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Se-Ah Jang – La belle-fille

Par Yvantilleuil

Se-Ah Jang belle-filleAvant même d’ouvrir ce roman, difficile de ne pas être attiré par sa couverture intrigante, élégante et mystérieuse, qui promet secrets de famille, apparences trompeuses et atmosphère inquiétante. Ajoutez à cela l’enthousiasme suscité par les premiers retours de lecture et la promesse d’une nouvelle voix du thriller coréen… « La belle-fille » avait donc tout pour éveiller ma curiosité.

Victime d’un compagnon violent, Jae-Young quitte précipitamment son existence précaire et embarque dans un train pour Séoul avec l’espoir de disparaître. Durant le voyage, elle fait la connaissance d’une jeune mère accompagnée de son bébé. Lorsque celle-ci disparaît mystérieusement en laissant derrière elle son enfant et un message à destination de sa belle-famille, une idée impensable germe dans l’esprit de Jae-Young : saisir l’occasion de devenir quelqu’un d’autre. Accueillie dans la richissime famille Jung, au cœur d’un vaste domaine où règnent luxe, confort et privilèges, elle pense enfin avoir trouvé le refuge dont elle rêvait. Mais derrière les façades impeccables du manoir se cachent de nombreux secrets et la jeune femme découvre rapidement que certaines prisons sont bien plus dorées que d’autres.

Dès les premières pages, Se-Ah Jang démontre un véritable sens de l’efficacité narrative. L’entrée en matière est particulièrement réussie car en quelques chapitres seulement, le lecteur est plongé dans une situation, certes improbable, mais suffisamment intrigante pour accepter de suivre l’autrice dans les méandres de son récit.

La véritable réussite du roman réside sans doute dans son atmosphère. Le manoir des Jung devient en effet progressivement un personnage à part entière. Cette demeure luxueuse, isolée du monde, où chacun semble dissimuler quelque chose, installe immédiatement une ambiance digne des grandes maisons hantées du roman gothique. Les non-dits, les silences et les tensions familiales imprègnent chaque page et contribuent à installer un malaise diffus particulièrement efficace.

L’autrice construit également une galerie de personnages moralement ambigus. Aucun n’est totalement innocent, aucun n’est entièrement coupable. Cette zone grise constitue l’un des principaux attraits du livre. Les relations familiales, les manipulations, les blessures du passé et les traumatismes enfouis alimentent constamment le suspense. Le lecteur tourne les pages avec l’envie constante de découvrir ce que cachent réellement les personnages.

En filigrane, ce thriller psychologique aborde également des thèmes plus profonds que le simple suspense, tels que les violences conjugales, les rapports de domination, le poids des conventions sociales, la précarité et la place des femmes dans un environnement largement patriarcal. Sans jamais se transformer en roman à thèse, « La belle-fille » offre une réflexion intéressante sur la manière dont certaines victimes sont amenées à prendre des décisions moralement discutables pour survivre.

Pour autant, tout n’est pas parfaitement maîtrisé. Si l’intrigue se révèle addictive grâce à ses nombreux chapitres courts et ses rebondissements réguliers, elle repose parfois sur des facilités narratives qui demandent au lecteur une certaine suspension de l’incrédulité. Le postulat de départ demande en effet au lecteur d’accepter plusieurs coïncidences et facilités scénaristiques et l’usurpation d’identité est tout de même un peu difficile à avaler. Certains retournements apparaissent également relativement classiques pour les amateurs chevronnés du thriller psychologique. J’ai également eu un peu de mal avec les nombreux prénoms coréens proches les uns des autres, ce qui m’a demandé un certain temps d’adaptation et a donc freiné mon immersion en début de lecture.

Enfin, malgré ses nombreuses qualités, le roman ne m’a pas totalement bouleversé. J’ai pris plaisir à tourner les pages, à découvrir les secrets du manoir et à voir se déployer cette mécanique de faux-semblants particulièrement bien huilée. Toutefois, une fois le livre refermé, peu de scènes ou de personnages continuent véritablement à hanter la mémoire. C’est un excellent roman de divertissement, prenant et efficace, mais qui ne laissera sans doute pas chez moi une empreinte durable. J’ai d’ailleurs eu du mal à m’attacher profondément à cette héroïne certes intéressante mais finalement assez froide… ce qui a tendance à limiter quelque peu l’impact émotionnel du récit.

Avec « La belle-fille », Se-Ah Jang signe un premier roman remarquablement maîtrisé, porté par une intrigue addictive, une atmosphère gothique séduisante et des personnages aussi complexes qu’insaisissables. Sans révolutionner les codes du thriller psychologique, l’autrice propose un récit captivant qui se dévore avec plaisir et confirme l’intérêt grandissant pour la littérature de suspense venue de Corée.

Un livre que l’on lit avec avidité, souvent en se promettant « encore un chapitre », même si son souvenir s’estompe peut-être plus vite que celui des véritables grands thrillers. Cela reste néanmoins une lecture fort agréable, idéale pour les amateurs de secrets de famille, de faux-semblants et de maisons où il ne fait décidément pas bon vivre.

En résumé : Une lecture addictive, séduisante et machiavélique… mais un brin capillo-tractée et pas vraiment inoubliable. Bref, un thriller psychologique coréen aussi captivant qu’éphémère !

La belle-fille, Se-Ah Jang, Presses de la Cité, 320 p., 21,90 €.

Elles/ils en parlent également : Julie, Anita, Mes p’tits lus, Ma bibliothèque bleue, Le Monde du Polar

Se-Ah Jang belle-fille


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