Portstewart, 21 juillet 1943 – Portrush, 14 juin 2016. De Woodstock à « My Love », de « Give Ireland Back to the Irish » à la voix cachée de « Money » de Pink Floyd, itinéraire d’un guitariste que Paul McCartney lui-même n’a jamais remplacé à l’identique.
Il aurait soufflé ses 83 bougies aujourd’hui, 21 juillet 2026. Henry Campbell Liken McCullough, né le 21 juillet 1943 à Portstewart, sur la côte nord de l’Irlande du Nord, est mort le 14 juin 2016, à 72 ans, dans sa maison des environs de Portrush, à quelques kilomètres à peine de son lieu de naissance. Entre ces deux dates, une vie de musicien comme le rock britannique n’en fabrique plus : les showbands irlandais des années soixante, la tournée avec Jimi Hendrix, Woodstock aux côtés de Joe Cocker, dix-neuf mois décisifs dans Wings aux côtés de Paul McCartney, un contrat signé sur le label de George Harrison, une phrase parlée devenue immortelle sur l’album le plus vendu de Pink Floyd, puis un accident, une traversée du désert, et une seconde vie de songwriter chez lui, en Irlande, saluée par ses pairs jusqu’à la fin.
Pour les lecteurs de ce site, Henry McCullough occupe une place singulière : il est le premier guitariste soliste « extérieur » jamais embauché par un Beatle pour son groupe. Avant lui, Paul McCartney avait tout fait lui-même ou presque ; après lui, Jimmy McCulloch puis Laurence Juber occuperont le poste. Mais c’est bien Henry qui a inventé la fonction — et qui lui a donné ses lettres de noblesse en trente secondes d’improvisation sur « My Love », l’un des solos les plus célèbres du catalogue McCartney. C’est aussi lui qui tient la guitare sur « Hi, Hi, Hi » et « Live and Let Die », deux des singles les plus musclés de la carrière solo de Paul.
À l’occasion de ce qui aurait été son anniversaire, retour en détail sur le parcours d’un musicien discret, ombrageux, viscéralement attaché au blues et à sa terre, dont l’histoire croise celle de trois Beatles — Paul l’a employé, George l’a signé, et son unique réplique parlée s’est glissée sur un disque enregistré à Abbey Road pendant que Wings occupait le studio voisin.
En bref
- Nom complet : Henry Campbell Liken McCullough, né le 21 juillet 1943 à Portstewart (comté de Londonderry, Irlande du Nord), mort le 14 juin 2016 près de Portrush, à 72 ans.
- Groupes majeurs : The People/Éire Apparent (1967-1968), Sweeney’s Men (1968), The Grease Band de Joe Cocker (1969-1971), Wings (janvier 1972 – été 1973), Spooky Tooth (1974), Frankie Miller’s Full House (1977-1978).
- Avec Wings : guitare solo sur « Give Ireland Back to the Irish », « Mary Had a Little Lamb », « Hi, Hi, Hi », « C Moon », « My Love », « Live and Let Die » et l’album Red Rose Speedway (1973).
- Faits d’armes : l’un des rares musiciens irlandais à avoir joué à Woodstock (avec Joe Cocker, le 17 août 1969) ; auteur du solo improvisé de « My Love » ; voix parlée à la fin de « Money » sur The Dark Side of the Moon de Pink Floyd.
- Lien avec les Beatles : engagé par Paul McCartney (1972), signé en solo par George Harrison sur Dark Horse Records (Mind Your Own Business!, 1975).
- Départ de Wings : été 1973, à la veille des sessions de Band on the Run, après un désaccord musical lors des répétitions en Écosse.
Sommaire
- Portstewart, 21 juillet 1943 : un enfant de la côte nord
- L’école des showbands : The Skyrockets et Gene and the Gents
- The People puis Éire Apparent : sur la route avec Jimi Hendrix
- Le détour folk : Sweeney’s Men, aux sources du folk-rock irlandais
- The Grease Band : Joe Cocker, Woodstock et la consécration
- Woodstock, dimanche 17 août 1969
- Après Cocker : la Grease Band en solo et « Jesus Christ Superstar »
- Janvier 1972 : Paul McCartney décroche son téléphone
- Pourquoi Henry ? Ce que McCartney cherchait
- « Give Ireland Back to the Irish » : baptême du feu
- Le paradoxe McCullough : un protestant d’Ulster sur un brûlot républicain
- Sur la route : la tournée surprise des universités
- Wings Over Europe : l’été 1972, entre triomphe et garde à vue
- « Hi, Hi, Hi » : le rock, enfin (et une nouvelle interdiction)
- « My Love » : trente secondes d’éternité à Abbey Road
- « Live and Let Die » : James Bond, George Martin et la dernière fanfare
- Été 1973 : la rupture, à la veille de « Band on the Run »
- L’après-Wings : Spooky Tooth, Dark Horse et la galaxie des sessions
- « Mind Your Own Business! » : signé par George Harrison
- « I don’t know, I was really drunk at the time » : la voix cachée de « The Dark Side of the Moon »
- Frankie Miller, Roy Harper et les années sideman
- 1980 : l’accident qui a failli tout arrêter
- Le retour au pays : la seconde vie irlandaise
- « Failed Christian » : la chanson d’une vie
- 2012-2016 : les dernières années
- L’héritage : que reste-t-il de Henry McCullough ?
- Wings et ses guitaristes : la place de Henry dans la lignée
- FAQ : Henry McCullough en dix questions
- Glossaire
- Chronologie
- Bibliographie et sources
Portstewart, 21 juillet 1943 : un enfant de la côte nord
Henry McCullough naît en pleine guerre, le 21 juillet 1943, à Portstewart, station balnéaire du comté de Londonderry posée sur la côte atlantique de l’Irlande du Nord, entre Coleraine et Portrush. La région est alors — et restera — l’une des plus belles et des plus tranquilles de l’île : falaises, plages immenses, vent constant, à une heure de route de la Chaussée des Géants. C’est un décor qui ne quittera jamais vraiment sa musique : jusqu’à ses derniers albums, McCullough chantera les paysages, les pubs et les gens de cette côte avec un mélange d’ironie et de tendresse très « ulstérien ».
La famille McCullough appartient à la communauté protestante de la région. Ce détail, anodin en apparence, prendra une résonance particulière trente ans plus tard, lorsque Henry se retrouvera à enregistrer avec Paul McCartney le brûlot « Give Ireland Back to the Irish » — nous y reviendrons longuement, car c’est l’un des paradoxes les plus fascinants de sa carrière.
Comme beaucoup de musiciens de sa génération en Irlande, Henry apprend d’abord la musique par les circuits locaux : fanfares, orchestres de bal, radio. La guitare arrive à l’adolescence, au moment précis où le skiffle puis le rock’n’roll américain déferlent sur les îles Britanniques — la même vague, exactement, qui emporte au même moment John Lennon, Paul McCartney et George Harrison à Liverpool, de l’autre côté de la mer d’Irlande. Henry a quinze ans quand les Quarrymen enregistrent « That’ll Be the Day » chez Percy Phillips ; il en a dix-sept quand il devient musicien professionnel.
L’école des showbands : The Skyrockets et Gene and the Gents
Impossible de comprendre Henry McCullough sans comprendre le phénomène des showbands irlandais. Dans l’Irlande des années 1950-1960, du nord comme du sud, la vie musicale populaire ne passe ni par les clubs ni par les pubs, mais par les ballrooms : d’immenses salles de bal, souvent construites en rase campagne, où des orchestres professionnels en costumes assortis enchaînent jusqu’à quatre ou cinq heures de reprises par soir — chansons de charts, standards country, rock’n’roll, valses, cha-cha-cha. Ces orchestres, les showbands, sont de véritables machines de guerre scéniques : chorégraphies, cuivres, changements de tenue. Van Morrison a fait ses classes dans les showbands (avec les Monarchs), Rory Gallagher aussi (avec le Fontana, devenu Impact). Henry McCullough ne fait pas exception.
