En juin dernier, lors du Marché de la poésie, j’ai pu acquérir ce tout nouveau recueil de Marine Giangregorio – une poète (également photographe et peintre) que je croise depuis bien des années sur WordPress, et dont le blog mérite le détour.
Voici d’ailleurs le lien vers Les mains flâneuses, son blog.
Note pratique sur le livre
Editeur : Atelier IMIS
Date de publication : 2026
Nombre de pages : 58
Quatrième de Couverture
D’un ébranlement, écrire, un texte intime s’ébauche, fragmenté, travaillé à la pointe comme un bloc de marbre, taillé jusqu’à trouver sa forme pure, son évidence. La combinaison est luxuriante et le bouleversement opère par petites touches. Marine Giangregorio se mesure au jeu des événements, il lui faut choisir, piocher, détourer, abraser, poncer, on traverse avec elle la solitude et la colère, de vieilles âmes traînent en plein vent, et des désirs avoués se dissolvent dans un vécu obsédant. Marine Giangregorio a ce genre de franchise indispensable pour s’emparer du féminin et le décadrer, pour user de l’écrit en tant que révélateur, écriture tendue, langue oscillante, entre tendre et abrupte, crue s’il le faut, impudique souvent, ne se refusant rien, s’offrant le luxe d’emprunter toutes les directions et toutes les formes. Son intention est celle de nous hanter. Nous hantent les émotions, les désirs que l’autrice déballe, reprend, rejoue, repêche, Traire la langue, dit-elle. La modulation est résolument contemporaine, Marine Giangregorio s’empare sans fléchir de ce qui nous obsède.
Mon Avis
Le choix d’un rouge intense pour la couverture nous met d’emblée dans le ton de ce recueil : puissant, charnel ou en tout cas fortement corporel, organique, une tonalité presque exacerbée, viscérale même parfois.
La lecture de ces textes ne saurait laisser indifférent, tant ils viennent nous pousser dans nos retranchements, nous secouer et nous sortir hors des sentiers paisibles !
Plaisirs et douleurs semblent être des pôles entre lesquels les poèmes de Marine Giangregorio font tantôt des grands écarts périlleux tantôt des arabesques pleines d’élégance.
Il y a l’expression d’un mal-être, d’une mélancolie, qui ne sont jamais observés avec complaisance. Même dans les plus grands élans de sensualité, une violence sous-jacente nous trouble, nous surprend, nous maintient sur le qui-vive.
Les verbes utilisés expriment très fréquemment une action, un mouvement, supposant quelquefois lutte et résistance, ce qui crée une dynamique un peu heurtée, pouvant aller jusqu’à un vertige du lecteur.
La langue – celle qu’il s’agit de traire – est résolument féminine, à travers ses explorations du désir et de l’espace du poème, oscillant entre nature et vues urbaines.
Un recueil qui sait susciter de fortes sensations !
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CHOIX DE DEUX POEMES
(Page 8)
L’heure saillante
La mélancolie est ton membre fantôme
tu cherchais à localiser la douleur : veines ouvertes
crâne cogné une fois, deux fois, trois fois plus fort
la bête n’en sort pas, tu avales diverses liqueurs
en appuyant sur l’accélérateur, les cris de Jim Morrison
assourdissent les tiens
La mue est aussi éternelle que toi
ton enveloppe charnelle abrite un vertige, l’écho d’une plainte
orgasmique
en son centre, une ampoule suspendue diffuse une lumière
qui bafouille, soubresauts de tes cuisses
Tu sais à présent, en mangeant délicatement tes peaux mortes
en goûtant
au fluide bleuâtre craché par le sang, qui irrigue
toutes sortes d’absences
La mélancolie est ton membre fantôme
ton pied se fait plus lent en marchant, jamais
au même rythme que va ta poitrine
*
(Page 31)
Trêve
Pas à pas, faire le tour du cadran
atteindre les quatre coins de la fenêtre,
laisser lentement fondre l’iris puis tout le corps vitré
dans la transparence du verre
Depuis son phare, la chair s’est liquéfiée
les aiguilles de la girouette ont redéfini
leur cœur
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