de Baptiste BeaulieuRoman - 220 pages
Editions l'Iconoclaste - octobre 2023
Editions Poche - octobre 2024
Le docteur Jean est généraliste dans un cabinet d'un quartier populaire d'une ville du sud-ouest de la France. Sa salle d'attente ne désemplit pas, beaucoup d'habitués de tous âges. Chevillée au corps, son empathie l'accompagne tous les jours, lorsqu'il se rend au domicile des patients âgés, ou lorsqu'il rouvre la porte du cabinet. L'empathie laisse souvent la place à la colère, celle provoquée par ce que subissent ses patientes, ses frangines.
Difficile de ne pas voir l'auteur toulousain Baptiste Beaulieu lui-même conter ici les anecdotes de son quotidien, comme il les a longtemps racontées sur France inter. Jean écoute, absorbe, soigne, essaie de guérir. Sa compassion est grande et lui donne l'énergie, le recul, parfois l'humour pour s'adresser à tous. Il donne ses lettres de noblesse au métier de médecin de campagne, mais ressent le besoin lui aussi de s'ouvrir, de dire à M. Soares qu'il doit vivre sans elle, à Mme Chahid qu'il vit avec un homme et ne pourra pas (ou si) lui donner le caftan qu'elle lui offre, le besoin aussi de pleurer les décès non évités, de pleurer les disparus et les culpabilités. Mais il n'a plus de larmes.
Extrait :
"Dans mon cabinet, on pleure à cause du petit caporal qui nous sert de patron, on pleure à cause du temps qui passe, on pleure à cause du corps qui fait mal, on pleure parce qu'on fait mal à son corps, on pleure parce que la personne qu'on aime est partie aimer quelqu'un d'autre, on pleure parce que ceux qu'on aime s'en vont parfois d'où l'on ne revient pas. Dans ce cas, pleurer est comme leur adresser un ultime appel : Ne partez pas là-bas ! Mais ils partent. Et les larmes n'ont servi à rien. Les larmes, c'est un truc inutile contre la mort, mais qu'on n'a jamais cessé d'essayer quand même."
Certes un peu manichéen sur sa manière d'aborder les hommes cisgenres vs les femmes et les minorités, on le lit sincère sur ses ressentis propres, issus du quotidien et des patients qui le forgent. J'ai aimé le lire, comme respirer une belle bouffée d'oxygène. Ce livre nous donne à voir des réalités du métier de soignant. Les combats contre les violences gynécologiques, les féminicides et violences sexistes, l'homophobie sont présents. Pourvu que l'humanisme ait encore de nombreux et beaux jours devant lui. Pourvu que la profession de généraliste attire et répare encore.