À dix-sept ans, vers 1960-1961, il rejoint comme guitariste soliste The Skyrockets, un showband basé à Enniskillen, dans le comté de Fermanagh. L’apprentissage est brutal et complet : il faut savoir tout jouer, vite, juste, tous les soirs, devant des publics venus danser et non écouter. C’est là que McCullough forge ce qui restera sa signature : une économie de moyens absolue, un sens du placement rythmique infaillible, et cette sonorité « vocale », légèrement traînante, qui fera plus tard merveille chez Cocker comme chez McCartney. Des Skyrockets, il passe ensuite chez Gene and the Gents, le groupe du chanteur sud-africain Gene Chetty, installé à Derry — une formation au répertoire plus soul, plus proche de ce qui se joue alors dans les clubs anglais.
Mais au milieu des années soixante, le modèle showband commence à étouffer les musiciens les plus ambitieux. Les Beatles, précisément, ont tout changé : désormais, un groupe écrit ses propres chansons, impose son propre son, existe par ses disques autant que par ses bals. Pour un guitariste de vingt-deux ans nourri de blues et de rhythm and blues, l’avenir n’est plus dans les ballrooms de Fermanagh. Il est à Belfast, puis à Londres.
The People puis Éire Apparent : sur la route avec Jimi Hendrix
En 1967, McCullough s’installe à Belfast et rejoint The People, l’un des premiers groupes de la ville à embrasser franchement le psychédélisme naissant : orgue, guitares saturées, répertoire original. Le quatuor — McCullough à la guitare, Ernie Graham au chant, Chris Stewart à la basse, Dave Lutton à la batterie — se taille rapidement une réputation régionale suffisante pour tenter l’aventure londonienne, comme des centaines de groupes provinciaux avant lui.
La différence, c’est que The People a de la chance — et du talent. À Londres, le groupe est repéré par le tandem de managers le plus en vue du moment : Chas Chandler, l’ex-bassiste des Animals, et Mike Jeffery. Or Chandler et Jeffery gèrent alors un certain James Marshall Hendrix, dont le premier album vient de retourner le Swinging London. Les deux managers signent The People, jugent le nom trop banal et le rebaptisent Éire Apparent — calembour sur « heir apparent » (l’héritier présomptif) et « Éire », le nom gaélique de l’Irlande.
S’ouvre alors pour McCullough une année proprement hallucinante. Éire Apparent est propulsé en première partie des tournées de l’écurie Chandler-Jeffery : le groupe partage l’affiche avec le Jimi Hendrix Experience, Pink Floyd, The Move et Amen Corner sur la légendaire tournée britannique de l’automne 1967 — celle des deux concerts par soir, quinze minutes par groupe, où Hendrix brûlait littéralement les planches. Puis, début 1968, Éire Apparent accompagne Hendrix sur sa tournée nord-américaine. Pour un gamin de Portstewart passé par les bals d’Enniskillen, se retrouver chaque soir dans les coulisses du plus grand guitariste du monde relève du conte de fées.
Le conte tourne court à cause d’un contrôle de police. Au printemps 1968, lors de l’étape canadienne de la tournée, McCullough est interpellé pour possession de cannabis. L’affaire lui vaut d’être renvoyé en Europe, et elle scelle son sort au sein d’Éire Apparent : le groupe poursuit sans lui — c’est Hendrix lui-même qui produira (et ornera de sa guitare) l’unique album d’Éire Apparent, Sunrise, publié en 1969, sur lequel Henry ne figure pas, à l’exception de traces de sessions antérieures selon certaines sources. L’ironie est cruelle : McCullough manque de quelques mois le disque qui aurait gravé son nom à côté de celui d’Hendrix. Ce ne sera ni la première ni la dernière fois que sa carrière jouera à pile ou face avec l’histoire.
Le détour folk : Sweeney’s Men, aux sources du folk-rock irlandais
De retour en Irlande à l’été 1968, McCullough opère un virage à 180 degrés qui en dit long sur sa curiosité musicale : il rejoint Sweeney’s Men, trio folk de Galway fondé par Andy Irvine, Johnny Moynihan et Terry Woods — trois noms qui deviendront des piliers de la musique traditionnelle irlandaise (Irvine et Woods via Planxty et les Pogues, notamment). Sweeney’s Men est alors à l’avant-garde du renouveau folk : bouzouki, chant modal, répertoire de ballades collectées.
L’arrivée d’un guitariste électrique biberonné au blues dans ce cénacle acoustique fait l’effet d’une petite révolution. Avec McCullough, Sweeney’s Men électrise une partie de son répertoire et se produit notamment au festival folk de Cambridge en 1968 — une prestation restée dans les mémoires comme l’un des tout premiers actes du folk-rock des îles Britanniques, contemporain des expérimentations de Fairport Convention. L’épisode ne dure que quelques mois : Andy Irvine part pour les Balkans, le groupe se recompose, et McCullough, lui, reçoit une offre qui va changer sa vie. Mais ce passage éclair suffit à faire de lui, aux yeux des historiens du genre, un chaînon discret entre le folk irlandais et le rock électrique — une double culture qu’on entendra toute sa vie dans son jeu.
The Grease Band : Joe Cocker, Woodstock et la consécration
Fin 1968, Henry McCullough rejoint The Grease Band, le groupe qui accompagne un chanteur de Sheffield en pleine ascension : Joe Cocker. Autour de Cocker gravitent le pianiste et directeur musical Chris Stainton, le bassiste Alan Spenner et le batteur Bruce Rowland ; McCullough devient le guitariste attitré de la formation, aux côtés (puis à la place) des musiciens de studio employés jusque-là.
Le timing, cette fois, est parfait. En novembre 1968, la relecture bouleversante de « With a Little Help from My Friends » par Cocker vient de se hisser au sommet des charts britanniques — l’une des plus belles reprises de Beatles jamais enregistrées, adoubée par Paul McCartney lui-même, qui envoya un télégramme de félicitations. Le single transforme Cocker en star, et la Grease Band devient l’un des groupes de scène les plus réputés d’Angleterre : un mélange de soul, de gospel et de rock lourd, tenu par la voix écorchée de Cocker et, désormais, par la guitare de McCullough.
Correctif factuel — Qui joue la guitare sur « With a Little Help from My Friends » ?
On lit très souvent — y compris dans des nécrologies publiées en 2016 — que Henry McCullough tient la guitare sur le single « With a Little Help from My Friends » de Joe Cocker. C’est inexact. La version studio, enregistrée au printemps 1968, met en vedette un jeune requin de studio nommé Jimmy Page, quelques semaines avant qu’il ne fonde Led Zeppelin, avec B.J. Wilson (Procol Harum) à la batterie. McCullough n’a rejoint la Grease Band que plusieurs mois après la séance. En revanche, c’est bien lui qui joue le morceau sur scène à partir de 1969 — y compris à Woodstock, dans la version filmée qui a fait le tour du monde. D’où la confusion, entretenue par des décennies de rediffusions : l’image est de McCullough, le disque est de Page.
Woodstock, dimanche 17 août 1969
Au printemps 1969, Cocker et la Grease Band s’attaquent à l’Amérique : des mois de tournée ininterrompue dans les clubs et les festivals, qui forgent une réputation scénique redoutable. Si bien que lorsque se monte, dans l’État de New York, un festival champêtre baptisé « Woodstock Music and Art Fair », le nom de Joe Cocker figure sur l’affiche du dimanche.
