en apothéose au Greek Theatre de Los Angeles, et la sortie, le 24 avril, de son album Long Long Road, Ringo a immédiatement annoncé, à la veille de son anniversaire, une nouvelle série de dix dates pour l’automne 2026 avec son All-Starr Band.
Cette tournée d’automne s’ouvrira le 24 septembre au State Theatre d’Easton, en Pennsylvanie, et s’achèvera le 7 octobre au Palace Theatre d’Albany, dans l’État de New York, avec des étapes marquantes à Bethel Woods, au PNC Bank Arts Center de Holmdel, à l’Anthem de Washington D.C., ou encore au MGM Music Hall at Fenway de Boston. Point d’orgue symbolique de cette tournée : un retour, le 1er octobre, au Forest Hills Stadium de Queens, où Ringo n’avait plus posé le pied depuis les deux concerts historiques donnés par les Beatles les 28 et 29 août 1964 — leurs tout premiers concerts en configuration de stade. Pour cette nouvelle tournée, Ringo retrouve son All-Starr Band actuel, fidèle depuis plusieurs éditions : Steve Lukather (Toto), Colin Hay (Men at Work), Warren Ham, Hamish Stuart, Gregg Bissonette et Buck Johnson.
« Nous venons de terminer une tournée de printemps qui s’est achevée au Greek — c’était formidable, le public était tellement aimant, et j’adore jouer avec ce groupe, a déclaré Ringo dans son annonce. J’ai vraiment hâte de ces dates d’automne. On se retrouve en septembre — peace and love, Ringo. » Une déclaration qui, à elle seule, résume l’essentiel d’un homme dont la carrière, entamée il y a près de soixante-dix ans dans les clubs enfumés de Liverpool, continue, à 86 ans, de se conjuguer résolument au présent.
Ringo et Paul : la dernière amitié beatlesienne
De tous les liens tissés entre les quatre membres des Beatles, celui qui unit aujourd’hui Ringo Starr et Paul McCartney est devenu, avec le temps, le plus visible et le plus régulièrement célébré par les deux hommes eux-mêmes. Derniers survivants du groupe depuis la disparition de George Harrison en 2001, McCartney et Starr n’ont cessé de collaborer ponctuellement, que ce soit lors de concerts communs, d’apparitions surprises, ou de séances de studio partagées, entretenant ainsi, à l’attention de plusieurs générations de fans, la sensation ténue mais bien réelle que l’histoire des Beatles ne s’est jamais tout à fait refermée.
Cette complicité a connu, en 2026, l’un de ses plus beaux prolongements avec Home to Us, duo enregistré pour l’album de Paul McCartney The Boys of Dungeon Lane, sur lequel les deux musiciens chantent ensemble pour la première fois depuis longtemps sur un titre entièrement nouveau. Loin d’un exercice de nostalgie commerciale, ce morceau a été salué par la critique comme un geste d’une sincérité touchante entre deux hommes qui ont traversé, ensemble, la totalité d’une vie d’exception — de l’adolescence à Liverpool jusqu’à leurs statuts respectifs de légendes octogénaires du rock mondial, chacun continuant, à sa manière, de tourner et d’enregistrer avec une vitalité qui étonne leurs propres familles.
Ringo dans la culture populaire
Au-delà de la musique, Ringo Starr occupe depuis des décennies une place particulière dans l’imaginaire collectif, celle du Beatle le plus immédiatement sympathique, le plus accessible, presque le plus « normal » des quatre — une image entretenue par des décennies d’apparitions télévisées facétieuses. Il a ainsi animé l’émission Saturday Night Live en tant qu’invité-hôte, croisant sur le petit écran d’autres figures devenues elles aussi familières du grand public américain, et prêté sa voix ou son image à des apparitions remarquées dans des séries d’animation telles que Les Simpson, toujours dans ce registre d’autodérision bienveillante qui le caractérise depuis l’époque d’A Hard Day’s Night.
Cette notoriété transgénérationnelle, entretenue aussi bien par son passage récurrent dans la culture enfantine — de Thomas the Tank Engine à Shining Time Station — que par sa présence scénique intacte auprès de son All-Starr Band, explique en grande partie pourquoi le rituel du « Peace and Love » du 7 juillet a pu s’imposer, en moins de vingt ans, comme un rendez-vous mondial suivi bien au-delà du cercle des seuls fans des Beatles. Peu d’artistes de sa génération peuvent se targuer d’une telle porosité entre plusieurs publics, plusieurs décennies et plusieurs générations de fans.
Conclusion : l’héritage discret d’un géant du rock
De l’enfant malade de Dingle, cloué au lit par une péritonite puis par la tuberculose, à l’octogénaire increvable qui remplit encore les salles d’Amérique du Nord, le parcours de Ringo Starr est avant tout celui d’une résilience tranquille. Longtemps réduit par une partie de la critique au rôle de faire-valoir sympathique de trois génies de l’écriture, il a fini par imposer, à la force du temps et de l’analyse musicologique, l’évidence de son génie propre : celui d’un batteur qui a su, mieux que quiconque dans l’histoire du rock, se mettre au service absolu de la chanson.
