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Interpol

Publié le 10 septembre 2026 par Hunterjones
Au tournant des années 2000, New York est une ville en plein mutation, encore convalescente après les traumatismes du 11 septembre 2001.
C'est dans ce climat de tension et de mélancolie urbaine qu'émerge une scène rock incisive, menée par des groupes comme The Strokes, Yeah Yeah Yeahs, et surtout Interpol, Band dont j'aurai la puce à l'oreille, en travaillant dans le monde de la musique et ayant accès à des écoutes en primeur. Il n'y a aucune chance que ça joue franchement grand public. La voix trop près de celle de Ian Curtis, et vous l'entendez cet équivalent en radio? Vous entendez encore des guitares et de la batterie dans les radios commerciales?...

Là où les contemporains privilégient l'immédiateté du garage rock ou l'excentricité arty, Interpol choisit le rock sombre d'une élégance glaciale, presqu'underground, aristocratique. Vêtus de costumes noirs impeccables, cravates foncées et chemises blanches, Paul Banks au chant et à la guitare, Daniel Kessler (aux guitares), Carlos Denger (à la basse) et Sam Fogarino (à la batterie) allaient redéfinir les contours du post-punk pour le XXIe siècle. 

Interpol se forme sous l'initiative de Daniel Kessler à la fin des années 90, à l'Université de New York. Il articule la suite en découvrant le jeu excentrique, mais mélodique du bassiste Carlos Dengler.  On stabilise la formation autour de Paul Banks qu'on découvre aussi joueur de guitare et qui chante d'une voix de grave, presque nasillarde, sombre et sépulcrale. Sam Forgarino les rejoint à la batterie et après quelques essais ensemble, on est signé par l'étiquette indépendante Matador Records. Donc, oui, on est underground. 

En août 2002, je les découvre et achète (à rabais grâce à mes contacts( leur premier album que j'adore

Dès les premières notes, c'est un choc esthétique et musical. Le ton est donné, les guitares entrelacées de Kessler et Banks tissent une toile hypnotique, propulsée par la basse métronomique de Dengler assez vite, On se sent tout de suite dans la nuit New Yorkaise. Entre paranoïa, romance désespérée et solitude. Certains morceaux sont des sortes d'hymnes pour gens en quête de repères. Les critiques s'emballent et parlent de croisement de Joy Division, The Chameleons et The Cure, ce qui est assurément ce qui me suffit pour me donner envie de les entendre avant de les avoir entendus. Mais Interpol dépassera le statut de copiste. Leur son leur sera propre. Une production brute, mais d'une précision chirurgicale. De la riche guitare. Des paroles cryptiques signées Banks qui chante l'aliénation sociale moderne d'une voix blanche mais habitée et capable aussi de falsetto.Face à l'immense succès d'estime, mais pas dans les ventes, (si on ne joue pas à la radio comme The Killers ou The Strokes, on ne vendra pas autant) le piège du second effort était tout de même ouvert. Mais Antics, lancé deux ans après est, avec le temps, meilleur encore. Moins étouffant, plus direct et rythmé, l'album prouve que le quatuor sait aussi composer des morceaux taillés pour les grands espaces sans perdre son ADN mélancolique. Le premier single est sophisticomature. Et on commence même à jouer à la radio. Pas juste sur les stations underground. Ma chanson préférée du groupe s'y trouve. Je peux l'écouter en boucle 4 fois de suite. Elle me transporte et me fait voyager. Odyssée maritime nocturne et hypnotique, où l'élégance des guitares enveloppe une invitation amoureuse aussi sensuelle que mélancolique. J'ai acheté ce second album pour presque rien sur EBay.
On passe chez Capitol Records et l'album de 2007 intègre des claviers qui divisent fans et critiques. Mais en tournée, on fait les petites salles et on entre dans ses investissements avec succès. L'enregistrement du 4e album sera le chant du cygne pour Carlos Dengler qui choisit de terminer les sessions, avant de quitter pour se concentrer sur la musique de films. Signature musicale de basse marquante qui fera mal. On fera toutefois la première partie de la tournée mondiale de U2, qui inclus ce soir d'été à l'Hippodrome de Montréal. Magique. J'aurais payé le même prix pour voir les deux. Un de mes meilleurs spectacles à vie. En 2014, on renaît en trio, en lançant un 5e album dont le titre est un anagramme du nom du band. Ce premier morceau m'habite. L'album marque un retour salvateur à l'énergie nerveuse de leurs débuts. Libéré du poids des claviers et des arrangements complexes qu'on a laissé tomber. Rock direct au hautement efficace. Renaissance critique. On change quand même quelque chose 4 ans plus tard en faisant affaire avec Dave Fridmann, producteur des Flaming Lips et Mercury Rev, plus aériens. Des bijoux s'y trouvent. Banks incarne un rôle de maraudeur, ce qui ajoute un aspect mystérieux à Interpol. 20 ans après leur naissance, avec une maturité apaisée, on livre un 7e album, conçu à distance car en pleine pandémie. Finalisé avec Flood et Alan Moulder à la production, producteurs d'entre autre The Smashing Pumpkins et Nine Inch Nails respectivement. Introspectif, serein, parfois portée par des ballades au piano et des guitares plus subtiles. 

Gardiens d'un romantisme noir, ils ont lancé un nouvel album le 28 août dernier sous la houlette d'Andrew Wyatt à la production, on élargit la part post-punk, on intègre des cuivres, des voix de femmes, des guitares riches, des arrangements originaux, de l'atemporalité, de l'électronique aussi, et même la voix de Kessler qui accompagne Banks.    

Architectes du spleen New-Yorkais, princes de l'apesanteur, ils me placent dans le spectre sonore qu'ils crééent.

La sortie de ce dernier album, dans lequel j'ai pigé deux morceaux, m'a fait revisiter ma liste de lecture et l'a enrichie la faisant passer à 2h25 de plaisir auditif. 

Piste conservées dans ma liste de lecture par album: Le premier: (9), Le second (10), Le troisième (4), le quatrième (3), le cinquième (3), le sixième (2), le septième (2), le dernier (3).  


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