Le 17 août 1969, en début d’après-midi, Joe Cocker and the Grease Band ouvrent la troisième journée du festival devant une marée humaine de plusieurs centaines de milliers de personnes. Le groupe joue une dizaine de titres, dont des relectures de Dylan et des Beatles — « Let It Be » ne sortira que l’année suivante, mais le set culmine avec « With a Little Help from My Friends », dans une version d’une intensité folle, immortalisée par le film de Michael Wadleigh sorti en 1970. Henry McCullough, Fender Telecaster en bandoulière, y grave quelques-unes des images les plus vues de toute sa carrière. Il aimera rappeler, avec la modestie goguenarde qui le caractérisait, qu’il fut ce jour-là l’un des très rares Irlandais à fouler la scène de Woodstock — l’anecdote deviendra un titre de gloire national, célébré jusque dans les pubs de Portstewart.
Un orage interrompt le festival juste après le set de Cocker : la pluie diluvienne qui suit « With a Little Help from My Friends » fait partie de la légende de Woodstock. Difficile d’inventer meilleure sortie de scène.
Après Cocker : la Grease Band en solo et « Jesus Christ Superstar »
Le triomphe américain a un revers. Début 1970, Cocker est happé par le projet pharaonique « Mad Dogs & Englishmen », monté avec Leon Russell : une troupe d’une vingtaine de musiciens et choristes américains, qui remplace purement et simplement la Grease Band. McCullough et ses camarades apprennent la nouvelle avec amertume ; le divorce avec Cocker laissera des traces.
Qu’à cela ne tienne : la Grease Band continue sans son chanteur. Le groupe — McCullough, Stainton (bientôt parti), Spenner, Rowland, rejoints par le guitariste Neil Hubbard — publie en 1971 un premier album homonyme, salué par la critique pour son mélange détendu de rock sudiste à l’anglaise et de country-soul, où McCullough signe et chante plusieurs titres. Dans l’intervalle, la section rythmique de la Grease Band décroche une session d’anthologie : c’est elle qui enregistre en 1970 la partie rock du double album concept Jesus Christ Superstar d’Andrew Lloyd Webber et Tim Rice, avec Ian Gillan de Deep Purple dans le rôle de Jésus. La guitare de McCullough électrise ainsi l’un des albums les plus vendus de l’année 1971 aux États-Unis — encore un disque colossal auquel son nom est associé sans que le grand public le sache.
À l’automne 1971, la Grease Band vivote entre sessions et concerts de clubs. McCullough, lui, approche de la trentaine. Il a joué avec Hendrix, à Woodstock, sur Jesus Christ Superstar ; il n’est toujours ni riche ni célèbre. C’est alors que le téléphone sonne.
Janvier 1972 : Paul McCartney décroche son téléphone
Pour comprendre l’appel qui va faire basculer la carrière de Henry McCullough, il faut rappeler où en est Paul McCartney au tournant de 1972. Les Beatles sont morts depuis avril 1970 ; McCartney (1970) et Ram (1971) ont été des succès commerciaux éreintés par la critique ; et Paul, contre l’avis de à peu près tout le monde, a décidé de repartir de zéro avec un vrai groupe : Wings, fondé à l’été 1971 avec Linda McCartney aux claviers, l’ex-Moody Blues Denny Laine à la guitare et le batteur de session new-yorkais Denny Seiwell. Le premier album, Wild Life, enregistré en une semaine et publié en décembre 1971, a été fraîchement accueilli.
Mais McCartney a une idée fixe : rejouer sur scène, loin des stades, loin du fantôme des Beatles — débarquer à l’improviste dans des universités anglaises, comme un groupe débutant. Pour cela, il manque une pièce à Wings : un vrai guitariste soliste, capable de tenir un concert entier. Denny Laine est un excellent musicien mais pas un soliste flamboyant ; Paul veut pouvoir se concentrer sur la basse et le chant.
Denny Laine connaît le milieu londonien comme sa poche, et le nom qui circule est celui de Henry McCullough : un guitariste de scène éprouvé, un son blues immédiatement identifiable, pas de vedettariat, et l’expérience des grandes machines (Cocker) comme des petites salles. Fin janvier 1972, McCullough est invité à une répétition-audition avec Wings dans un sous-sol londonien. L’essai est concluant : quelques jours plus tard, la presse musicale annonce que l’ancien guitariste de la Grease Band rejoint le groupe de Paul McCartney. Henry dira plus tard, mi-figue mi-raisin, qu’il n’était pas particulièrement fan des Beatles — son cœur battait pour Ray Charles, Hank Williams et le blues — mais qu’on ne refuse pas une offre pareille : un salaire fixe de sideman, et la perspective de remonter enfin sur scène.
Pourquoi Henry ? Ce que McCartney cherchait
Le choix de McCullough en dit long sur le projet musical de McCartney en 1972. Paul n’a pas recruté un virtuose à la mode — les Clapton, Beck et autres Alvin Lee ne manquaient pourtant pas — mais un guitariste d’accompagnement au sens noble : un homme de groove, de feeling, de chansons. Le jeu de McCullough, économe, chantant, imprégné de country et de soul, est aux antipodes de la démonstration. C’est exactement ce qui séduit McCartney, qui gardera toute sa vie cette préférence pour les guitaristes « au service de la chanson ».
Il y a aussi, peut-être, un clin d’œil géographique : avec McCullough, Wings compte désormais un Irlandais du Nord — de quoi renforcer les racines celtiques d’un groupe dont le leader, comme John Lennon, descend d’Irlandais de Liverpool. Le hasard va donner à ce détail une actualité tragique en dix jours à peine.
« Give Ireland Back to the Irish » : baptême du feu
Le dimanche 30 janvier 1972, à Derry — la ville même où Henry a joué avec Gene and the Gents —, des parachutistes britanniques ouvrent le feu sur une marche pour les droits civiques. Quatorze morts. Le « Bloody Sunday » provoque une onde de choc mondiale et jette des dizaines de milliers de jeunes catholiques dans les bras de l’IRA.
À Londres, Paul McCartney, d’ordinaire si prudent politiquement, est saisi d’une colère qu’il transforme immédiatement en chanson : « Give Ireland Back to the Irish » (« Rendez l’Irlande aux Irlandais »), écrite avec Linda dans les jours qui suivent. Le 1er février 1972 — deux jours après le massacre —, Wings entre à Abbey Road pour l’enregistrer. C’est la toute première séance de Henry McCullough avec le groupe : il n’a même pas encore donné un concert avec Wings qu’il grave déjà un single, et quel single — le disque le plus ouvertement politique de toute la carrière de Paul McCartney.
Publié le 25 février 1972, le 45 tours est aussitôt interdit d’antenne par la BBC, par les télévisions indépendantes et par Radio Luxembourg. Le simple énoncé de son titre est proscrit : lors des relevés de charts radiophoniques, les présentateurs doivent le désigner comme « un disque du groupe Wings ». La presse conservatrice accuse McCartney de faire le jeu de l’IRA ; l’intéressé se défend en invoquant un réflexe moral élémentaire. Malgré — ou grâce à — la censure, le single atteint la 16e place des charts britanniques, et la première place en Irlande.
Le paradoxe McCullough : un protestant d’Ulster sur un brûlot républicain
Et Henry, dans tout cela ? Le biographe Howard Sounes, dans Fab: An Intimate Life of Paul McCartney, avance que McCullough — protestant d’Ulster issu d’un milieu de sensibilité unioniste, c’est-à-dire attaché au maintien de l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni — a pu éprouver de sérieuses réserves devant la sortie du titre en single. On mesure la situation : la première contribution discographique de Henry à Wings est un hymne qui réclame le départ de la Grande-Bretagne de sa propre province, et qui passe, dans une partie de sa communauté d’origine, pour une chanson « de l’autre camp ».
