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Escapades européennes : Stations balnéaires

Publié le 15 août 2026 par Adtraviata

Pour ce rendez-vous du mois d’août proposé par Cléanthe, j’ai d’abord choisi de rester en Belgique et de diriger mes pas vers Ostende. Station balnéaire prisée par la famille royale belge dès les débuts du pays (devenu indépendant en 1830), modelée dans son architecture par Léopold II, Ostende est dite « la reine des plages » mais il ne reste que peu de vestiges de la Belle-Epoque. J’ai sorti de ma PAL deux livres qui y traînaient depuis longtemps.

Escapades européennes Stations balnéaires

Quatrième de couverture :

Les figures souvent grotesques créées par James Ensor s’animent. Elles évoquent la mer du Nord, Ostende la ville balnéaire et ses habitants évanouis, le retour du carnaval ou le célèbre Bal du Rat mort. Libérées des tableaux où leur apparition continue à nous surprendre, elles haussent parfois le ton entre les murs d’une baraque abandonnée, se répondent et s’affrontent. Elles aimeraient régler de vieux comptes. Elles interpellent un visiteur à la nature incertaine. Tout à la fois ancrées dans leur époque et hors du temps, les voix interrogent, avec une ironie d’outre-tombe, la disparition des corps qui un jour les habillèrent. Avoir connu semblable mascarade est-il possible ailleurs qu’en un rêve où l’on croisera les ombres de Proust, Rilke, Roth, Celan ou Perec bien vivant, installé à la terrasse d’un café ?

La quatrième de couverture évoque magnifiquement ce livre dont chaque chapitre donne la voix à un ou plusieurs personnages sortis des tableaux du peintre ostendais James Ensor (1860-1949), qu’on peut qualifier de peintre expressionniste et qui a peuplé ses oeuvres de personnages de carnaval, de masques et de squelettes, tous très colorés. Les textes, parfois dialogués, ressemblent à de longues divagations oniriques, marquées de références littéraires (que je n’ai sûrement pas toutes reconnues), dans un univers fantastique qui capte bien l’ambiance des tableaux. Je l’avoue, il m’a été difficile de m’attacher à ces textes et j’ai souvent lu en diagonale dès la moitié du livre.

Benoît Damon, Retour à Ostende, Champ Vallon, 2016

Escapades européennes Stations balnéaires

Quatrième de couverture :

Éclairée par les photographies de Cyrille Derouineau, la ville d’Ostende, en Belgique, devient le théâtre de nouvelles inédites signées par de grands noms du roman noir. Marcus Malte, Jean-Hugues Oppel, Jean-Bernard Pouy, Michel Quint, Marc Villard et Didier Daeninckx explorent avec subtilité les correspondances entre un littoral brouillé par la pluie et des personnages aux contours incertains.

Voilà un bel ouvrage par une maison d’édition qui associe photographies et textes littéraires (par contre, je ne sais pas si elle existe encore, j’ai aussi sorti ce livre des profondeurs de la PAL). Six auteurs contemporains dont je n’ai lu que Didier Daeninckx et Michel Quint, six nouvelles qui ne se déroulent pas au temps léger de l’été et du soleil sur la plage mais dans une Ostende noyée de pluie et de brume le plus souvent, au gré de promenades nocturnes, de déambulations anxieuses et de séjours dans des hôtels moyens.

J’ai découvert la belle écriture de Marcus Malte dans la première nouvelle Zeer daarlijk voeders (Pourquoi ostende ?) où un homme parcourt la ville jusqu’à l’hippodrome Wellington, fantôme à la recherche des fantômes de ses parents.

Dans La Queen des Kinks, Didier Daeninckx met en scène une vieille dame qui vit à l’année dans une suite d’hôtel, ancienne vedette trop maigre, qui vit de nostalgie et de gloire passée.

Le Club de Jean-Bernard Pouy regroupe des personnes âgées en excursion à la mer, à Ostende, qui trompent un peu leur attente de la mort dans des activités diverses.

Les Coursiers de Marc Villard sont des « touristes » venus d’Angleterre par le ferry. On comprend vite que ce sont des personnes très ordinaires qui ont accepté de faire la mule contre une rentrée d’argent qui les sort de l’ordinaire.

La Secrétaire du brouillard de Michel Quint conte une rencontre fortuite entre un héritier venu vérifier l’héritage inattendu d’un père sorti de sa vie depuis des années et une jeune femme en détresse. La maison est un ancien cabaret qui cache des secrets de famille.

Enfin Jean-Hugues Oppel nous propose Fin de saison (en enfer), un texte plein de brume lui aussi, qui résiste un peu (à mon goût) aux clés de compréhension.

Les photos de Cyril Derouineau et les textes s’accordent bien et forment un ensemble original, dans une ville mélancolique, souvent trempée de pluie, loin des flonflons du Bal du Rat mort ou des ors du Casino.

