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Le Schpountz, mis en scène par Delphine Depardieu et Arthur Cachia

Par A Bride Abattue @abrideabattue
Il y a deux ans, Arthur Cachia nous bouleversait par son interprétation dans Naïs de Marcel Pagnol. Alors quand j’ai su qu’il jouerait le Schpountz et qu’il mettrait en scène la pièce, avec Delphine Depardieu j’ai voulu me précipiter mais je n’ai pas réussi à caser le spectacle dans mon emploi du temps en juin dernier dans le cadre du Mois Molière et encore moins pendant le festival d’Avignon (où je ne suis ps allée).
J’étais par contre au Lucernaire le soir de la première parisienne et j’ai été conquise. Décidément lui et son équipe sont vraiment faits pour monter cet auteur. Et ça tombe bien puisque sa compagnie, qui s’est créée en 2024 à Marseille autour du Festival A la Bonne Mère, s’est fixé l’objectif de proposer chaque année une pièce de Marcel Pagnol. Naïs fut la première et ils poursuivent avec Le Schpountz, rarement montée au théâtre et qui est pourtant sans aucun doute l’oeuvre la plus représentative de Pagnol.
Le résumé présente le personnage principal, Irénée, comme étant un modeste garçon épicier travaillant dans la boutique de son oncle dans les environs de Marseille. Nous comprendrons vite qu’il ne s’investit pas vraiment dans le commerce et que, s’il est de condition modeste, il a beaucoup d’ambition, étant persuadé d’être prédestiné pour devenir une très grande vedette de cinéma et par là-même de réussir à faire fortune.Le hasard semble lui donner raison quand il rencontre une équipe de cinéastes venue dans la région pour des repérages. On les découvre méprisants et prêts à rire du rêve d’Irénée. On dirait aujourd’hui qu’il vont en faire leur tête de turc, le menant en bateau jusqu’à lui signer un faux contrat de comédien. Seule la scripte tente de le mettre en garde mais rien ne peut lui ôter l’idée de la tête qu’il tient sa chance. Pas davantage les avertissements de ses proches. Il monte à Paris et se présente aux studios.Arthur Cachia incarne un garçon plus maladroit qu’arrogant, plus téméraire qu’orgueilleux. Il campe un personnage touchant dont on admire le courage lorsqu’il comprend qu’on s’est moqué de lui. Il n’est pas si Schpountz qu’il en a l’air puisque tout finira comme dans le meilleur des contes de fée.Dans la pièce plusieurs sont victimes d’une opinion caricaturale. L’oncle épicier semble intransigeant, clamant qu’il faut travailler pour vivre à un neveu qui n’est pas seulement bon à rien mais mauvais en tout. Ils sont aussi têtus l’un que l’autre, aucun ne voulant démordre de son a priori.Irénée découvrant l’ampleur de la supercherie aura un sursaut d’amour propre, se défendant, moi j’ai pas marché une seconde.La pièce de Pagnol tord le cou à de nombreux a priori. A commencer sur le monde du cinéma qui ne semble pas offrir de carrière sérieuse. C’est une leçon de vie car Irénée fera preuve de courage, de ténacité et d’intelligence dans son poste d’accessoiriste. C’est enfin une très belle histoire d’amour et un regard tendre sur les valeurs familiales.Cette fable est aussi une sorte de réhabilitation de l’image du comique (jusque là dénigré au profit de l’acteur de tragédie), en général, érigeant l’art de faire rire en vertu.C’est aussi l’occasion d’interpréter un rôle difficile mais ô combien merveilleux, celui du Schpountz et il faut bien du talent pour dire Tout condamné à mort aura la tête tranchée de tant de façons différentes … à l’instar de Cyrano dans la tirade des nez.Les répliques suffisent à notre bonheur. Nul besoin d’en "rajouter" avec des décors compliqués. C’est le parti-pris choisi par les deux metteurs en scène et c’est parfait. La distribution est idéale. Arthur Cachia est un Schpountz Encore plus réussi que le créateur du rôle, Fernandel. Les cinq autres comédiens se glissent habilement dans les douze autres personnages.Chaque entrée de Patrick Chayriguès apporte une nouvelle surprise. Axel Blind semble pouvoir tout jouer. On comprend qu’il enseigne le théâtre et que Delphine Depardieu ait fondé en 2023 avec lui (Charles Bonnier et Arnaud Dernis) l'Académie Aparté (Académie professionnelle des arts pour le rayonnement du théâtre et de l'enseignement), une école de formation aux métiers de l'acteur.Récompensée à juste titre la même année d’un Molière et du Prix du brigadier pour son rôle dans Les Liaisons dangereuses, elle signe sa première mise en scène et il faut espérer que beaucoup d’autres suivront.La (mauvaise) blague aurait pu s’achever sur un drame comme tant d’autres situations de harcèlement. La tendresse s’infiltre dans le scénario avec le personnage empathique de la scripte interprétée avec finesse par Milena Marinelli (qui nous fait aussi la démonstration qu’elle peut endosser le rôle de la starlette).Le rythme ne faiblit pas. Les émotions non plus, suscitant l’enthousiasme des spectateurs qui redécouvrent un grand classique immortalisé au cinéma, dépoussiéré et toujours d’actualité en terme de leçon de vie.Comme le rappelle Sylvain Chomet dans son film Marcel et Monsieur Pagnol, c’est sur le tournage d’Angèle que Marcel Pagnol eut l’idée d’utiliser une anecdote réelle pour faire un nouveau film. Et pour ceux qui voudraient percer le mystère de l’origine du terme, ilaurait été imaginé par son directeur de la photographie. D'origine ukrainienne, et connaissait la langue allemande il se serait inspiré du mot Spund, signifiant "bouchon" et par extension, "enfant" ou "homme simplet", facile à embobiner.. Le Schpountz de Marcel PagnolAdaptation d’Arthur Cachia
Mise en scène par Delphine Depardieu & Arthur Cachia
Avec : Arthur Cachia, Axel Blind, Milena Marinelli, Simon Gabillet, Jean-Benoît Souilh, Patrick ChayriguèsCostumes : Marion François
Lumières : Didier Brun
Musique et Son : Polérik Rouvière.Au Lucernaire du 2 septembre au 10 janvier 2027Du mercredi au samedi 19 h, dimanche 16 h

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