Quatrième de couverture :
Alba, le Blond et Dr Sax : le trio de flics se reforme après un meurtre identique à celui qu’ils avaient échoué à résoudre dix ans plus tôt. Mais Alba – tireuse émérite, profileuse formée au FBI – souffre d’un trouble de la personnalité. Ce nouvel assassinat pourrait bien l’obliger à affronter les secrets du passé. Une enquête sous haute tension dans une Rome gangrénée par la pègre…
Ils se sont connus à l’école de police, ils étaient les meilleurs de leur promotion, surtout Alba, et ils ont pu choisir leur affectation (quand ils n’ont pas été repérés par les autorités policières). Alba et le Blond ont été amants et sont toujours attirés l’un par l’autre, dans un jeu éprouvant de « je t’aime moi non plus ». Sax, d’origine pauvre, a épousé Luisella, la fille du général di Sangiorgio, de la Sécurité intérieure et s’est assuré la sécurité financière et peut-être la promesse de succéder à son beau-père, à condition de naviguer fermement dans une mer de relations sociales utiles, de compromissions en tous genres.
Le meurtre d’une prostituée remet les trois amis face à leur passé et à un crime semblable commis dix ans plus tôt. Analyses scientifiques poussées, comparaison de profils, enquête dans la pègre romaine, chacun s’attelle à trouver le meurtrier avec ses compétences propres mais quelqu’un semble toujours avoir un coup d’avance sur eux. Giancarlo De Cataldo nous entraîne dans une Rome loin des ors du baroque et des ruines splendides de l’Antiquité, sous les ponts du Tibre où grouille une faune interlope, des trafiquants d’êtres humains, des policiers corrompus. On comprend très vite que le coupable est quelqu’un de haut placé, protégé en haut lieu et il faudra tout le courage, l’audace du trio et même le grain de folie d’Alba pour dénouer les fils du crime sordide dont ils sont prisonniers. Des chapitres courts, une écriture nerveuse maintiennent le suspense à la fois pour la résolution du crime (même si on devine quelques éléments d’explication) et pour l’avenir de nos trois héros.
C’était une lecture sans prise de tête pour accompagner un séjour à Rome il y a quelques jours.
« Mme Giuntini se lance dans une diatribe passionnée contre les hommes qui abusent des femmes. Toutes les autres s’unissent à elle. Alba n’en croit pas ses oreilles. Pour une fois, elles tombent d’accord. Non. Il y a quelque chose qui ne colle pas.
– Je crois qu’elle est étrangère, provoque-t-elle
– Ca ne change rien, observe Mme Giuntini, mais déjà son ton manque de conviction.
Suivent quelques instants de silence. Ensuite l’opinion commune bascule, d’abord lentement puis avec un acharnement toujours plus grand jusqu’à culminer dans un crescendo furieux. Bien sûr, ces filles qui affrontent seules tant de danger. Bien sûr, d’habitude ces mésaventures n’arrivent pas à celles qui restent chez elles. Bien sûr, normalement, ce sont des prostituées. Bien sûr, elles viennent en Italie parce qu’elles ne sont pas bien dans leurs pays. (…) Bien sûr, elles vont mal mais on en peut pas les faire entrer toutes. Bien sûr nous sommes les idiots de l’Europe, elles viennent toutes chez nous, regardez les Français ou les Espagnols. Bien sûr, parce que chez nous, c’est la vie de château.
C’était, parce que maintenant, c’est en train de changer. »
« Pour Sax, le jazz est la zone sauvage dans l’académie militaire de l’existence. Le jazz est la transgression, la folie, l’anarchie. (…).
Le jazz est tout ce que Sax ne peut se permettre d’être.
Parce qu’il a fait un choix. Un choix sans retour. Un choix qui lui a valu la fortune, la richesse, la solidité et un avenir enviable. Le choix du pouvoir.
Le jazz et le pouvoir ne vont pas ensemble. On choisit l’un ou on choisit l’autre.
Le pouvoir est parfum. Le jazz est sueur. Le jazz pue. »
Giancarlo DE CATALDO, Alba Nera, traduit de l’italien par Serge Quadruppani, Points, 2023 (Editions Métailié, 2022)
Une participation à Sous les pavés les pages d’ingamnic et Athalie
