Passé le 15 août, une fois les vacances terminées, on entre dans une drôle de période. Ce n’est évidemment plus les vacances mais ce n’est pas encore vraiment la rentrée. Au boulot, le rythme est encore tranquille, les sorties et propositions culturelles au ralenti. Pas la période idéale pour remplir les salles. Surtout pour un groupe néo-zélandais dont la carrière longue de plus de 40 ans avec quelques pauses a toujours navigué sous les radars mainstream, avec un semblant de succès à la charnière des années 80 et des années 90, lorsque le Dunedin Sound de leur mythique label Flying Nun était une influence partagée et revendiquée par tout un pan de la scène indépendante américaine (REM ou Pavement). Bref, remplir les trois cents places du Point Ephémère dans un tel contexte n’était pas une sinécure. Pour moi, cela ressemblait pourtant presqu’au concert idéal : dispo, sans enfant, sur Paris, plus de canicule, groupe aimé mais pas encore vu en concert, pas cher avec en prime une première partie sympa. En effet, Special Friend confirma en live la bonne impression laissée par l’écoute de leur musique en ligne. Le duo parisien formé par l’américaine Erica Ashleson à la batterie et le français Guillaume Siracusa à la guitare - ou plutôt aux guitares tellement le gars empile les couches sonores avec ses pédales à effet - est accompagné pour l’occasion d’un claviériste à la dégaine de hipster (moustache, nuque longue). Leur style fait beaucoup penser à la mouvance shoegaze et à un groupe comme Slowdive. Les guitares tantôt légères et carrillonnantes, tantôt abrasives et bruitistes portent des mélodies souvent envoutantes. On a bien fait de venir à l’heure. Mais on n’était pas les seuls. La salle était déjà quasi pleine dès le début de leur set. Preuve que le bouche à oreille semble bien fonctionner - et c’est mérité - pour ce groupe dont le déjà troisième "Clipping" est sorti en mars dernier.
The Bats porte bien mal son nom, leur musique, leur style est tout sauf gothique. Pas le genre de la maison de soigner son look, l’essentiel est d’être à l’aise. La formation existe depuis 1982 et a conservé son line-up d’origine. Ils ne sont pas nombreux dans ce cas. Surtout qu’ils assurent encore tous, presqu’avec la même énergie qu’en 1987, au moment de la sortie de leur magnfique premier disque "Daddy’s Highway" dont ils jouent encore les titres les plus emblématiques - "North by North" pour un rappel aux percussions dignes des Feelies, l’imparable "Made Up In Blue" au refrain chanté en choeur, "Block of Wood" et "Round and Down". J’aurais bien aimé entendre "Mad On You", peut-être ma préférée mais heureusement elle a été remplacée par la sublime "Claudine".
On pourrait arguer que la musique de The Bats était mieux avant, elle était plus incisive, sorte de mélange entre celle des Feelies et celle du Wedding Present, qu’elle s’est assagie, à l’image du début de concert ressemblant un peu à celui d’anciens boy scouts en goguette, mais sans l’alcool - faut pas déconner non plus. On pourrait jouer aux vieux cons réac’, mais The Bats sont finalement à notre image et c’est aussi ce qui nous fait les aimer davantage aujourd'hui encore.
