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« Adieu Gary Cooper » de Romain Gary

Par Etcetera
Adieu Gary Cooper Romain

Dans le cadre de notre cercle de lecture, notre choix s’est porté sur ce roman de Romain Gary, écrit entre 1963 et 1968, et ce contexte des années 60 n’est pas du tout anodin, dans la mesure où les références à cette période, qu’elles soient politiques ou culturelles, abondent à chaque page.

Ce livre est le deuxième tome de la série La Comédie américaine, entamée avec Les Mangeurs d’étoiles.

On peut remarquer aussi que Romain Gary a publié dès 1965 la version anglaise d' »Adieu Gary Cooper » sous le titre The Ski Bum.
En effet, il écrivait aussi bien en français qu’en anglais.

Note pratique sur le livre

Editeur : Folio, Gallimard
Année de publication : 1969
Nombre de pages : 250

Mon Avis

Davantage qu’un roman ou qu’une histoire d’amour, j’ai vu dans ce livre essentiellement une critique de la société et de la culture des années soixante. Un exposé des opinions de Romain Gary, sous le prétexte d’une histoire qui, en définitive, importe peu.
Lenny est un jeune américain qui s’est réfugié dans les montagnes suisses avec une bande de copains, pour fuir la guerre du Vietnam. Sa philosophie de la vie, basée sur la dérision des valeurs conventionnelles et sur une liberté individuelle poussée à l’extrême, ne saurait nous être antipathique, mais le ton toujours facétieux, les pirouettes verbales à répétition, l’humour assez tordu et trop systématique ne tardent pas à mettre le lecteur mal à l’aise. De manière un peu trop évidente, ce personnage de Lenny est le porte-parole de Romain Gary. Justement, il m’a semblé que l’écrivain est trop présent à travers ces pages : il en devient souvent écrasant pour ses personnages qui, finalement, existent peu par rapport à lui.
Trop d’humour tue l’humour, peut-être… en tout cas, il y a un côté forcé dans cet humour, et pas toujours des plus fins, c’est le moins qu’on puisse dire.
Je n’ai pas apprécié que le seul moment des 150 premières pages où l’auteur abandonne son ton clownesque soit constitué de plusieurs belles pages, pleines d’émotions, sur la difficulté terrible d’être diplomate dans ce monde et sur le grand risque de suicide dans cette profession… alors qu’il se perd en pitreries devant l’actualité brûlante de la guerre et des injustices… Quand on sait que Romain Gary était justement diplomate, ça laisse dubitatif.
Dans ce livre, il y a aussi de très nombreuses réflexions sur les nationalités. Les attitudes et réactions des personnages sont régulièrement expliquées par leur nationalité : un tel fait ceci parce qu’il est américain, une telle pense autrement parce qu’elle est suisse, etc. On se fatigue vite de ce type de considérations, qui restent bien trop en surface.
Romain Gary, par la bouche de Lenny, se moque de « la psychologie » tout au long du livre et, en effet, il ne s’embarrasse jamais de telles analyses dans les descriptions de ses personnages, se contentant de les définir surtout par des dialogues, des mots d’esprit, des exposés d’opinions.
Il y a certaines petites remarques sur les femmes qui sont très datées, sans parler de celles sur les homosexuels, que nos mentalités contemporaines ont relégué bien loin derrière nous, fort heureusement.
J’ai abandonné cette lecture vers la page 150 mais cela faisait déjà au moins 100 pages que je renâclais.
Ce roman a donc été une très mauvaise surprise : je n’ai pas du tout retrouvé le Romain Gary que j’avais pu apprécier et admirer autrefois… par exemple, dans des livres comme La Promesse de l’aube ou Gros-Câlin.
Plutôt que de lire « Adieu Gary Cooper« , je recommanderais ces deux derniers.

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Un Extrait page 105

Ils ne peuvent quand même pas congédier un homme après trente ans de services, dix-sept postes…
Allan n’a pas été congédié. Il a été mis à la retraite. Cela nous attend tous.
Il avait encore huit ans devant lui et…
Jess, vous connaissez la raison aussi bien que moi.
Bon, il boit. Et les autres ?
Au cours de ces dernières années, Allan a dû passer six mois dans diverses cliniques. Ce sont des choses qui finissent par se savoir. Le Département d’Etat était obligé de le déplacer sans arrêt d’un poste à un autre…
Assise au volant de sa Triumph, elle était en train de régler son compte à Hobbard, au Département d’Etat, à la Carrière. Jim, citez-moi le nom d’un seul ambassadeur des Etats-Unis qui n’a pas un drinking problem. Ils boivent tous. Le métier n’est pas supportable sans ça. Vous voulez des noms ?
Jess, je vous en prie. Il y a boire et boire…
Vous avez eu combien d’infarctus, Jim ? Deux, je crois. Pourquoi votre femme ne vous suit jamais dans les postes que vous occupez ? Pas même à Karachi ? Comment s’appelait déjà cet ambassadeur des Etats-Unis à Tokyo, un homme remarquable, du reste, et un nom illustre, qui faisait une petite tentative de suicide, de temps en temps ? Vous savez très bien ce que c’est, l’immunité. Vous êtes sous votre cloche de verre en train de regarder le niveau du sang monter autour de vous, et vous traversez de temps en temps le sang dans votre Cadillac pour faire une visite protocolaire au doyen du Corps Diplomatique ou remettre aux assassins une « note verbale » dans laquelle « le gouvernement des Etats-Unis a l’honneur d’informer le gouvernement d’Irak que… » Vous êtes de retour juste à temps pour la réception que vous donnez en l’honneur d’une délégation commerciale venue pour faire des affaires avec les bourreaux…
(…)

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