McCullough, avec l’élégance taiseuse qui le caractérisait, n’a jamais transformé l’épisode en drame public. Il a joué la chanson, en studio comme sur scène pendant la tournée européenne de 1972, en professionnel. Mais plusieurs témoignages rapportent que la période fut inconfortable, et que des proches restés en Ulster le lui firent savoir — certains récits évoquent même des menaces visant sa famille dans le climat empoisonné de 1972, l’année la plus meurtrière de tous les Troubles. Quoi qu’il en soit, l’ironie de l’histoire est vertigineuse : c’est un fils de la communauté protestante de la côte nord qui signe la partie de guitare du disque le plus républicain jamais publié par un Beatle.
Sur la route : la tournée surprise des universités
Neuf jours après la séance de « Give Ireland Back to the Irish », McCartney met à exécution son idée folle. Le 8 février 1972, Wings entasse instruments, familles, chiens et roadies dans un van et une caravane, et prend la route vers le nord de l’Angleterre, sans itinéraire précis. Le lendemain, 9 février, le groupe se présente à l’improviste à l’université de Nottingham : « Bonjour, nous sommes Wings, est-ce qu’on peut jouer chez vous demain ? » Le concert a lieu le jour même ou le lendemain selon les étapes, annoncé par de simples affichettes photocopiées ; l’entrée coûte 50 pence, et la recette — payée en pièces — est partagée le soir même entre les musiciens, dans un sac plastique.
Pour Henry McCullough, la scène a quelque chose d’irréel : voilà l’homme qui remplissait les stades avec les Beatles en train de mendier des concerts d’étudiants pour cinquante pence. Mais c’est précisément le génie de l’affaire. En une dizaine de dates improvisées à travers l’Angleterre et le pays de Galles (Nottingham, York, Hull, Leeds, Sheffield, Salford, Birmingham, Swansea…), McCartney se désintoxique du mythe Beatles, roule les nouveaux venus dans la farine du trac, et soude son groupe comme aucune répétition ne l’aurait fait. .
McCullough gardera de cette équipée un souvenir attendri : de son propre aveu, ce furent parmi ses meilleurs moments avec Wings, ceux où le groupe ressemblait le plus à ce qu’il avait toujours connu — une bande de musiciens sur la route, sans chichis, jouant pour le plaisir et l’argent du soir.
Wings Over Europe : l’été 1972, entre triomphe et garde à vue
L’étape suivante arrive à l’été. Le 9 juillet 1972, au théâtre antique de Châteauvallon, près de Toulon, Wings entame sa première vraie tournée : « Wings Over Europe », vingt-six concerts dans neuf pays, de la France à la Scandinavie en passant par la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas, le tout à bord d’un bus à impériale peint aux couleurs psychédéliques, toit ouvert pour bronzer entre deux villes. Toujours pas un seul titre des Beatles au programme : McCartney s’obstine, et le set — « Bip Bop », « Smile Away », « The Mess », « Maybe I’m Amazed », « My Love », « Hi, Hi, Hi », « Long Tall Sally » — repose largement sur les guitares croisées de Laine et McCullough. Les enregistrements de cette tournée, exhumés au fil des rééditions d’archives, confirment ce que les témoins racontaient : Wings version 1972 était un groupe de scène nettement plus rugueux et nerveux que sa réputation, et McCullough y est pour beaucoup — ses solos sur « The Mess » ou « Best Friend » ont une morgue très Grease Band.
La tournée est aussi marquée par un épisode moins glorieux : le 10 août 1972, à Göteborg, la police suédoise cueille le groupe à la descente de scène après avoir intercepté un colis de cannabis adressé aux McCartney. Paul, Linda et Denny Seiwell écopent d’amendes ; l’affaire fait le tour de la presse mondiale et inaugure la longue série des démêlés de McCartney avec les stupéfiants. Pour McCullough, déjà expulsé du Canada pour les mêmes raisons en 1968, l’ambiance a un parfum de déjà-vu.
Entre ces deux jalons, Wings a publié en mai 1972 un deuxième single avec Henry : « Mary Had a Little Lamb », comptine mise en musique dont la mièvrerie assumée — beaucoup y ont vu un pied de nez à la censure de « Give Ireland Back to the Irish » — laisse les critiques pantois. McCullough, qui y joue une délicate partie de guitare, confessera plus tard sa perplexité polie devant certains choix artistiques de son patron : passer en six mois d’un hymne anti-britannique interdit d’antenne à une chanson pour enfants, il fallait s’accrocher.
« Hi, Hi, Hi » : le rock, enfin (et une nouvelle interdiction)
Le 1er décembre 1972 paraît le troisième single de l’année : « Hi, Hi, Hi », un boogie carré et graisseux taillé pour la scène, couplé à « C Moon », charmante bluette reggae. Et rebelote : la BBC bannit « Hi, Hi, Hi » de ses ondes, cette fois pour ses allusions jugées trop transparentes aux drogues et au sexe — au grand amusement de McCartney, qui fera remarquer que la censure a mal entendu certaines paroles. Qu’importe : porté par les passages radio de « C Moon », le single grimpe à la 5e place britannique, et « Hi, Hi, Hi » devient l’un des grands moments des concerts de Wings, guitares de Laine et McCullough à l’unisson sur le riff. En trois singles, Henry aura donc connu deux interdictions d’antenne de la BBC — un ratio dont peu de guitaristes peuvent se vanter.
C’est cette face-là de Wings — le petit groupe de rock teigneux — que McCullough préférait, on l’aura compris. Et c’est peu dire que l’année 1973 allait lui offrir, coup sur coup, son plus grand moment de gloire et ses plus grandes frustrations.
« My Love » : trente secondes d’éternité à Abbey Road
Depuis mars 1972, entre deux tournées, Wings enregistre son deuxième album, Red Rose Speedway, au fil de sessions dispersées entre Olympic, Trident, Morgan, Island, AIR et Abbey Road. Le morceau de bravoure du disque est une ballade que Paul traîne sur scène depuis un an : « My Love », déclaration d’amour à Linda, prévue avec grand orchestre.
Pour la mettre en boîte, McCartney choisit la manière forte : un enregistrement en direct à Abbey Road, groupe et orchestre symphonique jouant ensemble, dans la grande tradition des séances d’antan — l’arrangement est confié à Richard Hewson, déjà responsable des cordes de « Those Were the Days » chez Apple et du controversé habillage de The Long and Winding Road. Autrement dit : pas de filet. Chaque prise mobilise des dizaines de musiciens payés à l’heure, et tout le monde doit être bon en même temps.
C’est là que se produit la scène la plus célèbre de la carrière de Henry McCullough, racontée cent fois par McCartney lui-même, toujours avec la même admiration. Quelques instants avant la prise, Henry s’approche de Paul et lui glisse quelque chose comme : est-ce que je peux essayer autre chose sur le solo ? Le solo, justement, était écrit — répété de longue date dans une version convenue. Changer de plan à la dernière seconde, devant un orchestre au complet et un chef d’orchestre au pupitre, est le genre d’initiative qui peut coûter cher. McCartney, la gorge un peu serrée de son propre aveu, répond : vas-y.
Bande qui tourne, orchestre qui joue — et McCullough improvise, en une prise, le solo que le monde entier connaît : une phrase lente, lyrique, presque parlée, qui s’élève au-dessus des cordes sans jamais forcer, avec ce vibrato traînant qui n’appartient qu’à lui. McCartney dira toujours que ce solo, il aurait été incapable de l’écrire, et qu’il compte parmi les plus beaux jamais joués sur l’une de ses chansons. Publié en single le 23 mars 1973, « My Love » passe quatre semaines au sommet du Billboard Hot 100 américain et propulse Red Rose Speedway (paru fin avril 1973) en tête des albums. Pour la première et unique fois de sa vie, Henry McCullough est numéro un mondial — et son nom restera attaché pour toujours à ces trente secondes de musique arrachées à l’angoisse d’une prise en direct.