Sa deuxième vie, ouverte par la sobriété retrouvée en 1988 et l’aventure inédite de l’All-Starr Band dès 1989, a fait de lui un modèle inattendu de longévité artistique et de réinvention permanente — vingt-deux albums solo, treize configurations de groupe, des dizaines de tournées, une œuvre picturale, des engagements caritatifs constants, et un message de paix universellement reconnu, célébré chaque 7 juillet par des millions de personnes à travers le monde. À 86 ans, Sir Ringo Starr n’est plus seulement « le batteur des Beatles » : il est devenu, à sa manière discrète et joyeuse, l’un des symboles vivants les plus attachants de toute l’histoire du rock. Peace and love, Ringo — et bon anniversaire.
Il reste, en cette date anniversaire, une dernière image à retenir, sans doute la plus fidèle à l’homme lui-même : celle d’un octogénaire qui, chaque année depuis près de deux décennies, demande au monde entier de s’arrêter une minute, à midi précis, pour ne penser qu’à deux mots. Pas de discours, pas de grand manifeste, pas de posture savante — juste une invitation simple, répétée avec une constance désarmante, à faire un pas de côté vis-à-vis du bruit ambiant. Que ce message continue, en 2026, à mobiliser des millions de voix à travers la planète en dit long sur la valeur d’une sincérité jamais démentie. De l’enfant hospitalisé de Dingle à la star mondiale toujours en tournée, Ringo Starr aura, en définitive, appliqué à sa propre existence la même philosophie qu’à son jeu de batterie : rester au service de quelque chose de plus grand que soi, sans jamais chercher à en éclipser l’essentiel.
« C’est un putain de bon batteur. Il a toujours été très bon. Il n’est pas le plus fort techniquement, mais je pense que son jeu est sous-estimé, comme le jeu de basse de Paul. » — John Lennon
Correctif factuel
Une légende tenace, largement diffusée par voie de plaisanterie journalistique, prétend qu’un critique aurait un jour demandé si Ringo Starr était « le meilleur batteur du monde », avant de recevoir la réponse : « Il n’est même pas le meilleur batteur des Beatles. » Cette anecdote, jamais authentifiée par une source primaire vérifiable, relève très probablement de l’invention a posteriori. Elle a pourtant contribué, pendant des décennies, à minorer injustement la réputation technique de Ringo Starr, aujourd’hui largement réhabilitée par les musicologues et par les témoignages convergents de ses propres camarades du groupe.
Questions fréquentes (FAQ)
Quel âge a Ringo Starr en 2026 ?
Né le 7 juillet 1940 à Liverpool, Ringo Starr fête ses 86 ans le 7 juillet 2026.
Pourquoi Richard Starkey s’appelle-t-il « Ringo Starr » ?
Ce surnom vient de son goût pour les bagues (rings, en anglais), adopté durant son passage au sein de Rory Storm and the Hurricanes ; il l’a ensuite raccourci en « Starr », jugeant que « Ringo Starkey » ne sonnait pas assez bien.
Quel est le seul solo de batterie de Ringo Starr avec les Beatles ?
Il s’agit du bref solo qu’il joue sur The End, sur l’album Abbey Road (1969) — la seule fois où il s’autorise ce type d’exercice au sein du groupe.
Quelles chansons Ringo Starr a-t-il composées pour les Beatles ?
Il est l’auteur de Don’t Pass Me By (The Beatles, 1968) et d’Octopus’s Garden (Abbey Road, 1969), coécrite avec l’aide de George Harrison.
Qu’est-ce que le All-Starr Band ?
Un collectif de tournée fondé par Ringo Starr en 1989, réunissant à chaque édition plusieurs musiciens confirmés, souvent leaders de leurs propres groupes, qui interprètent tour à tour leurs succès respectifs aux côtés de Ringo.
Quel est le dernier album studio de Ringo Starr en 2026 ?
Long Long Road, sorti le 24 avril 2026, son vingt-deuxième album studio, coproduit avec T Bone Burnett.
Que signifie l’initiative « Peace and Love » du 7 juillet ?
Depuis 2008, Ringo Starr invite chaque année, le jour de son anniversaire, à faire une pause à midi heure locale pour dire, penser ou publier les mots « Peace and Love », en soutien au message universel qu’il défend.
Glossaire des entités nommées
Ringo Starr (Richard Starkey)
Né le 7 juillet 1940 à Liverpool. Batteur des Beatles de 1962 à 1970, auteur-compositeur-interprète solo et acteur.
Rory Storm and the Hurricanes
Groupe de rock de Liverpool au sein duquel Ringo Starr fait ses armes de 1959 à 1962, avant de rejoindre les Beatles.
Pete Best
Batteur des Beatles jusqu’en août 1962, remplacé par Ringo Starr à la demande du groupe et de George Martin.
George Martin
Producteur historique des Beatles chez EMI, qui insiste pour un changement de batteur avant la signature du contrat en 1962.
All-Starr Band
Collectif de tournée fondé par Ringo Starr en 1989, décliné en treize configurations successives.
Lotus Foundation
Fondation caritative de Ringo Starr, soutenant notamment la recherche médicale et la David Lynch Foundation.
David Lynch Foundation
Organisation cofondée par le cinéaste David Lynch pour promouvoir la méditation transcendantale, notamment auprès des victimes de stress post-traumatique.
Barbara Bach
Actrice britannique, épouse de Ringo Starr depuis 1981, rencontrée sur le tournage du film Caveman.
Maureen Cox
Première épouse de Ringo Starr (1965-1975), mère de ses trois enfants.
Zak Starkey
Fils aîné de Ringo Starr, batteur reconnu ayant notamment joué avec les Who et Oasis.
T Bone Burnett
Producteur américain, collaborateur de Ringo Starr sur les albums Look Up (2025) et Long Long Road (2026).
