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L’Obscurité de Lionel Marchetti (suite poétique)

Par Etcetera
L’Obscurité Lionel Marchetti (suite poétique)

Lors du dernier Marché de la poésie, au mois de juin, j’ai eu la chance de faire une séance de dédicace avec l’Atelier Imis, ce qui m’a permis de découvrir ce beau livre poétique publié par leurs soins.

Un livre à propos de la musique ne pouvait qu’attirer mon attention… Ou, plus exactement, un livre dressant les portraits de vingt-huit musiciens et musiciennes qui appartiennent tous au même groupe de musique improvisée, des artistes qui ont l’habitude de jouer ensemble.

Note pratique sur le livre

Éditeur : Atelier IMIS
Date de publication : 2026
Nombre de pages : 105

Quatrième de couverture

L’OBSCURITÉ va au-delà de la galerie de portraits que sa construction met en relief. Le Un, rassemblement mouvant de musicien·nes en recherche d’improvisation et de jeu collectif, est au centre du projet, il reflète le hasard des rencontres et le long cours. À chacun.e, son texte. Par strates, le paysage humain d’un ensemble surgit. Tout devient consistance, le temps et le travail partagés, le quotidien, les liens noués, les questionnements. Aucun commentaire puisqu’il y a poésie mais des références, des associations, une pensée qui fuse ou s’appesantit. Les points de rencontre, réels ou immatériels, sont des points de partage et d’intensité, des points d’attention. La musique explose dans la pensée du musicien, Lionel Marchetti s’exprime aussi dans la construction graphique du texte, sa syntaxe. La forme devient substrat. Les singularités et les complémentarités sont soudain tangibles. Lionel Marchetti nous laisse nous approcher au plus près, ressentir, nous offre une place privilégiée au milieu des musicien·nes, dans la teneur de l’expérience.

Note biographique sur l’auteur

Lionel Marchetti, né en 1967 à Marseille, est un compositeur français de musique concrète. Improvisateur, il joue avec des synthétiseurs et du magnétophone à bande magnétique. Il écrit également de la poésie tout comme des essais sur l’art de la musique concrète en tant qu’art acousmatique.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur Lionel Marchetti et écouter ses œuvres : Musique | Lionel Marchetti

Mon avis

C’est un recueil assez étonnant, où il est question de musique de façon purement allusive et spirituelle. Ainsi, le mot « musique » n’apparaît pratiquement jamais, au contraire de l’onde, de l’eau, du souffle, de l’énergie, du feu, des phénomènes, du mouvement, de la danse, qui jaillissent avec davantage de force et un pouvoir de suggestion accru.
C’est, me semble-t-il, l’univers, à la fois concret et abstrait, sensoriel et presque mystique, créé par les sonorités et les arts associés (danse, arts de la scène, poésie) qui est ici évoqué.
J’ai pensé parfois aux superbes recueils poétiques de Zeno Bianu, qui a écrit plusieurs fois sur des musiciens de jazz célèbres, j’ai en tête John Coltrane et Chet Baker, pour ce côté cosmique, cette puissance d’évocation d’un monde sonore.
L’état d’esprit et la sensibilité des musicien·nes au moment de l’improvisation, sont également très présents, parfois associés à des citations de philosophies orientales (le zen, le soufisme, par exemple), des sentiments de doute qu’il faut dépasser, une sensation de nécessité, une écoute, la recherche du vide et de l’évidence, l’interrogation face aux « stratagèmes », ou encore « le paraître » qu’il faut fuir.
À de nombreuses reprises, on finit par oublier qu’il s’agit de musique (car on n’est pas du tout dans le domaine du descriptif et, encore moins, dans l’anecdotique) et on s’immerge dans cette poésie profonde, qui nous parle de nous, de nos vies, de nos peurs, de nos quêtes intérieures.
Un superbe livre ! Qui développe une vision très haute et très exigeante de l’art, autant qu’une attitude de grande ouverture face à l’existence – des conceptions inspirantes ! 

**

(Un Extrait page 46)

13.

Pour Natacha Muslera

1.

Le poème, inutile (de l’utilité de l’inutile), hors du mondain manifeste des saisons hautes

Saisons à vie, dit superbement le poète ; mais que voulait-il dire ?

Si tu écris avec l’astre solaire positionné sur ton épaule droite, presque dans ton dos, tu écris avec ton ombre

Cette ombre, en creux – un « trou dans le corps de la lumière » – évide et creuse encore

Si tu écris face au soleil, te voici manifestement éblouie

Un enchantement, dans tous les cas !

Un éclat

L’encre nouvelle se déverse sur la blancheur du papier
et, plus que tout, voici cette faveur solaire
pour une attention pleine, accordée à cette autre saveur, encore plus
grande

La saveur ?

En voulant ramasser ces herbes hautes
je me suis coupée le doigt.

(…)

*


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