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Siri Hustvedt et Paul Auster

Publié le 04 août 2026 par Adtraviata

En juin et juillet, j’ai lu les derniers livres de Siri Hustvedt et Paul Auster.

Siri Hustvedt Paul Auster

Présentation de l’éditeur :

Dans Ghost Stories, d’une intimité rare, Siri Hustvedt se livre pour la première fois sur le grand amour de sa vie, Paul Auster. Elle y célèbre leur longue et magnifique vie à deux, et nous plonge dans les recoins les plus secrets de leur mythique couple d’écrivains new-yorkais. Ghost Stories est aussi la chronique de la disparition de l’être aimé, convoquant souvenirs, lectures et traces écrites — autant de tentatives pour affronter l’absence, et accueillir les signes de l’au-delà.
Un époustouflant livre d’amour et de deuil qui nous offre une boussole pour que nous restions liés à tous ceux que nous avons perdus trop tôt.

Derrière cette pétillante et touchante photo de couverture se dessine le mémorial de l’amour entre Siri et Paul, décédé en avril 2024, dans leur maison de Brooklyn, d’un cancer du poumon. Quelques jours après sa mort, Siri ressent la présence de Paul dans la maison, elle sentira longtemps l’odeur des petits cigares qu’il fumait régulièrement. Elle raconte ls sentiment de perte, la désorientation, le chagrin, le manque. Elle ne va rien cacher de la maladie et de son évolution, en retranscrivant les « mails de Cancerland » qu’elle envoyait régulièrement aux amis mais elle va surtout retracer l’histoire de leur amour, le couple qu’ils formaient, leur complicité amoureuse et intellectuelle, leur aventure littéraire, les valeurs qu’ils défendaient ensemble, le « féminisme » de Paul, leur histoire familiale. C’est ainsi qu’elle intercale entre ses textes les lettres que Paul Auster s’était mis à écrire à son petit-fils Miles, évoquant notamment Sophie et Spencer, la fille et le beau-fils de Paul et Siri, et qui aurait sans doute fait l’objet d’un livre si le cancer n’avait soudain évolué vers la mort inéluctable de l’auteur.

« La sensation de la présence de Paul ne s’est pas reproduite, mais lorsque je l’ai éprouvée, elle a fait revenir non seulement une sensation de sa présence mais celle de nous deux, de notre relation – de ce qui était vivant entre nous -, et sa force émotionnelle m’a submergée de plaisir. »

Il me faut avouer que je n’ai pas tout lu de Paul Auster, que j’ai parfois ressenti de l’incompréhension face à certains livres et que le seul roman de Siri Hustveds que j’ai lu, le plus connu, je crois, Tout ce que j’aimais, m’a plongée à l’époque dans l’ennui et l’incompréhension (seuls souvenirs qu’il m’inspire). Mais j’ai beaucoup aimé ce livre, qui nous plonge dans l’intimité de leur couple (peut-être de trop près parfois ? mais cela ne m’a pas dérangée) et nous offre un témoignage sur le parcours du deuil et de la perte dans lesquels tout lecteur peut se reconnaître et puiser des repères. Cela m’a donné envie de lire le dernier roman de Paul Auster, qui est paru en poche il y a quelques mois.

Siri Hustvedt Paul Auster

Quatrième de couverture :

Pour Sy Baumgartner, soixante et onze ans, auteur et professeur de philosophie, la vie n’a plus la même saveur depuis la mort de son épouse Anna, disparue neuf ans plus tôt. Se laissant aller aux réminiscences, il se souvient. De sa jeunesse à Newark, de la vie de son père, révolutionnaire fantôme d’origine polonaise, de sa rencontre foudroyante, à vingt et un ans, avec Anna, poétesse en herbe, puis de leur attachement profond quarante années durant.
Traversé par les forces de l’amour et de la perte, le dernier roman de Paul Auster est une excursion dans les méandres du deuil et le grand palais de la mémoire – un hymne à la vie, à chaque instant heureux qu’il nous est donné de garder.

Cette lecture me semblait évidente après le Ghost Stories de Siri Hustvedt, où elle parle des « coïncidences » qui se produisent dans un couple, quand, sans se concerter, à force d’avoir vécu ensemble, on dit ou on fait les mêmes choses en même temps. Dans ce dernier roman de Paul Auster, c’est un homme, Sy Baumgartner, qui pourrait être le double de l’auteur, qui est veuf et se souvient de sa femme décédée neuf ans plus tôt, emportée par une vague traîtresse. Elle s’appelait Anna Blume et la mère de Baumgartner portait le nom de Auster, autant de clins d’oeil littéraires qui touchent le lecteur. Un petit incident domestique dans sa cuisine donne le départ des réminiscences de Sy, qui se souvient de sa femme, de leur couple mais aussi de son adolescence, de l’histoire de ses propres parents et évoque ses travaux philosophiques, notamment sur ce qu’on appelle le syndrome du membre absent pour les amputés, une image qui s’applique évidemment au veuvage de Baumgartner.

On peut se demander quand exactement Paul Auster s’est mis à écrire ce livre, s’il se savait déjà malade, en tout cas les similitudes entre son dernier roman et le livre écrit par sa femme après sa mort sont interpelantes et d’autant plus touchantes. Je ne sais si cela m’a influencée mais j’ai beaucoup aimé le destin de Sy Baumgartner et sa lente renaissance du deuil.

« C’est là que tout a commencé, se dit-il, le premier incident de la journée, qui a conduit à tous les autres de ce jour d’incidents en série, mais tandis qu’il garde les yeux sur la casserole en alu noircie au pied du mur opposé, ses pensées lentement partent à la dérive, s’éloignant des chutes de Grand-Guignol de la matinée, vers le passé, le passé distant que l’on distingue à peine, vacillant à l’extrémité la plus lointaine de la mémoire, et par fragments lilliputiens, tout lui revient, le monde disparu d’Alors et le voici, dans son corps de vingt et un ans, étudiant de première année complètement fauché dans l’Upper West Side de Manhattan avançant à grands pas dans la lumière d’un après-midi fin septembre. »

Siri HUSTVEDT, Ghost Stories, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fédéric Joly, Gallimard, 2026

Paul AUSTER, Baumgartner, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne-Laure Tissut, Babel, 2026 (Actes Sud, 2024)

Une nouvelle participation au Challenge American Year 3 de Belette.


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