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Harlem quartet

Publié le 24 août 2026 par Lorraine De Chezlo

Harlem quartetde James Baldwin

Roman - 570 pages

Editions Stock - septembre 2017

Années 50 à Harlem, Hall vit baigné dans un univers de puritanisme et de religion, auprès de ses parents noir américains, et de son petit frère Arthur, chanteur de Gospel qui évoluera au sein d’un quatuor avec Red, Peanut et Crunch. La famille connaît bien celle de Julia : la jeune fille est, depuis ses 8 ans, une chanteuse évangéliste qui émeut les assemblées. Sa mère va mourir tôt et elle va se retrouver avec son petit frère Jimmy, et son père Joel. Ce père aveugle Julia, l’enferme, et la viole pendant des années. Dans cette Amérique en tension, les drames vont se succéder, des amours aussi vont aider à vivre. De fausse couche en overdose, de guerre de Corée en clubs de jazz, les décennies seront aussi des parcours des États Unis, au gré des tournées, vers le Sud et la palpable et omniprésente angoisse que vivent ces Noirs des états du Nord, dans les rues où rôdent le Klan et les violences raciales.

Ce roman est un gros pavé. Il nous transporte dans le temps, dans l’espace, et donne la voix de manière complexe à plusieurs personnages qui se croisent, se racontent, se répondent à époques interposées. Des États-Unis à l’Europe, en passant par l’Afrique où Julia part vivre quelques années, on traverse aussi les continents. Tous ces frères et amis forment une famille, un clan, qui se délie et se retrouve, s’aime mais parfois se perd dans la disparition. Le drame absolu sera celui de la perte de Peanut, jamais retrouvé, passé à tabac sans aucune forme d’enquête ? Un drame que James Baldwin pose là, nous faisant ressentir avec horreur la terreur que les états en voie de déségrégation vivaient encore

Extrait :

«Je me renfonçai dans mon coin, et regardai par la vitre, furieux contre moi-même parce que je savais que mon besoin pressant était le résultat de ma panique. La peur que j'avais réprimée s'était portée sur ma vessie, réceptacle d'où elle pourrait, ô bonheur, être éliminée. Le ciel, les arbres, le paysage fuyaient. La terre était plate : pas d'abri. Puis j'entendis les chiens japper, hurler, aboyer à travers la campagne, aux trousses de mes ancêtres, aux trousses de mon grand-père, de ma grand-mère, des miennes. J'entendis les hommes haleter, j'entendis leurs bottes, entendis le déclic du fusil, de la carabine: à mes trousses. Les arbres n'étaient pas un abri. Le fossé était un piège. L'horizon était à dix mille kilomètres. Impossible de l'atteindre, de se jeter derrière, de franchir les éléments hostiles du chemin - jusqu'au Canada ? Autour de l'arbre : pas d'abri.

Dans l'herbe haute : pas d'abri. Cette colline, là-bas au loin : trop haute, pas assez haute, pas d'abri. Retour en détour : pas d'abri ; pisser en courant : pas d'abri ; l'haleine et les poils et l'odeur et les dents des chiens : pas d'abri ; les yeux et le fusil et le souffle du maître, non, pas d'abri ; et le sang qui coule, les larmes et la morve et la pisse et la merde qui coulent, arrachés Par les chiens aux mâchoires des chiens, pour toujours et toujours et toujours, pas de pitié et pas d'abri ! »

Ils forment un clan, ils forment aussi des couples, et James Baldwin semble faire partie de tous à la fois, en leur donnant vie dans ces corps sexués et passionnés. Arthur vivra avec Crunch puis avec Jimmy une histoire passionnelle, Red et Peanut aussi. L’homosexualité au sein de cette communauté noire américaine se vit et s'écrit. Elle a pû exclure aussi.

C'est comme un chant de douleur qui s'élève de ces chapitres, denses et vibrants. Parfois, les paroles des cantiques joués par Arthur ou par les autres musiciens, tentent d'alléger les pages en y insérant ces courtes lignes poétiques. Une œuvre impressionnante, une tragédie.

"Le non-espoir des Noirs américains" - Le Monde Diplomatique

L'avis d'Elisabeth Long - Double Marge


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