L’épisode dit tout du personnage : un musicien incapable de jouer deux fois la même chose, allergique aux parties dictées, et qui donnait le meilleur de lui-même quand on lui laissait les clés. Il dit aussi, en creux, tout du conflit qui couvait : car dans le groupe de Paul McCartney, on ne laisse pas souvent les clés.
« Live and Let Die » : James Bond, George Martin et la dernière fanfare
Un mot encore d’octobre 1972, car s’y enregistre l’autre titre de gloire de la période : « Live and Let Die », chanson-titre du huitième James Bond, commandée à McCartney et produite par George Martin en personne aux studios AIR — retrouvailles du Beatle et de son producteur historique, cinq ans avant Tug of War. La séance réunit Wings au grand complet et un orchestre déchaîné sur les arrangements de Martin ; McCullough y assure les guitares avec Laine, dans un déluge symphonique qui n’a pas pris une ride. Sorti en juin 1973, à quelques semaines du film avec Roger Moore, le single atteint la 2e place américaine et la 9e britannique, décroche une nomination à l’Oscar de la meilleure chanson, et deviendra — pyrotechnie à l’appui — un sommet immuable de tous les concerts de McCartney jusqu’à aujourd’hui. Chaque fois que Paul le joue, quelque part dans le mix originel résonne la guitare d’un homme de Portstewart.
Le printemps 1973 est d’ailleurs le zénith public de cette formation de Wings : émission spéciale James Paul McCartney tournée pour la télévision américaine et britannique, tournée britannique en mai (la première du groupe dans de vraies salles, annoncée et complète), single et album numéro un. Vu de l’extérieur, tout va bien. De l’intérieur, tout craque.
Été 1973 : la rupture, à la veille de « Band on the Run »
Les raisons du malaise sont connues et documentées, McCullough s’en étant expliqué à plusieurs reprises dans les décennies suivantes, sans acrimonie excessive mais sans langue de bois.
Il y a d’abord la question musicale. McCartney est un perfectionniste qui entend chaque note de ses arrangements avant même d’entrer en studio, et qui attend de ses musiciens qu’ils exécutent — au besoin en leur chantant leurs parties. Pour un batteur de session comme Seiwell, c’est le métier. Pour un guitariste de feeling comme McCullough, formé à l’école du blues où l’on ne joue jamais deux fois pareil, c’est une camisole. Le triomphe de « My Love » n’a rien arrangé : Henry a démontré ce qu’il savait faire quand on le laissait libre, et supporte d’autant moins qu’on lui dicte des solos note à note. Il dira plus tard qu’à force de jouer ce qu’on lui demandait, il avait le sentiment de désapprendre son instrument.
Il y a ensuite la question du statut et de l’argent. Wings n’est pas une coopérative : c’est l’entreprise de Paul et Linda McCartney, où Laine, Seiwell et McCullough sont salariés — correctement, mais sans commune mesure avec les recettes que génèrent un single numéro un mondial et des tournées à guichets fermés. Les sidemen s’en accommodent tant que dure la lune de miel ; à mesure que le groupe grossit, la disproportion devient un sujet, d’autant que les promesses d’intéressement tardent à se concrétiser. Ajoutons la place de Linda, dont les débuts hésitants aux claviers agacent les professionnels aguerris du groupe — McCullough l’évoquera avec plus de tendresse que de fiel, mais l’évoquera —, et le tableau est complet.
L’étincelle jaillit à l’été 1973, dans la ferme écossaise des McCartney près de Campbeltown, où Wings répète le répertoire du troisième album, dont l’enregistrement est programmé pour la rentrée aux studios EMI de Lagos, au Nigeria. Au cours d’une répétition, McCartney demande à McCullough de jouer une partie d’une manière précise ; Henry estime la consigne injouable telle quelle, ou du moins contraire à tout ce qu’il est comme musicien ; le ton monte ; et l’Irlandais, plutôt que de plier une fois de plus, pose sa guitare, quitte la grange et, peu après, confirme par téléphone qu’il ne reviendra pas. Nous sommes en août 1973, à quelques semaines du départ pour Lagos.
La suite appartient à la légende beatlesienne : la veille du vol pour le Nigeria, c’est Denny Seiwell qui jette l’éponge à son tour, pour des raisons voisines (statut, rémunération, et fort peu d’envie d’aller enregistrer dans un pays en crise). Réduit au trio Paul-Linda-Denny Laine, McCartney part quand même, s’installe dans un studio à moitié équipé, se fait dévaliser sous la menace d’un couteau, s’évanouit en pleine séance — et en rapporte Band on the Run, le chef-d’œuvre de sa carrière solo, où il tient lui-même la batterie et l’essentiel des guitares solistes. Le paradoxe est cruel pour les partants : leur départ, en acculant McCartney, a contribué à faire de Band on the Run ce disque de survie galvanisé qui relança tout. McCullough en convenait de bonne grâce : à quelque chose malheur fut bon — pour Paul.
Correctif factuel — Un départ « à la veille des sessions », vraiment ?
La formule consacrée — reprise par la notice biographique qui sert de base à cet article — veut que McCullough ait quitté Wings « à la veille des sessions de Band on the Run, en août 1973 ». Elle télescope en réalité deux départs distincts. Henry McCullough est parti pendant les répétitions en Écosse, au cours de l’été 1973, après l’altercation musicale racontée ci-dessus — soit plusieurs semaines avant le voyage. C’est Denny Seiwell qui a annoncé son départ la veille du vol pour Lagos, fin août, laissant McCartney apprendre coup sur coup qu’il n’avait plus ni guitariste soliste ni batteur. La confusion entre les deux défections, souvent fusionnées en un seul « lâchage de dernière minute », a durci a posteriori l’image de McCullough, qui n’a jamais pratiqué la politique de la chaise vide : il est parti sur un désaccord artistique assumé, et l’a toujours raconté ainsi.
Le divorce, pour spectaculaire qu’il fût, ne vira jamais à la guerre. McCartney, dans ses évocations ultérieures, parlera de Henry avec une constante affection, saluant le musicien d’exception et l’humour de l’homme ; McCullough, de son côté, égratignera parfois la discipline de fer du patron mais jamais l’artiste, et gardera de « My Love » et de la période une fierté sans ombre. Les deux hommes se recroiseront cordialement au fil des ans.
L’après-Wings : Spooky Tooth, Dark Horse et la galaxie des sessions
Libéré de Wings, McCullough retrouve avec un soulagement visible la vie qu’il connaît : celle de musicien parmi les musiciens. En 1974, il rejoint la dernière incarnation de Spooky Tooth, vétéran du rock lourd et gospel anglais mené par le claviériste-chanteur Gary Wright, aux côtés notamment de Mike Patto et d’un certain Mick Jones, futur fondateur de Foreigner. Henry participe à l’album The Mirror (1974), chant du cygne du groupe, qui se dissout dans la foulée. Le passage est bref — il vaut surtout à McCullough de figurer, dans toutes les encyclopédies, comme « ex-Spooky Tooth » entre deux lignes plus glorieuses — mais il le maintient dans le grand bain du rock d’exportation.
