Quatrième de couverture :
Marcel Leroy retrace la longue enquête menée pour donner un nom aux dépouilles des mineurs non-identifiés victimes de la catastrophe du 8 août 1956.
Ils étaient 14. À ce jour, grâce au travail opiniâtre initié par le Bois du Cazier et mené avec des experts et d’autres acteurs suite à l’appel de Michele Cicora, fils de Francesco, quatre au moins ont été reconnus.
Graver des noms sur les dalles des inconnus au cimetière de Marcinelle, c’est dépasser le chagrin et rendre justice à ces travailleurs trois fois obscurs.
La première parce qu’ils trimaient au péril de leur vie dans les profondeurs en arrachant le charbon. La deuxième parce qu’ils sont morts dans le tragique incendie qui fit 262 victimes de douze pays. La troisième parce que des corps n’ont pas pu être identifiés à l’époque.
Ce défi s’insère dans une époque où la solidarité et la générosité sont des valeurs menacées. Dans le chaos du monde, trop d’êtres humains meurent inconnus. Cette histoire est celle de la nécessité de conscience.
Ce 8 août 2026, à 8h10, sur le site du Bois du Cazier, la cloche de la mine retentira 262 fois, en hommage aux 262 victimes (dont 139 Italiens) décédés dans l’incendie de la mine du 8 août 1956, incendie déclenché par un wagonnet mal engagé dans la cage et qui a arraché des fils électriques et des conduites d’huile. Seuls treize travailleurs sont remontés vivants, les autres, après plusieurs jours et tentatives de sauvetage, étaient « tutti cadaveri » comme l’a hurlé le sauveteur Angelo Berto le 23 août. Il a fallu identifier les corps parfois bien abîmés. A l’époque on a utilisé une méthode déjà testée pour identifier les morts du Titanic. Tous ont bien été remontés du fond de la mine mais quatorze d’entre eux n’ont pu être nommés : au cimetière de Marcinelle, quatorze tombes portaient une dalle « Inconnu ».
En 2019, après des contacts avec les autorités italiennes, Michele Cicora, le fils de Francesco Cicora, l’un des inconnus, a lancé un appel pour que l’on tente d’identifier les quatorze corps grâce aux techniques modernes. Il avait quatre ans quand son père est mort loin de sa région des Pouilles et il avait promis à sa mère mourante de tout faire, pour que le corps de son mari soit retrouvé et puisse reposer à ses côtés. Sa demande a été entendue et les services belges ont supporté tous les frais d’exhumation, d’examens, d’analyses ADN, de réinhumation, des services publics ou privés (l’entreprise de pompes funèbres qui a prêté une grande salle pour accueillir les corps, l’avocat qui a établi la liste des démarches à accomplir, le DVI qui identifie les victimes de catastrophes ou accidents comme lors des attentats de Bruxelles, la Protection civile qui a exhumé les cercueils, les médecins légistes, anthropologues, odontologues, historiens et bien sûr la direction et le service d’archives du Bois du Cazier, devenu un site de mémoire).
Le journaliste Marcel Leroy raconte donc cette longue enquête, il présente chacun des quatorze mineurs et va rencontrer les différents acteurs, scientifiques et autres, pour expliquer leur travail. Il en ressort un livre plein d’humanité, à l’image des photos des quatorze inconnus que l’entrepreneur de pompes funèbres et les chercheurs avaient tenu à afficher dans la salle d’examens, pour bien garder à l’esprit que les squelettes qu’ils examinaient étaient d’abord des personnes, des ouvriers qui avaient trimé dans le fond de la mine dans des conditions pour le moins difficiles avant de subir cette mort horrible (due à une erreur humaine). Malheureusement le corps de Francesco Cicora n’a pu être identifié (à se demander si, en 1956, il n’y a pas eu une inversion de corps, une erreur d’identification) mais sa démarche aura au moins permis à six familles de retrouver leur défunt et les stèles du cimetière de Marcinelle portent désormais leur nom retrouvé. Le sujet m’intéresse depuis l’enfance (contexte familial) et j’ai donc lu ce livre avec beaucoup d’intérêt ! (Merci à celle qui me l’a prêté.)
Marcel LEROY, Personne ne devrait mourir inconnu L’enquête sur les mineurs non-identifiés du Bois du Cazier, Editions du Basson, 2026
Pour ceux qui préfèrent un documentaire, l’émission Retour aux sources de la RTBF propose ce reportage.
Sur la catastrophe du Bois du Cazier / Le site du Cazier inscrit au Patrimoine culturel de l’Unesco et devenu un site de mémoire et un pôle muséal (Musée de l’Industrie wallonne et Musée du Verre)
