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Castle Rat – The Bestiary

Publié le 19 juillet 2026 par Lordsofrock @LORDS_OF_ROCK

Commencée en 2019, l’épopée des New-Yorkais de Castle Rat a quelque chose d’inspirant. Baigné jusqu’au cou dans l’heroic fantasy et nourri aux meilleures marmites du doom et du heavy metal traditionnel, le quatuor emmené par Riley Pinkerton avait frappé fort avec Into the Realm, premier album paru en 2024. En quelques années seulement, Castle Rat est passé des souterrains de Brooklyn aux scènes des grands festivals, plus qu’un simple groupe, Castle Rat construit efficacement son propre royaume.

Remarqués aux côtés des très exubérants Melvins et des outsiders japonais de Boris, puis lancés dans deux années de concerts intensifs, les Américains reviennent en septembre 2025 avec un deuxième album à la production nettement plus ambitieuse. Fin mai 2026, le combo réédite son second album, dans une très jolie version digipack, enregistré par Randall Dunn — connu notamment pour son travail avec Sunn O))), Wolves in the Throne Room ou encore Björk — et mixé par Jonathan Nuñez de Torche, The Bestiary marque une évidente montée en puissance. Treize morceaux (malheur ?!) conçus comme les pages d’un vieux grimoire, chacun consacré à une créature fantastique oubliée.

Riley Pinkerton a gagné en épaisseur, et les compositions en ampleur, en lyrisme et surtout en lenteur. Sa voix si particulière, grave et vaporeuse, glisse au-dessus de guitares d’une grande beauté harmonique. Le doom de Castle Rat ne repose pas uniquement sur des tempos ralentis : il tient à cette manière de laisser les riffs peser de tout leur poids, d’étirer chaque accord jusqu’à l’inconfort et d’accorder à la basse une présence presque physique. Les guitares sont épaisses, légèrement abrasives, saturées sans être brouillonnes. Elles avancent lentement, mais avec la certitude d’un engin de siège lancé contre une muraille.

L’ombre de Black Sabbath rôde évidemment partout. Elle se trouve dans les intervalles menaçants, les riffs rampants, les silences lourds et cette manière très particulière de faire naître l’angoisse avec finalement peu de notes. Pourtant, Castle Rat ne se contente jamais de rejouer servilement les années 1970. Le groupe récupère cette matière ancienne, l’habille de heavy metal épique et l’enferme dans un univers fantastique cohérent, avec ses personnages, ses créatures et ses propres règles.

Le versant fantasy ne se limite d’ailleurs pas à l’imagerie, aux costumes ou aux épées brandies sur scène. Il traverse réellement l’écriture musicale. Phoenix I ouvre le livre comme une invocation, avant que les premières créatures ne sortent de l’ombre. Les morceaux donnent souvent l’impression de raconter une quête, d’ouvrir une porte ou de nous conduire vers une menace dont on ne distingue encore que la silhouette.

« Siren » développe une atmosphère froide, angoissante et volontairement inconfortable. La voix semble flotter au-dessus d’un marécage de guitares tandis que la basse progresse dans les profondeurs. Le morceau séduit autant qu’il inquiète : une créature vous appelle, vous savez pertinemment qu’il ne faudrait pas la suivre, mais vous avancez quand même. Le groupe n’aura sans doute jamais aussi bien porté son nom.

« Unicorn », plus ample, prend le temps de déployer ses motifs et de laisser respirer ses guitares. Le titre possède quelque chose de noble, presque solennel, sans jamais tomber dans la pacotille médiévale. Castle Rat maîtrise précisément cet équilibre délicat entre le premier degré absolu et une certaine conscience du spectacle. Le groupe croit suffisamment à son propre monde pour que l’auditeur finisse lui aussi par y croire.

Et puisque tout va probablement trop bien, en ce début d’été, dans votre existence, je vous suggère d’aller jeter une oreille sur « Path of Moss », puis sur « Crystal Cave ». En quelques instants, la lumière disparaît et la promenade tourne à l’expédition funéraire. « Crystal Cave » plonge l’auditeur dans un mélange de deuil, de mélancolie et de tristesse, avec cette lourdeur presque élégante qui donne aux meilleurs morceaux doom leur force particulière, et vous ensevelissent lentement.

Brooklyn reste manifestement une terre fertile pour la musique maussade. Doit-on rappeler qu’un certain Type O Negative a émergé des mêmes profondeurs urbaines ? Chez Castle Rat, on retrouve parfois cette capacité à conjuguer noirceur et sensualité sans théâtralité démesurée. La parenté n’est pas nécessairement musicale mais l’intention est là.

« Serpent » resserre le propos autour d’un riff plus direct, pendant que « Wolf II » et « Dragon » maintiennent la tension sans transformer l’album en catalogue de monstres interchangeables. Chaque créature possède sa couleur, son rythme et sa manière de menacer l’auditeur. L’ensemble reste pourtant remarquablement homogène, comme si toutes ces histoires appartenaient réellement au même vieux volume d’un château.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu quelque chose d’aussi habité de fond en comble. Pas de doute : ceux-là ont parfaitement digéré Black Sabbath, Trouble, Saint Vitus, Type O Negative et Electric Wizard. Mais digérer ne signifie pas recracher. Castle Rat assimile ses influences pour construire une identité immédiatement reconnaissable, à mi-chemin entre doom, heavy metal épique et fantastique.

L’album s’achève avec « Phoenix II », fermeture logique d’un cycle commencé quarante minutes plus tôt. La créature renaît, le grimoire se referme et Castle Rat quitte momentanément la pièce, non sans avoir laissé derrière lui une odeur tenace.

Le magasine Rolling Stone a consacré The Bestiary onzième meilleur album metal de 2025. Dont acte. Le classement importe finalement moins que le constat : Castle Rat n’est déjà plus seulement ce groupe amusant avec une bien jolie reine en cotte de mailles et des combats d’épées. Derrière l’attirail, il y a des compositions solides, une vraie vision artistique et une identité suffisamment forte pour durer.

Excellent disque. Je me réjouis maintenant de voir tout ce petit bestiaire prendre vie sur scène.


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