A LIRE ABSOLUMENT !
Voilà, ceci était l’avis succinct réservé à cette génération que nous avons mise au monde dans un univers qui va beaucoup trop vite et ne lui laisse plus le temps de lire des avis détaillés. Pour celles et ceux qui savent encore ralentir, voici mon avis plus élaboré.
Après l’excellent « Les Dragons », qui explorait déjà avec finesse le mal-être adolescent, Jérôme Colin poursuit sa réflexion avec « Je suis né dans la tempête ». Mais cette fois, il ne s’intéresse plus seulement aux blessures de la jeunesse… il remonte à leur source.
Valério naît le 9 janvier 2007, le jour même où Steve Jobs présente le premier iPhone. Une coïncidence fondatrice qui structure tout le roman. Tandis que l’enfant grandit entre une mère débordée, le souvenir d’un père disparu et les étés lumineux passés dans les Pouilles, le monde autour de lui s’emballe. Facebook, Instagram, TikTok, intelligence artificielle, économie de l’attention… année après année, l’accélération technologique transforme nos existences et redessine silencieusement les contours de l’adolescence.
L’une des grandes réussites du livre réside dans sa construction hybride. Jérôme Colin alterne le récit intime de Valério avec des repères historiques et technologiques qui rappellent combien notre quotidien a changé en moins de vingt ans. Cette mécanique narrative, particulièrement habile, évite le piège du simple essai sociologique et donne au propos une véritable chair romanesque.
Bien sûr, la question de la santé mentale des jeunes irrigue tout le récit. Mais là où « Les Dragons » s’attachait avant tout aux symptômes de cette souffrance, « Je suis né dans la tempête » analyse la machine qui les produit. Colin montre comment la vitesse permanente, la connexion continue et la captation de notre attention entrent en collision avec notre nature profondément lente. Son constat est parfois vertigineux, mais jamais moralisateur.
J’ai également été particulièrement sensible aux pages consacrées à l’école. À travers Bernard, professeur remplaçant aussi inspirant qu’inoubliable, l’auteur rappelle la mission fondamentale de l’enseignement : non pas préparer les enfants à un monde connu, mais leur apprendre à habiter l’incertain. Dans un roman qui interroge sans cesse notre rapport au progrès, ces passages figurent parmi les plus lumineux.
Porté par une écriture épurée, sensible et d’une remarquable justesse, « Je suis né dans la tempête » est un roman profondément humain. Un livre qui parle d’adolescence, mais surtout du monde que nous avons construit autour de nos enfants et de la place que nous sommes encore capables d’y préserver pour le silence, la réflexion et la lenteur.
Un roman nécessaire, qui secoue autant qu’il émeut… et qui laisse longtemps résonner cette question essentielle : comment habiter humainement un monde devenu aussi rapide ?
Lecture obligatoire pour tous les parents qui ont mis des enfants au monde dans ce monde de fou !
Je suis né dans la tempête, Jérôme Colin, Allary, 284 p., 20,90 €.
Elles/ils en parlent également : Nath, Séverine, Nathalie, À l’ombre du noyer