« Il avait marché le long du rivage, droit devant lui, pendant une heure, à contre-vent pour finir par s’accouder à un bar de la Lange Straat. Plus loin, des jeunes mangeaient du poisson frit sous l’auvent d’une gargote. Un type plein de bière était venu choquer son verre contre le sien.
― Tu n’es pas d’Ostende, toi…
― Non, je suis d’Anvers. À quoi tu vois ça ?
― Tu ne bois pas à la mesure de ce que t’es triste… »

(D. Daeninckx)

Ostende au bout de l’Est, Nouvelles de Marcus Malte, Jean-Hugues Oppel, Jean-Bernard Pouy, Michel Quint, Marc Villard, Didier Daeninckx Photos de Cyrille Derouineau, Editions Le Bec en l’air, 2009

Enfin, en suivant les suggestions de Cléanthe pour ce thème des stations balnéaires, j’ai sorti ce roman, présent depuis trop longtemps dans ma PAL.

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Quatrième de couverture :

« Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible… »

Le soir de leur mariage, Edward et Florence se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais, dans l’Angleterre de 1962, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment vite leur nuit de noces en épreuve de vérité. Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l’alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l’ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d’une vie.

Quel plaisir de lire un bon roman anglais et de retrouver la plume de Ian McEwan ! De station balnéaire, il n’est pas vraiment question ici, à part le murmure des vagues à travers la fenêtre de la suite nuptiale, la présence de la plage, qui servira d’échappatoire aux peurs et aux répulsions de la jeune mariée. Nous sommes donc en 1962. Edward a quitté sa famille aimante mais pauvre, sa mère un peu folle, sa maison minable pour étudier l’histoire à Londres ; Florence s’est épanouie dans ses études musicales à Londres elle aussi, loin de parents aisés mais lointains, et exprime sa passion dans la pratique du quatuor à cordes dont elle espère faire son métier. La rencontre des deux jeunes gens à Londres est tout à fait fortuite, ils viennent de deux mondes différents (Edward n’a aucune culture classique, et Florence considère le rock naissant avec condescendance) mais l’amour se fraie un lent chemin, au gré des découvertes physiques que Florence concède très lentement. C’est un amour qui pourrait, qui devrait rester platonique mais, malgré leur inexpérience, leur peur de l’inconnu, les conventions sociales les amènent à cette nuit de noces dans le Dorset, au bord de cette plage de Chesil. Une nuit qui va révéler toutes les impatiences, toutes les peurs, tous les instincts, toutes les incompréhensions entre les deux jeunes gens. C’est la nuit de tous les dangers ! Jamais un trait scabreux chez Ian McEwan mais une évocation fouillée (en seulement 178 pages, c’est remarquable) de la vie et de la personnalité de chacun des jeunes époux, qui nous permet de comprendre finement tout ce qui se passe durant cette première nuit ensemble. Le roman a été publié par Ian McEwan en 2007 mais on est quand même stupéfait de lire l’abîme d’incompréhension, de non-dits, de maladresse qui pourrait faire passer Florence pour une oie blanche vraiment trop godiche et Edward pour un jeune un peu trop prétentieux, mais c’est plus subtil que ça, n’oublions pas que nous sommes en 1962, 1968 n’est pas encore passé par là. J’ai beaucoup aimé, évidemment !

« C’était encore l’époque où le fait d’être jeune représentait un handicap social, une preuve d’insignifiance, une maladie vaguement honteuse dont le mariage était le premier remède. »

« Le fait de tomber amoureuse lui révélait combien elle était bizarre, enfermée dans ses préoccupations quotidiennes. Chaque fois qu’Edward lui demandait : « Comment tu te sens ? », ou bien : « À quoi tu penses ? », elle avait toujours du mal à répondre. Lui avait-il donc fallu tout ce temps pour découvrir qu’il lui manquait une simple aptitude mentale que tout le monde possédait, un mécanisme si ordinaire que personne n’en parlait jamais, un rapport immédiat et sensuel aux êtres et aux autres, ainsi qu’à ses propres besoins, à ses propres désirs ? Toutes ces années durant, elle avait vécu totalement isolée, à la fois en elle-même et d’elle-même, sans jamais vouloir ni oser regarder en arrière. »

« Ils étaient trop polis, trop coincés, trop timorés, ils se tournaient autour à pas de loup, murmurant, chuchotant, s’en remettant l’un à l’autre, s’approuvant mutuellement. Ils se connaissaient à peine, et ne pourraient jamais se connaître, à cause de ce manteau de silence complice, rarement interrompu, qui étouffait leurs différences et les aveuglait tout autant qu’il les unissait. »

Ian McEWAN, Sur la plage de Chesil, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, Folio, 2009 (Gallimard, 2008)

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En septembre, nous partirons dans les Balkans !


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