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Un jour sans femme de Laetitia Colombani

Par A Bride Abattue @abrideabattue
L’Iconoclaste serait-il en voie de devenir un éditeur féministe? Plusieurs de ses dernières publications éclairent la cause des femmes. Après La bonne mère, je me suis plongée dans Un jour sans femme.
Islande. À la mort de sa meilleure amie, tuée par son compagnon, Katla se lance un défi inédit : organiser une grève des femmes dans le monde entier, pour dénoncer les violences et les inégalités.
Au Japon. Michiko, jeune salariée enceinte, est harcelée par son patron.
Au Salvador. Ana María, ouvrière à l'usine, se bat pour sa fille, condamnée à trente ans de prison pour suspicion d'avortement et lutte contre l’injustice sociale.
Au Sénégal. Hawa, urgentiste, tente de sauver une enfant victime d'excision quand le trauma de son passé ressurgit.
Ces femmes ne se connaissent pas, mais toutes vont décider un jour de dire non.
Elles ne sont que quatre mais on a le sentiment d'en entendre des centaines, et bien davantage à la fin.
Laetitia Colombani s’est inspirée de la grève des femmes qui a eu lieu en Islande le 24 octobre 1975. Ce jour-là, neuf islandaises sur dix se sont arrêtées de travailler dans les usines, au bureau et à la maison. Elles ont réussi un tour de force qui a changé les lois et la vie politique de leur pays. Ainsi l’Islande a voté une loi instaurant en 2017 une parfaite égalité des salaires entre hommes et femmes et les entreprises qui l’appliquent à la lettre ont de meilleures performances. 
Ensuite c’est une femme qui, pour la première fois au monde, a été démocratiquement élue au suffrage universel direct. Vigdís Finnbogadóttir a marqué l'histoire mondiale. Elle fut présidente de 1980 à 1996. Ce ne fut pas un épiphénomène puisque c’est une autre femme, Halla Tómasdóttir, qui est à la tête de ce pays depuis 2024.
Ce roman est passionnant déjà sur le plan sociopolitique, s'appuyant sur des faits réels qui sont souvent glaçants. Les conditions de travail au Salvador sont épouvantables. Elles le sont aussi à l’autre bout du monde, au Japon, et particulièrement pour les femmes enceintes, honteuses de l’être parce que la grossesse impacte négativement la productivité de leur entreprise. Du coup, porter le badge rose et blanc des femmes enceintes peut aussi bien leur faciliter la vie qu’être perçu comme digne de vanité. La condition de la femme semble paradoxale dans ce pays où l’ambition d’une fille passe pour de l’arrogance.
Si le propos de Laetitia Colombani est ouvertement féministe il n’oppose pas les unes contre les autres. Le roman traite de condition humaine, au sens large, et cherche à démontrer que tout le monde sortira grandi par l’égalité. Beaucoup d’hommes y apparaissent d'ailleurs avec de fortes qualités. On va réaliser que chaque femme peut trouver du soutien auprès d'un homme et que celui-ci la respecte.
En alternant les voix des quatre héroïnes principales ce roman choral, traversé par plusieurs drames, témoigne aussi de la puissance des solidarités invisibles, en démontrant qu'une seule journée peut suffire à faire basculer l’Histoire.
La lecture de ce livre est donc essentielle. Comme le dit la jeune islandaise : Celui qui veut trouve un moyen. Celui qui ne veut pas trouve une excuse (p. 24).Réalisatrice, scénariste et romancière, Laetitia Colombani a été révélée en 2017 avec La Tresse, succès mondial traduit en plus de quarante langues. Elle propose une écriture accessible et engagée, attentive aux destins de femmes. Avec Les Victorieuses puis Le Cerf-volant, elle a confirmé son goût pour les récits de femmes qui se relèvent et prennent leur destin en mains. Puisse-t-elle avoir vertu d'exemple !
Un jour sans femme de Laetitia Colombani, L'Iconoclaste, en librairie depuis le 7 mai 2026

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