Véritable coup de cœur, « C’était ça ou mourir » n’est pas seulement l’un des phénomènes littéraires de l’année car ce premier roman de Thélyson Orélien a déjà été salué par la critique, traduit dans de nombreux pays et figure notamment dans les sélections de plusieurs prix prestigieux, dont le Goncourt.
Lorsque son quartier de Carrefour-Feuilles, en Haïti, est ravagé par la violence des gangs, Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie, comprend qu’il n’a plus le choix : partir ou mourir. Avec pour tout bagage un sac plastique contenant quelques souvenirs dérisoires mais essentiels, il entreprend une traversée de douze pays qui le mènera jusqu’au Canada.
Le roman suit cette odyssée de l’exil sans jamais sombrer dans le sensationnalisme. De la République dominicaine à la jungle du Darién, du Mexique aux États-Unis, chaque frontière devient une épreuve supplémentaire, chaque rencontre un test de survie ou d’humanité. Pourtant, au-delà du périple lui-même, c’est surtout la lente dépossession de soi qui constitue le véritable voyage de Jonas.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la voix de Thélyson Orélien. Sa langue est poétique sans être précieuse, rythmée sans être démonstrative. Les métaphores surgissent naturellement, comme si la poésie constituait l’ultime rempart contre la barbarie. L’auteur parvient à faire émerger de la beauté dans des situations d’une dureté extrême. Plus remarquable encore, il injecte dans son récit un humour parfois absurde, souvent désespéré, incarné par ce rire qui accompagne Jonas dès les premières pages et qui devient une forme de résistance à l’effondrement.
La grande force du roman réside aussi dans son refus du militantisme simpliste. « C’était ça ou mourir » parle d’immigration, bien sûr, mais avant tout d’êtres humains. Derrière les statistiques, les discours politiques et les débats médiatiques, Thélyson Orélien redonne des noms, des visages, des voix. Jonas devient ainsi le représentant d’une multitude d’hommes et de femmes réduits trop souvent au seul mot « migrant ».
Avec ce premier roman d’une maîtrise impressionnante, Thélyson Orélien signe une œuvre qui bouleverse autant qu’elle éclaire. Un livre qui serre le cœur, ouvre les yeux et rappelle que la littérature demeure l’un des plus puissants instruments d’empathie. Une lecture essentielle.
Je tiens finalement tout d’abord à remercier Thélyson Orélien de ne pas avoir choisi de mettre la photo de sa grand-mère en slip perchée sur un arbre en couverture. Mais je tiens surtout à lui dire merci d’avoir donné un visage et une voix aux migrants de la plus belle des manières. En espérant que ce roman donnera aux gens l’envie de bâtir moins de murs et davantage de portes.
C’était ça ou mourir, Thélyson Orélien, Grasset, 272 p., 20,00 €.
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