Le titre est un hommage à la gentillesse que Romain Gary lui a témoigné alors qu’elle était en cruelle mésestime de soi.Des choux et des reines est emprunté à Lewis Caroll, De l’autre côté du miroir (1872) et cette expression figure autant en préface qu'au milieu du livre (p. 108) :C’est le moment, dit le vieux morse
Il faut parler de tout :De souliers, de bateaux, de cachets et de sceaux …
De choux et de rois.
L'autrice aime donner à ses romans des titres qui intriguent mais elle en fournit volontiers la clé. Sans être autobiographique (si ce n’est la relation avec sa mère dont on pourra déplorer l'extrême toxicité) les pages sont truffées d’éléments qui lui appartiennent. Elle situe la plus grande partie de l’histoire en Normandie où elle va régulièrement. Elle aime marcher, nager. Elle a toujours eu des chiens. Je parierai qu'elle aussi croque des cornichons pour lutter contre les crampes nocturnes. Elle adore les livres dont elle dit volontiers en interview qu'ils lui ont permis de survivre. Logique donc de situer une partie de l'intrigue dans une librairie. Elle boit toutes sortes de variété de thé et je comprends qu'elle emporte sa théière anglaise dans ses bagages. Je connais quelqu'un qui fait de même. Elle adore écouter les conversations à la terrasse des cafés qui souvent composent des débuts d'histoires.Le sujet du livre est directement inspiré d’une confidence que lui a offerte une jeune lectrice. Et comme il y a beaucoup de personnages féminins dans ce roman l’éditrice a suggéré de remplacer les rois par des reines.Sophie a sauté dans le premier train pour Rouen avec, pour seul bagage, son chien Sherlock. Elle s’est enfuie. Ce jour-là, son amant avait oublié de l’enfermer à double tour ... Avec l'aide de son amie Lucille, elle part se cacher dans un village normand près de Fécamp ...
Les premières pages m'ont laissé penser que j'avais entre les mains "encore" un ouvrage sur les violences conjugales. Ce n'est pas exactement le sujet, à proprement parler, mais plutôt d’emprise. J'ai été surprise de l’emploi de capitales d’imprimerie pour désigner l'homme par IL, LUI. Egalement par l'angle très original, retenu par Katherine Pancol, celui de l’emprise "positive" car si l’amant de Sophie la séquestre et l’a coupée de presque tout son entourage elle a pu, heureusement, conserver la liberté de travailler auprès de Madame D, une libraire formidable (impossible qu'il en soit autrement). Permettez-moi néanmoins de m'étonner que celle-ci soit désignée par l’initiale de son nom. Depuis 8 ans qu’elle y travaille et y exécute des taches administratives elle ne peut pas ignorer son patronyme !Ce n'est pas la seule incohérence car Sophie n'avait pas besoin de profiter qu'il omette de fermer l'appartement à clé puisqu'elle aurait pu se sauver pendant ses journées de travail. Mais n'ergotons pas ! On va se balader agréablement en Normandie avec ces femmes, originales, au caractère tranché, chacune attachante à sa manière, toutes des femmes courageuses, éprises de liberté, qui s’affirment. En particulier la tante Margaret qui aime tant la vie,parce qu’elle est im-pré-vi-si-ble(p. 158).Notre héroïne peine pour le moment à suivre leurs traces. Elle n’a pas oublié les injonctions négatives de sa mère, la prévenant que des filles comme elle, il y en a treize à la douzaine, tellement qu’on finit par les solder (p. 22). Pour le coup, l’autrice a réellement subi une telle horreur et conclut : Il faut être aimable pour être aimé (p. 64). Et sans avoir été raillée à ce point j’ai moi aussi entendu maintes fois ce proche : tu n'es pas aimable ma pauvre fille. Il faut donc croire que c'est banal, mais pas fatal, la preuve nous en est donnée dans ce roman.On ne peut pas directement aider quelqu’un qui est dans une telle situation, si ce n’est en lui répétant que notre maison lui est accessible le jour où elle prendra la décision de partir. C’est ce qu'avait fait son amie Lucille en lui disant que la clé de sa maison est "sous le marin barbu" (p. 40).Quand ce n’est pas la petite voix intérieure de Sophie qui lui indique la marche à suivre ce sont des citations d’autrices qui l’aident. Comme celle-ci de Virginie Despentes :
Un matin, on se lève
Et on comprend que,
Dans le silence et la discrétion,
On est devenu quelqu’un d’autre. (p. 80)
Sophie se croyant nulle on peut y voir la raison majeure qui la fait accepter l’emprise d’un homme. Depuis que les femmes ont commencé à révéler leurs faiblesses on sait comment fonctionne le système, et quelles sont ses racines : une mère insuffisamment bonne, un père volage … Il n’empêche qu’il est bon de ne pas oublier qu’on peut un jour découvrir les forces qui sont en nous et cultiver nos talents.On découvrira que la jeune femme en a beaucoup, dont celui de savoir faire de très jolis bouquets, ce qui explique sans doute le choix de la couverture sur laquelle des fleurs sont éparpillées.J'ai apprécié cette lecture, très fluide. Avec malgré tout un regret : que la profession d’éducatrice canine de Lucille ne soit que citée sans être jamais développée alors que, par exemple, celle des commerçants du village l'est davantage.
Des choux et des reines de Katherine Pancol, Albin Michel, en librairie depuis le 29 avril 2026de Katherine Pancol, Albin Michel, en librairie depuis le 29 avril 26
