C’est grâce à Prince Ecran Noir et à son excellent blog Le Tour d’Ecran que j’ai entendu parler de ce film des années 1930, avec le beau Gary Cooper et l’élégante Ann Harding. Merci à lui !
Je n’avais encore jamais vu de film du réalisateur américain Henry Hathaway (1898-1985) et suis heureuse d’avoir pu ainsi le découvrir.
Un film que les surréalistes portaient aux nues, et qui est en effet d’une poésie et d’un onirisme assez exaltants !
Je vous invite à lire ici l’article de Prince Ecran Noir sur Peter Ibbetson.
Note pratique sur le film
Date : 1935
Noir et blanc
Durée : 1h21
Quatrième de couverture du DVD
Peter Ibbetson est l’adaptation d’un roman datant de 1891 de George L. Du Maurier (grand-père de la romancière Daphné Du Maurier, auteur des Oiseaux et de Rebecca). Considéré comme la représentation parfaite de « L’Amour fou », il était aussi adulé des surréalistes Luis Buñuel et André Breton. Ce dernier en parlait comme « d’un film prodigieux, triomphe de la pensée surréaliste ». Porté par les envoûtantes présences de Gary Cooper et Ann Harding, ce film de l’excellent mais souvent mésestimé Henry Hathaway (Les 3 lanciers du Bengale, Niagara) n’a cessé de séduire des générations de spectateurs par son romantisme lumineux et la sobre beauté de sa mise en scène.
Résumé du début de l’histoire
À Paris, au début du 19e siècle, dans les jardins de deux maisons aristocratiques voisines, une petite fille, surnommée Mimsey, et un petit garçon, surnommé Gogo, se chamaillent à propos de planches qui pourraient servir, à l’une, à bâtir une maison de poupée et, à l’autre, à fabriquer un chariot. Mais la mère du petit garçon, déjà très malade, meurt à ce moment-là. Le petit garçon est emmené de force par son oncle en Angleterre, c’est un déchirement car il aurait voulu rester auprès de la fillette, son premier amour.
Nous retrouvons, bien des années plus tard, le petit garçon devenu adulte, Peter Ibbetson, qui travaille dans un cabinet d’architectes londonien et qui est las de cet emploi. Son patron, aveugle de naissance, dissuade Peter de démissionner et lui suggère de prendre plutôt quelques vacances à Paris. À son retour, il se rendra dans le Yorkshire pour la rénovation des écuries du duc et de la duchesse de Towers. Peter s’éprendra peu à peu de la duchesse qui ressemble beaucoup, par ses boucles blondes, la finesse de ses traits et la blancheur de ses robes, à la petite fille tellement regrettée. (…)
Mon Avis
La première moitié du film, environ, est d’une facture assez classique, relatant apparemment une histoire conventionnelle, ce qui n’enlève rien à son charme et à son intérêt. Pendant cette première moitié, je cherchais un peu ce qui avait pu tant séduire les surréalistes ; je m’interrogeais. Et puis, il y a un point de bascule, un tournant vers l’étrangeté, lors d’une conversation entre Peter Ibbetson et la duchesse de Towers, une conversation proprement surréaliste où chacun raconte à l’autre le même rêve, qu’ils ont partagé ensemble au cours de la même nuit, où ils ont vécu les mêmes événements. Une idée merveilleuse, poétique, autour de laquelle s’organise (ou s’échafaude) la deuxième partie du film, qui est un bijou.
Histoire d’un amour impossible, mais qui dure toute la vie. Histoire d’un amour d’enfance, certainement lié (psychologiquement) à la mort de la mère de Peter Ibbetson, mais qui durera même au-delà de la mort. Cet amour totalement pur, bien que partagé, se heurte constamment à une réalité trop dure, à l’adversité, qui fait toujours en sorte de séparer les deux amoureux. Cet amour trouve son accomplissement idéal dans le partage des rêves communs, et non pas dans la réalité. Encore faut-il la confiance dans ce monde rêvé, sans quoi les châteaux s’écroulent, les paysages s’effondrent en dangereux éboulements… Mais, cette confiance, Peter et Mimsey l’ont. Lors d’une magnifique scène, la remise à Peter, dans sa prison, d’une bague vue en rêve, lui prouve la réalité de cette vision nocturne : les deux mondes communiquent, rêve et réalité ne s’opposent plus mais se rejoignent.
Peter Ibbetson passera pratiquement toute sa vie paralysé, couché, immobile, seul, dans la pénombre d’une cellule de prison, ce qui est sans doute la situation la plus misérable qu’on puisse imaginer. Mais, par la seule magie de ses rêves, il vit dans la plus grande félicité, en tête-à-tête avec son unique amour, parmi des paysages idylliques.
Après être passé du monde réel au monde rêvé, le film aborde finalement un troisième monde, celui de la mort, qui lui donne encore une dimension supplémentaire et, au spectateur, d’autres instants d’émotion.
Un très beau film, qui est aussi représentatif d’une époque, d’un état d’esprit, d’une esthétique.
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