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Mathilde de Lagausie – Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière

Par Yvantilleuil

Mathilde Lagausie Walter Cobb, chemins d’or poussièreIl y a des romans qui portent en eux un parfum de classique dès les premières pages. Des récits qui semblent familiers sans jamais être de simples copies, tant ils s’approprient leurs influences pour leur insuffler une âme propre. Avec « Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière », Mathilde de Lagausie signe un premier roman ambitieux qui puise dans le grand roman américain tout en proposant une aventure profondément humaine, traversée par une discrète part de mystère.

Au début du XXe siècle, Sam Carson survit comme il peut sur les routes d’une Amérique rurale impitoyable. Journalier de ferme en ferme, marqué par une enfance douloureuse, il avance avec pour seuls bagages sa colère et son instinct de survie. Sa vie bascule lorsqu’il croise tout d’abord la route de Walter Cobb, un géant à la force prodigieuse, aussi impressionnant par sa stature que désarmant par sa bonté, et ensuite celle de Mercy, une jeune fille noire victime de violences. Dès lors, ils forment un trio de marginaux condamnés à avancer dans un monde qui ne leur fait aucun cadeau. Entre faim, peur, racisme, exploitation et solidarité, leur quête d’un avenir meilleur prend les allures d’une odyssée initiatique. Une route semée d’embûches, d’espoir et de rencontres…

Impossible d’évoquer Walter Cobb sans penser à « Des souris et des hommes » de John Steinbeck ou à « La Ligne verte » de Stephen King. L’influence de ces deux œuvres irrigue le roman de bout en bout. Walter Cobb évoque à la fois l’innocence tragique de Lennie et la grandeur morale de John Coffey. Pourtant, réduire le roman à cette filiation serait injuste.

Mathilde de Lagausie ne se contente en effet pas de reproduire des archétypes connus. Elle s’approprie leurs thèmes pour construire une histoire singulière où la question de la différence, de l’exclusion et de la dignité humaine occupe une place centrale. Son Amérique n’a rien d’idyllique. C’est un territoire où les rapports de domination structurent le quotidien, où les plus faibles sont exploités et où le racisme empoisonne chaque rencontre. Derrière l’aventure se dessine ainsi une véritable réflexion sociale qui confère au récit une profondeur bienvenue.

La grande réussite du roman réside sans doute dans ses personnages. Sam, narrateur de l’histoire, porte le récit grâce à une voix immédiatement crédible. Son regard méfiant sur le monde, forgé par les blessures de l’enfance, contraste admirablement avec l’optimisme instinctif de Walter. Ce dernier devient rapidement le cœur émotionnel du roman. Son immense générosité, sa naïveté désarmante et sa capacité à préserver son humanité dans un monde brutal en font une figure profondément attachante. Quant à Mercy, elle évite l’écueil du simple personnage à sauver. Son arrivée redistribue les équilibres du récit et apporte une dimension supplémentaire à cette improbable famille de cœur.

Au fil des pages, les liens qui se tissent entre ces trois êtres cabossés deviennent la véritable raison de tourner les pages. Plus que l’intrigue elle-même, ce sont leurs interactions, leurs silences, leurs fragilités et leur solidarité qui donnent au roman sa puissance émotionnelle. Des personnages qui marquent durablement…

L’autre originalité de Walter Cobb réside dans l’introduction subtile d’une dimension fantastique. Quelques phénomènes étranges accompagnent en effet le personnage de Walter sans jamais faire basculer le récit dans le surnaturel pur. Cette touche de mystère reste constamment au service de l’histoire et des émotions.

On pourra certes reprocher à l’intrigue de suivre parfois des chemins relativement prévisibles et de s’inscrire dans une tradition romanesque bien identifiée. Mais la sincérité de l’écriture, l’attachement suscité par les protagonistes et la chaleur humaine qui irradie le texte compensent largement ce léger manque de surprise.

Sous ses airs de roman d’aventure historique, « Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière » est avant tout une histoire d’amitié, de résilience et d’espoir. C’est le récit de trois êtres que la société condamne à la marge mais qui refusent de renoncer à leur humanité. Mathilde de Lagausie réussit un premier roman touchant, généreux et habité par une véritable tendresse pour ses personnages. Un livre qui rappelle que, même dans les paysages les plus arides, il subsiste toujours une étincelle capable d’éclairer le chemin.

Walter Cobb, nos chemins d’or et de poussière, Mathilde de Lagausie, Rouergue Jeunesse, 320 p., 18,90 €

Elles/ils en parlent également : Yvan, Marie, Marinette, Mots Tordus et Bulles Carrées, Café Noir et Polars Gourmands

Mathilde Lagausie Walter Cobb, chemins d’or poussière


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