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Mon intérêt spécifique

Publié le 26 juillet 2026 par Lana

Une des plus grandes souffrances dans ma vie actuelle, c’est d’avoir perdu l’accès à mon intérêt spécifique. Et pourtant, je fais face à beaucoup de deuils et d’épreuves : la perte de mon travail, des violences médicales, de l’incompréhension de proches, le validisme un peu partout où on accepte que je sois autiste uniquement si je me conduis comme une alliste ou fait tout pour tendre vers ce but ultime d’avoir un cerveau qui ne s’éloigne pas de la norme, des démarches épuisantes, sans parler des douleurs permanentes, de la fatigue extrême, des crises autistiques, du découragement, des limites avec lesquelles négocier en permanence, des idées suicidaires et du manque de sommeil.

Malgré tout cela, c’est en pensant au fait que je n’arrive plus à lire comme avant que j’ai le cœur le plus déchiré. Car les livres, ça a toujours été ce qui me portait, me construisait, facilitait la communication avec les gens, me permettait de comprendre le monde, d’y avoir ma place, me rassurait et me réparait.

Les livres ont toujours été là. Même dans les moments les plus difficiles, je n’ai jamais perdu ma capacité à lire. Je me disais que c’était en moi et que personne ne pourrait jamais me prendre ça. Mais le burnout sévère auquel je fais face en ce moment, ce mur que je me prends après une vie à fonctionner contre moi-même, en dépassant sans arrêt mes limites, ce burnout qui n’est pas comme ceux que j’ai vécus quand j’étais plus jeune et desquels je me remettais en quelques mois, les livres à mes côtés comme des alliés, est bien plus dévastateur et m’a privée de cette force vitale.

Mais aujourd’hui, pour la première fois depuis longtemps, j’ai retrouvé l’exaltation de lire un roman, le fait que chaque phrase me porte et me touche, que j’ai tout le temps envie de retourner à mon livre parce que c’est un tel bonheur de lire.
J’ai retrouvé cette activité qui me permet de respirer.

Je trouve ça tellement insultant que la psychiatrie pathologise ça en l’appelant intérêt restreint.
Qu’est-ce que ça a de restreint quand on a une passion si forte qu’elle nous porte dans toutes sortes de domaines de notre vie, quand ça nous pousse à vouloir en apprendre toujours plus, quand une découverte en amène une autre, qu’une question en fait se poser dix autres ? C’est une façon si riche de comprendre le monde, une curiosité dévorante et sans limite.

Par exemple, je viens de lire « Méduse » de Jessie Burton et en le terminant, j’ai envie de lire les autres livres de l’autrice, qui parlent de sujets tout à fait différents, mais aussi celui qui parle de douze princesses rebelles, ainsi que des livres d’autres auteurs sur la mythologie, et également des livres qui n’ont rien à voir mais qui me feraient me poser autant de questions sur le traumatisme, sur comment être soi-même quand on a été brisée et qu’on est stigmatisée, etc.

Qu’est-ce qu’il y a de restreint là-dedans à part l’esprit des psychiatres qui nomment ainsi nos intérêts spécifiques ? Parler de cette richesse, cette force, cette profondeur, cette joie en des termes si limitants, je pourrais trouver ça triste si ce n’était pas si stigmatisant et si ça n’avait pas autant de conséquences concrètes et dommageables sur la vie de trop nombreuses personnes autistes.


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