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Le Beau Désordre

Publié le 27 août 2026 par Hunterjones
Librement adpaté de John Pavlovitz, Étatsunien.

Assis dans un café, baigné du soleil plongeant sur une piazza de Florence, en Italie, cette pensée est venue lui flatter les sens, comme le doux vent de fin d'après-midi, à l'heure magique, amenant avec elle une grande inspiration de soulagement qui l'a surpris. Comme si il apprenait à respirer à nouveau. 

Ça lui avait pris 5 jours complets, hors des États-Unis, avant de commencer à réaliser à quel point il n'était pas bien. Physiquement et émotivement épuisé depuis plus de 18 mois. Et plus alarmant encore, comment le côté exténuant de sa vie était désormais devenu la triste norme. C'était comme si quelqu'un avait interrompu le chaos omniprésent qui devenait quotidien, et serait venu dire doucement à l'oreille: "Ouin, tu n'est pas obligé de vivre comme ça". 

Petit à petit, 7242 kilomètres plus loin, et encore près d'une semaine le séparant de son chez soi, tous ses symptômes lui sont soudainement devenus clairs. L'irritabilité déchiquetée qui faisaient des bulles sur la surface du cerveau, le noeud perpétuellement présent dans le coeur de l'estomac, la terreur de bas niveau en périphérie de chaque pensée, le désespoir permanent auquel il s'était habitué, la lente, mais certaine usure de sa joie, ne l'alarmaient plus. 

Quitter les États-Unis lui apprenait à quel point les États-Unis étaient malades. Et l'avaient rendus malade.

Mais ce n'était pas que le changement de décor qui avait révélé les maladies qui l'avaient affecté, qui avaient affectés tous le pays des États-Unis, c'était la douzaine d'humains avec lesquels il avait partagé des conversations, ses gens qui lui rappelaient qu'il y a d'autres manières d'exister qu'il avait lui-même, oublié.

Partout où il allait, les tenanciers de boutiques, les serveurs, les chauffeurs d'Uber, les autres voyageurs d'un peu partout sur la planète confirmaient toute l'anormalité de la manière de vivre comme ils le faisaient tous en ce moment, sous la dictature des États-Unis. 

Ce ne sont pas tout le monde qui se lève le matin en se demandant si son enfant va survivre sa journée scolaire. Ce ne sont pas tout le monde qui doit se protéger de toutes les manières possibles de ses élus, et des autorités masquées de leur région. Ce ne sont pas tout le monde qui frôle la faillite si ils ont besoin d'une chirurgie. Ce ne sont pas tout le monde qui risquent leurs vies parce que ce bébé n'était pas calculé et qu'il est temps d'y remédier. Ce ne sont pas tout le monde qui sent son gouvernement contre lui. Ce ne sont pas tout le monde qui a comme première cause de mort infantile, les armes à feu. 

C'est absolument personne qui a comme chef d'État un prédateur sexuel en série, pédophile, cryptofraudeur, menteur, dément, raciste et misogyne. Ce ne sont pas tout le monde qui se dirige vers une théocratie. 

Ce ne sont pas tout le monde qui voit peu à peu s'effacer toutes les libertés fondamentales, en pensant que les meilleurs jours sont loin derrière. 

Et honnêtement, c'est assez stupéfiant. 

La mouture des États-Unis actuelle est insidieuse dans tout le recul qu'elle transmet à son propre peuple. La brutalité est devenue commune. On ne fait plus manchette d'un vieil homme en couche qui dit très sérieusement qu'un immigrant est père de 56 enfants et qu'un autre en avait 98....illégaux. Le monstrueux et grotesque est devenu si normal. Les É-U sont dans une urgence en suspens depuis si longtemps, que telle une femme battue, la douleur ne se reconnait plus. Elle n'apparait même plus ainsi. Une nation civilisée est presqu'une invention de l'esprit. On est fier de son côté vulgaire. L'optimisme a été arraché à chaque citoyen, qui a été habitué aux réalités cauchemardesque quotidiennes.  Des réalités qu'aucun humain sur terre , ne devraient jamais faire la paix en nous. Mais devraient inspirer la révolte. 


Le profond privilège de l'Étatsunien léger en Italie ne l'aveuglait pas non plus. Il y a bien des gens sur terre qui vivent 10 minutes dans leurs pays, qui sont 1000 fois pires que 10 ans dans le spectrum démentiel d'un fasciste. La plupart des gens des États-Unis n'arriveraient pas à géolocaliser l'Italie, encore moins à trouver l'espace mentale pour y accorder une importance quelconque. Mais ça ne fait que faire sonner le glas plus fort dans la tête de ceux et celles qui rêvent de s'en sortir. Qui rêvent de le voir partir. Qui rêvent de redevenir eux-mêmes. D'être great again. Pour vrai. 

Il fallait quitter les États-Unis pour réaliser à quel point le pays était malade. Rendait malade. 

De retour au pays, ce qu'il appelait home, il essayait si fort de ne pas oublier ce sentiment quand il était à l'étranger. Les terribles souffrances qui accompagnent vivre aux États-Unis, cette épidémie contagieuse de corruption baignée dans la haine. Il devait se rappeler à quel point il y avait décalage là-bas, qui empêchait de sombrer dans le nouvel abysse du jour. Il ne faut pas que le pays prive de joie et vide d'espoir. On chante quand même The land of the free and the brave. Il faut l'incarner.  

Si il y avait un seul souvenir à garder de son voyage, c'était la confirmation que rien de tout ça n'était normal. Que les É-U, la plupart des gens, méritaient autre chose qu'un intolérant dystopique chien rageur aux dents cariées bavant sa démence comme un supplice de la goutte dans ce qui semble un rêve fiévreux qui les rendrait trop confortable dans leur sommeil collectif. Ce nihilisme n'est pas destinée. À moins que vous le souhaitiez. À moins que vous ne le permettiez d'exister. 

    Peut-être avaient ils fini par accepter l'inacceptable. Peut-être qu'émotivement, ils sont tous devenus engourdis par les atrocités répétées. Comme sous le choc continuel. Ou peut-être encore que tout le monde est mentalement trop fatigué de se battre et de se cambrer qu'ils ont tous un peu oublié comment respirer. Si tel est le cas, ce sont des symptômes de maladies qui n'ont pas besoin d'être une peine de mort. Ce blackout doit devenir lumière.

Le seul moyen de garder sa santé mentale, pensait-il, était de rester attaché à son humanité, complètement gouvernementalement, évaporée. De ne pas succomber aux virus autour. Que le régime parasitaire qui les détruisait soit en voie d'être anéanti. Que l'on refuse de se faire avaler par le cancer de la cruauté ordinaire, lâché lousse contre le peuple de citoyens. 

Pour tous les Étatsuniens, malades de leur propre pays, courage, continue. 

Des héros comme Jon Ossoff naissent. 

Tout le monde peut guérir. Ensemble. 

Tout le monde guérira. 

Tout le monde pourra se réveiller.

Et de ce grand réveil, naitra la promesse d'un avenir où la dignité et la joie cesseront d'être un privilège pour redevenir leur horizon.

 3 des 5 dernières lignes, de moi. (1, 4, 5) 


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