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La Tristesse du Samouraï

Publié le 15 juillet 2026 par Adtraviata
Tristesse Samouraï

Quatrième de couverture :

En ce rude hiver 1941, une femme élégante arpente les quais de gare de la gare de Merida au petit matin. Elle presse la main de son plus jeune fils et écrit à l’aîné, qu’elle s’apprête à abandonner, les raisons de sa fuite. Le train pour Lisbonne partira sans elle, qui vient de disparaître pour toujours. L’enfant rentre seul chez son père, obnubilé par le sabre qu’un homme vient de lui promettre.
Des années plus tard, une avocate envoie sous les verrous un inspecteur jugé coupable d’une bavure. Elle ne sait pas qu’elle ouvre ainsi une terrible boîte de Pandore libérant quatre décennies de vengeance et de haine dont elle ignore tout et qui pourtant coulent dans ses veines.
Se jouant d’un contexte historique opaque, de l’après-guerre espagnol à la tentative de coup d’état de février 1981,
La Tristesse du Samouraï est un intense thriller psychologique qui suit trois générations marquées au fer rouge par une femme infidèle. L’incartade a transformé les enfants en psychopathes, les victimes en bourreaux, le code d’honneur des samouraïs en un effroyable massacre. Et quelqu’un doit laver le péché originel.

J’ai sorti ce livre acheté aux Quais du Polar en 2017 pour honorer le rendez-vous de Cléanthe dont les Escapades européennes nous mènent ce mois-ci en Espagne(s).

Le roman commence en mai 1981 dans la chambre d’hôpital de Maria Bengoechea, pas en forme du tout après l’opération d’une tumeur au cerveau. Au pied de son lit, son père dans son fauteuil roulant, à l’état végétatif ou presque. Elle reçoit la visite d’un inspecteur qui espère d’elle des informations sur un autre homme. Maria détruit la photo d’une très belle femme. Et nous voilà partis dans le passé, quarante ans plus tôt, sur le quai de la gare de Merida, arpenté par cette femme superbe, Isabel Mola, qui va disparaître quelques heures plus tard, laissant ses deux fils, Fernando et Andres, aux mains de leur père, puissant phalangiste du régime franquiste.

Le roman va ainsi faire des aller-retour constants entre le passé et le présent, reconstituant comme un puzzle les liens entre les Bengoechea père et fille et les Mola. Il aura fallu, à cause de Maria, la condamnation de César Alcala, un inspecteur coupable d’avoir passé à tabac un de ses indics suite à l’enlèvement de sa fille Marta, et aussi le fils du précepteur d’Andres Mola, pour révéler des décennies de vengeance, de violence, de secrets qui lient les deux familles, secrets que Maria va peu à peu mettre au jour.

A quels intérêts est mêlée la disparition d’Isabel Mola ? Que cache le père de Maria dans son cellier ? Retrouvera-t-on la jeune Marta ? Autant de questions que pose ce thriller à la violence parfois très cruelle, mais passionnant. Mais surtout : les enfants doivent-ils payer les crimes de leurs parents ? La vengeance doit-elle se transmettre de génération en génération et tout embraser, tout détruire sur son passage ? C’est le thème de ce roman qui traverse une Espagne en partie « fière » et nostalgique de son passé franquiste. Dans cette intrigue qui ne faiblit pas et qui révélera le sens de son titre vers la fin du roman, les personnages sont construits sans concession, avec âpreté, un écho peut-être des paysages parfois désolés du pays.

Je suis vraiment ravie d’avoir découvert cet auteur que je relirai certainement, merci à Cléanthe de m’en avoir donné l’occasion.

« Maria remarqua que le regard de son père se voilait. Ce n’était plus ce héros invincible et infaillible de son enfance. Elle avait maintenant devant elle l’homme sans défense, nu, plein de blessures, de bosses, de faiblesses, de misères et de contradictions . Parfois l’intransigeance durcit la chair, parfois les rancoeurs et les déceptions, les reproches et les affrontements cicatrisent mal, et on ne sait plus comment rompre ce silence, cette distance infinie , même après la mort, même dans le souvenir. »

« Me tuer ? Coller une raclée à des femmes sans défense est une chose, mais essayer de tuer une personne qui ne se laisse pas faire, c’est une autre paire de manches. Je me rappelle ton expression terrifiée le soir où je t’ai collé mes ciseaux sur les couilles. Tu as montré ce que tu es vraiment, un lâche, comme tout les gens de ton acabit. Vous cognez, vous manipulez, vous menacez tant que vous êtes sûrs de votre force. Et votre force, c’est la faiblesse de la femme que vous piétinez. »

« Ce que tu ressens, c’est la liberté, disait Marcelo. Ton corps s’ébroue dans le froid du matin, salue le premier rayon de soleil qui le réchauffe, s’émeut d’une soupe chaude parce que l’estomac crie famine. Tes yeux admirent l’immensité des paysages d’où l’homme fut un jour arraché pour être enfermé dans des usines immondes. Si chaque ouvrier, chaque paysan était capable de retrouver cette sensation d’humanité, crois-tu qu’il voudrait encore vivre en esclave ? »

« Elle pleurait sur l’incompréhension, sur le désespoir muet de vivre dans un monde dont elle ne comprendrait jamais les règles. Les hommes mouraient, tuaient, trahissaient leurs idéaux, embarquaient un peuple entier dans des guerres fratricides, elle ne comprenait pas pourquoi. Pour le pouvoir, tel est le seul mobile qui mobilise les hommes, le pouvoir, lui avait dit un jour son père. Mais le pouvoir était une chose absurde, abstraite, minuscule et inutile. »

Victor del ARBOL, La Tristesse du Samouraï, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Babel Noir, 2013 (Actes Sud Noir, 2012)

Tristesse Samouraï

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