« Mind Your Own Business! » : signé par George Harrison
L’épisode suivant ramène tout droit à la planète Beatles. En 1974, George Harrison fonde son propre label, Dark Horse Records, et y signe ses coups de cœur : les Splinter, Ravi Shankar… et Henry McCullough. Que le guitariste congédié par un Beatle soit aussitôt recruté par un autre en dit long sur l’estime dont il jouissait dans le sérail. En 1975 paraît ainsi Mind Your Own Business! — « Occupe-toi de tes affaires ! », titre dont on appréciera l’à-propos post-Wings —, premier album solo de McCullough, enregistré avec sa vieille garde de la Grease Band (Alan Spenner, Neil Hubbard, Bruce Rowland notamment). Le disque, chaleureux mélange de country-soul, de blues détendu et de gospel blanc, chanté de cette voix de bois flotté qui était la sienne, reçoit de bonnes critiques et se vend confidentiellement — le destin de la quasi-totalité du catalogue Dark Horse, il est vrai. Il n’en reste pas moins une pièce unique : le seul album au monde dont l’interprète a été employé par Paul McCartney et produit sous le pavillon de George Harrison.
« I don’t know, I was really drunk at the time » : la voix cachée de « The Dark Side of the Moon »
Reste le plus savoureux des post-scriptum de la période Wings, et l’une des anecdotes préférées des lecteurs de ce site. Pendant l’hiver et le printemps 1972-1973, tandis que Wings peaufine Red Rose Speedway à Abbey Road, un autre groupe occupe les studios voisins : Pink Floyd, en pleine fabrication de The Dark Side of the Moon. Pour habiller son album, Roger Waters a imaginé un dispositif fameux : des cartons portant des questions existentielles (« Avez-vous peur de mourir ? », « Quand avez-vous été violent pour la dernière fois ? », « Étiez-vous dans votre bon droit ? »), soumis à quiconque passe par Abbey Road — techniciens, portiers, roadies… et musiciens de Wings.
Paul et Linda McCartney se prêtent au jeu ; leurs réponses, jugées trop prudentes et trop « interviewées », finissent à la corbeille — les Floyd s’en amuseront longtemps : le seul Beatle disponible, et inutilisable. Celles de Henry McCullough, en revanche, font mouche. À la question sur son dernier accès de violence, enchaînée à « étiez-vous dans votre bon droit ? », Henry répond avec un naturel désarmant : « I don’t know, I was really drunk at the time » — « je ne sais pas, j’étais vraiment ivre à ce moment-là ». La réplique, placée à la toute fin de « Money », à la jointure avec « Us and Them », est aujourd’hui gravée dans des dizaines de millions de foyers : The Dark Side of the Moon est l’un des trois ou quatre albums les plus vendus de l’histoire. Des années durant, la phrase fut attribuée à un roadie anonyme ; c’est bien l’accent traînant de Portstewart que l’on entend là, à jamais coincé entre deux classiques de Pink Floyd. Peu de guitaristes peuvent se targuer d’être entrés dans l’histoire du rock aussi par une phrase parlée.
Frankie Miller, Roy Harper et les années sideman
La deuxième moitié des années soixante-dix voit McCullough reprendre du service comme sideman de luxe sur la scène anglaise. On le retrouve notamment au sein du Full House de Frankie Miller, le rugueux soulman écossais, avec qui il enregistre et tourne en 1977-1978 — un attelage qui lui va comme un gant, Miller étant à bien des égards un Cocker calédonien. Il croise également le fer, en studio ou sur scène, avec des figures aussi diverses que Roy Harper, Donovan, Eric Burdon ou Marianne Faithfull au fil des années, sa réputation de guitariste « à chansons » ne se démentant jamais. L’homme n’a pas de plan de carrière ; il a un carnet d’adresses, une Telecaster et une réputation. Longtemps, cela suffit.
1980 : l’accident qui a failli tout arrêter
Le destin frappe en 1980, de la façon la plus bête qui soit. Un accident domestique — une lame, une main ouverte — sectionne les tendons de sa main, et le verdict des médecins est sans appel : les dégâts sont sévères, la rééducation sera longue, et rien ne garantit qu’il retrouvera jamais la dextérité d’avant. Pour un guitariste dont tout l’art tenait dans la finesse du toucher, c’est une condamnation. Les années quatre-vingt de Henry McCullough seront une longue nuit : plus de sessions prestigieuses, des concerts rares, la main qui se réapprend millimètre par millimètre, et les démons ordinaires des musiciens désœuvrés — il parlera plus tard, sans fard, de ses années de bouteille.
Beaucoup, à sa place, auraient disparu pour de bon. McCullough, lui, fait ce qu’il a toujours fait : il rentre à la maison. À la fin des années quatre-vingt, il quitte définitivement l’Angleterre pour se réinstaller sur sa côte natale, entre Portstewart et Portrush. Et là, patiemment, il se reconstruit — la main d’abord, le répertoire ensuite.
Le retour au pays : la seconde vie irlandaise
Les années quatre-vingt-dix voient renaître un Henry McCullough que peu attendaient : non plus le sideman des autres, mais un auteur-compositeur à part entière, chantant ses propres chansons de sa voix patinée, dans un registre où se fondent enfin toutes ses vies — le blues des clubs, la country des showbands, le folk de Sweeney’s Men, le gospel de la Grease Band. Installé près de Portrush avec sa compagne Josie, il redevient une figure familière des scènes irlandaises, du nord comme du sud : festivals, pubs, salles de taille humaine, où sa légende — Woodstock ! Wings ! Pink Floyd ! — précède un artiste qui n’en joue jamais, préférant l’autodérision aux médailles.
« Failed Christian » : la chanson d’une vie
De cette période date la chanson qui, aux yeux de beaucoup, constitue son chef-d’œuvre d’auteur : « Failed Christian » (« Chrétien raté »), autoportrait d’une franchise désarmante — celui d’un homme fâché avec les églises mais pas avec la grâce, qui confesse ses manquements sans renoncer à une forme de foi têtue. Venant d’un enfant du Nord protestant qui avait joué « Give Ireland Back to the Irish », le titre a une profondeur de champ vertigineuse. La chanson connaît une consécration inattendue en 1998 lorsque Nick Lowe, l’un des songwriters les plus respectés d’Angleterre, l’enregistre sur son album Dig My Mood — hommage d’un orfèvre à un pair, qui vaudra à McCullough une nouvelle vague de reconnaissance critique et quelques droits d’auteur bienvenus.
Autour de ce sommet s’organise une discographie tardive et attachante, publiée sur des labels indépendants et vendue au gré des concerts : citons notamment Belfast to Boston (2001), recueil qui dit bien, dès son titre, la géographie sentimentale du bonhomme, Unfinished Business (2003), enregistré en public, et surtout Poor Man’s Moon (2008), salué comme son meilleur album depuis les années soixante-dix — la voix s’est encore creusée, l’écriture s’est resserrée, et la guitare, cette main miraculée, chante comme au premier jour. Les critiques irlandais, unanimes, parlent alors d’un trésor national trop longtemps négligé.
Les honneurs suivent, à l’échelle qui était la sienne : documentaires télévisés, soirées d’hommage, invitations récurrentes des jeunes générations du rock et du folk irlandais, qui voient en lui un chaînon vivant entre leur île et la grande histoire — l’homme qui avait joué à Woodstock, l’Irlandais de Wings. En 2012 encore, il tourne, enregistre, projette. Puis le corps lâche.
2012-2016 : les dernières années
En novembre 2012, Henry McCullough est terrassé par une grave crise cardiaque à son domicile. Privé d’oxygène de longues minutes avant l’arrivée des secours, il en réchappe, mais au prix de séquelles irréversibles : l’homme qui se relevait de tout ne remontera plus sur scène. Les trois années et demie qui suivent, il les passe chez lui, près de Portrush, entouré et soigné par Josie, son épouse, dont le dévouement force l’admiration de tous les proches.
Le monde musical, lui, ne l’oublie pas. Des concerts de soutien s’organisent en Irlande pour aider le couple à faire face aux frais de soins, réunissant la fine fleur des musiciens de l’île ; les messages affluent, dont ceux, chaleureux, de Paul McCartney. Henry McCullough s’éteint le 14 juin 2016, à l’âge de 72 ans, dans sa maison de la côte nord — à quelques minutes de la ville qui l’avait vu naître soixante-douze ans plus tôt, comme si toute cette vie de routes n’avait été qu’une longue boucle.
Les hommages disent alors la place exacte qu’il occupait. McCartney salue publiquement la mémoire d’un musicien immensément doué, d’un homme à l’humour délicieux avec qui travailler fut un plaisir, et rappelle l’épisode du solo de « My Love » comme l’un de ses grands souvenirs de studio. La presse britannique et irlandaise, du Guardian au Belfast Telegraph, retrace la trajectoire du « guitariste de Woodstock et de Wings » ; en Irlande du Nord, au-delà des clivages, on pleure un enfant du pays. Sur les réseaux, des milliers d’anonymes découvrent, souvent avec stupeur, que le solo de « My Love » et la voix ivre de « Money » appartenaient au même homme discret de Portstewart.
L’héritage : que reste-t-il de Henry McCullough ?
Il aurait donc eu 83 ans aujourd’hui. Qu’écoute-t-on, dix ans après sa mort, quand on veut entendre Henry McCullough ? D’abord, évidemment, les trente secondes de « My Love » — probablement le solo de guitare le plus diffusé jamais joué par un Irlandais du Nord, toutes époques confondues, et l’un des rares solos de l’ère classique du rock dont on connaisse précisément les circonstances de création : une improvisation totale, en une prise, en direct avec orchestre, arrachée à la seule audace d’avoir demandé « je peux essayer autre chose ? ». Dans l’économie ultra-contrôlée de la musique de Paul McCartney, ce solo reste un îlot de liberté pure, et McCartney lui-même n’a jamais cessé de le désigner comme tel. C’est peut-être le plus bel hommage : le patron le plus exigeant du métier reconnaissant que la plus belle chose sur sa chanson, il ne l’avait ni écrite ni voulue.
Il reste ensuite une leçon de style. McCullough appartient à cette lignée de guitaristes — Steve Cropper, Curtis Mayfield, Robbie Robertson — pour qui l’instrument est une voix seconde, au service de la chanson, jamais au-dessus d’elle. Son jeu sur « Live and Let Die », « C Moon », Red Rose Speedway, sur les albums de la Grease Band ou derrière Frankie Miller, coche toutes les cases de l’école « moins de notes, plus de sens ». À l’heure où les conservatoires forment des virtuoses au kilomètre, l’exemple McCullough — showbands, oreille, feeling, service — garde toute sa valeur pédagogique.
Il reste enfin une figure. Dans l’histoire des Beatles et de leurs satellites, Henry McCullough incarne le point de vue rare du salarié : l’homme qui a vu la machine McCartney de l’intérieur, sans en partager ni la fortune ni la gloire, et qui en a parlé toute sa vie avec une liberté de ton précieuse pour les historiens — ni hagiographe ni règlement de comptes, juste le regard d’un professionnel sur un autre. Ses entretiens des années 2000, disponibles en ligne, constituent l’une des meilleures sources sur le fonctionnement quotidien de Wings première période : les répétitions, les salaires en pièces de la tournée des universités, la discipline de studio, la place de Linda, l’épisode écossais. Quiconque veut comprendre pourquoi Wings a usé quatre guitaristes solistes en huit ans doit commencer par écouter Henry.
Et puis il y a l’Irlande. De Portstewart à Portrush en passant par Woodstock, Abbey Road et Lagos-qu’il-refusa, la boucle de Henry McCullough raconte quelque chose de l’histoire musicale de son île : la génération des showbands qui rêvait de Londres, les Troubles qui rattrapaient chacun jusque dans les studios d’Abbey Road, et ce retour final au pays qui est l’un des grands motifs de la culture irlandaise. Le 21 juillet, sur la côte nord, il se trouvera bien quelqu’un ce soir pour lever un verre au gamin des Skyrockets qui joua un jour, devant un orchestre symphonique et un Beatle, les plus belles trente secondes de sa vie.
Wings et ses guitaristes : la place de Henry dans la lignée
Un mot de mise en perspective, pour les statisticiens du groupe. Wings aura connu trois guitaristes solistes en titre : Henry McCullough (janvier 1972 – été 1973), Jimmy McCulloch (1974-1977) et Laurence Juber (1978-1981), les intérims étant assurés par McCartney lui-même et Denny Laine. La comparaison éclaire ce que chacun apportait : McCulloch, prodige écossais mort tragiquement à 26 ans, la fougue et la technique ; Juber, le poli du studio ; McCullough, l’âme et le blues. Il est frappant de constater que les deux périodes créatives les plus « rock » de Wings — 1972-73 et Band on the Run — encadrent exactement le passage de Henry : il aura été le guitariste de la conquête, celui des tournées en bus, des singles interdits et des premiers numéros un, avant que le groupe ne devienne la machine à stades de Wings Over America. Dix-neuf mois seulement, mais dix-neuf mois fondateurs : sans la crédibilité scénique acquise en 1972-73 avec McCullough, pas de retour triomphal de McCartney sur les routes du monde.
Notons enfin, pour la petite histoire, que la formation à cinq de 1972-73 a connu une postérité posthume : on peut voir et entendre Henry avec Wings dans le film d’animation The Bruce McMouse Show (tourné en 1972, finalement publié en 2018), dans les rééditions archivistiques de Red Rose Speedway (2018) et dans le coffret et film consacrés à la tournée européenne de 1972 — autant d’occasions, pour les fans d’aujourd’hui, de redécouvrir à quel point ce Wings-là sonnait bien.
FAQ : Henry McCullough en dix questions
Qui était Henry McCullough ?
Henry Campbell Liken McCullough (21 juillet 1943 – 14 juin 2016) était un guitariste, chanteur et auteur-compositeur nord-irlandais, né à Portstewart. Il est surtout connu comme guitariste soliste de Wings, le groupe de Paul McCartney, de janvier 1972 à l’été 1973, et comme membre de la Grease Band de Joe Cocker, avec laquelle il joua à Woodstock en 1969.
Sur quelles chansons de Paul McCartney joue-t-il ?
Il tient la guitare sur les singles « Give Ireland Back to the Irish », « Mary Had a Little Lamb », « Hi, Hi, Hi », « C Moon », « My Love » et « Live and Let Die », ainsi que sur l’album Red Rose Speedway (1973). Son fait d’armes le plus célèbre est le solo de « My Love », improvisé en une prise, en direct avec orchestre, à Abbey Road.
Pourquoi a-t-il quitté Wings ?
Pour un cumul de raisons musicales (le contrôle très strict exercé par McCartney sur les parties de chacun, difficile à vivre pour un improvisateur de son tempérament) et de statut (les musiciens de Wings étaient des salariés, loin des revenus générés par les succès du groupe). La rupture s’est produite lors des répétitions de Band on the Run en Écosse, à l’été 1973, après un désaccord sur une partie de guitare.
A-t-il joué à Woodstock ?
Oui : le 17 août 1969, avec Joe Cocker and the Grease Band, dont le set s’acheva sur la version légendaire de « With a Little Help from My Friends », immortalisée par le film Woodstock. Il fut l’un des très rares musiciens irlandais présents sur la scène du festival.
Est-ce lui qui joue la guitare sur le single « With a Little Help from My Friends » de Joe Cocker ?
Non. La version studio de 1968 a été enregistrée avec Jimmy Page, futur Led Zeppelin, avant l’arrivée de McCullough dans la Grease Band. Henry a en revanche joué le titre sur scène des centaines de fois à partir de 1969, ce qui explique la confusion fréquente.
Quel est son lien avec Pink Floyd ?
C’est sa voix que l’on entend à la fin de « Money », sur The Dark Side of the Moon (1973) : « I don’t know, I was really drunk at the time ». La phrase fut recueillie à Abbey Road, où Wings enregistrait dans les studios voisins, dans le cadre des interviews-questionnaires imaginées par Roger Waters. Les réponses de Paul et Linda McCartney, jugées trop lisses, ne furent pas retenues.
Quel est son lien avec George Harrison ?
En 1974, George Harrison le signe sur son label Dark Horse Records, qui publie en 1975 son premier album solo, Mind Your Own Business!, enregistré avec ses anciens camarades de la Grease Band.
Qu’est-ce que « Failed Christian » ?
Sa chanson la plus célèbre en tant qu’auteur : un autoportrait spirituel écrit dans les années quatre-vingt-dix, repris en 1998 par Nick Lowe sur l’album Dig My Mood, ce qui relança l’intérêt pour son œuvre solo.
Comment est-il mort ?
Victime d’une grave crise cardiaque en novembre 2012, qui le laissa lourdement handicapé et mit fin à sa carrière, il est mort le 14 juin 2016, à 72 ans, à son domicile près de Portrush, en Irlande du Nord, où il vivait entouré de son épouse Josie.
Quel âge aurait-il aujourd’hui ?
Né le 21 juillet 1943, il aurait fêté ses 83 ans le 21 juillet 2026.
Glossaire
Showband : orchestre de bal professionnel irlandais des années 1950-1960, jouant plusieurs heures de reprises par soir dans les ballrooms. École de formation de toute une génération de musiciens irlandais (Van Morrison, Rory Gallagher, Henry McCullough).
Grease Band (The) : groupe d’accompagnement de Joe Cocker (1968-1970), poursuivi ensuite en formation autonome. Section rythmique de l’album concept Jesus Christ Superstar (1970).
Wings : groupe fondé par Paul et Linda McCartney en 1971 avec Denny Laine et Denny Seiwell, rejoints par Henry McCullough en janvier 1972. Actif jusqu’en 1981.
« Give Ireland Back to the Irish » : premier single de Wings avec McCullough, enregistré le 1er février 1972 en réaction au Bloody Sunday de Derry (30 janvier 1972), interdit d’antenne par la BBC.
Dark Horse Records : label fondé par George Harrison en 1974, qui publia le premier album solo de McCullough en 1975.
Bloody Sunday : fusillade du 30 janvier 1972 à Derry, où l’armée britannique tua quatorze manifestants pour les droits civiques ; événement déclencheur de « Give Ireland Back to the Irish ».
Unionisme : courant politique nord-irlandais, majoritairement protestant, favorable au maintien de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni — sensibilité du milieu d’origine de McCullough.
AIR Studios : studios londoniens de George Martin, où fut enregistré « Live and Let Die » en octobre 1972.
Chronologie
- 21 juillet 1943 : naissance de Henry Campbell Liken McCullough à Portstewart (Irlande du Nord).
- Vers 1960-1961 : débuts professionnels dans le showband The Skyrockets (Enniskillen), puis chez Gene and the Gents (Derry).
- 1967 : rejoint The People à Belfast ; le groupe, signé par Chas Chandler, devient Éire Apparent et tourne avec le Jimi Hendrix Experience, Pink Floyd et The Move.
- 1968 : expulsé du Canada lors de la tournée nord-américaine avec Hendrix ; bref passage dans le groupe folk Sweeney’s Men (festival de Cambridge) ; rejoint la Grease Band de Joe Cocker.
- 17 août 1969 : joue à Woodstock avec Joe Cocker and the Grease Band.
- 1970 : la Grease Band enregistre la partie rock de Jesus Christ Superstar ; Cocker se sépare du groupe.
- 1971 : premier album de la Grease Band sans Cocker.
- Janvier 1972 : rejoint Wings à l’invitation de Paul McCartney.
- 1er février 1972 : première séance avec Wings — « Give Ireland Back to the Irish », enregistré deux jours après le Bloody Sunday ; single interdit par la BBC (sortie le 25 février).
- 9 février 1972 : début de la tournée surprise des universités britanniques à Nottingham.
- Mai 1972 : single « Mary Had a Little Lamb ».
- Juillet-août 1972 : tournée Wings Over Europe (26 concerts) ; arrestation du groupe à Göteborg pour affaire de cannabis (10 août).
- Octobre 1972 : enregistrement de « Live and Let Die » aux studios AIR avec George Martin ; sessions de « My Love » à Abbey Road, avec le solo improvisé en direct.
- 1er décembre 1972 : single « Hi, Hi, Hi » / « C Moon » ; « Hi, Hi, Hi » interdit par la BBC.
- 23 mars 1973 : sortie du single « My Love », numéro un américain pendant quatre semaines.
- Avril-mai 1973 : sortie de Red Rose Speedway (n°1 US) ; émission James Paul McCartney ; tournée britannique de Wings.
- Juin 1973 : sortie du single « Live and Let Die » (n°2 US), nommé à l’Oscar.
- Été 1973 : quitte Wings lors des répétitions de Band on the Run en Écosse ; Denny Seiwell part à son tour à la veille du départ pour Lagos.
- 1974 : rejoint Spooky Tooth pour l’album The Mirror ; signé par George Harrison sur Dark Horse.
- 1975 : premier album solo, Mind Your Own Business! (Dark Horse Records).
- 1977-1978 : membre du Full House de Frankie Miller.
- 1980 : grave blessure à la main (tendons sectionnés) ; longue interruption de carrière.
- Fin des années 1980 : réinstallation définitive en Irlande du Nord, près de Portrush.
- 1998 : Nick Lowe reprend « Failed Christian » sur Dig My Mood.
- 2001-2008 : albums Belfast to Boston, Unfinished Business, Poor Man’s Moon.
- Novembre 2012 : grave crise cardiaque ; fin de carrière.
- 14 juin 2016 : mort à son domicile près de Portrush, à 72 ans.
- 2018 : parution des archives Red Rose Speedway (édition deluxe) et du film The Bruce McMouse Show, qui redonnent à voir le Wings de 1972-73.
- 21 juillet 2026 : il aurait fêté ses 83 ans.
Bibliographie et sources
- Howard Sounes, Fab: An Intimate Life of Paul McCartney, HarperCollins, 2010 — sur le recrutement de McCullough, ses réserves supposées face à « Give Ireland Back to the Irish » et son départ.
- Barry Miles, Paul McCartney: Many Years From Now, Secker & Warburg, 1997 — contexte de l’après-Beatles et de la fondation de Wings.
- Garry McGee, Band on the Run: A History of Paul McCartney and Wings, Taylor Trade, 2003 — chronique détaillée de la période 1971-1973.
- Luca Perasi, Paul McCartney: Recording Sessions (1969-2013), L.I.L.Y. Publishing, 2013 — sessions de « My Love », « Hi, Hi, Hi », « Live and Let Die » et Red Rose Speedway.
- Livrets et documentation de l’édition archivistique Red Rose Speedway (MPL/Capitol, 2018) et du film The Bruce McMouse Show (2018).
- John Harris et divers, nécrologies de Henry McCullough, The Guardian, The Irish Times, Belfast Telegraph, Rolling Stone, juin 2016.
- Entretiens de Henry McCullough à la presse irlandaise et britannique (années 1990-2012), notamment sur la période Wings et l’enregistrement de « My Love ».
- Documentation Pink Floyd sur les voix parlées de The Dark Side of the Moon (interviews de Roger Waters et Alan Parsons).
