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Une pension en Italie

Publié le 06 octobre 2026 par Adtraviata

Quatrième de couverture :

Milieu des années 60, en Toscane.
Un été caniculaire.
Une famille française en villégiature.
Un événement inattendu.
Des vies qui basculent irrémédiablement.
Un secret qui s’impose aussitôt.
Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité.

Mêlant suspense et sensualité, Une pension en Italie est un roman solaire sur le prix à payer pour être soi, en écho à Chambre avec vue et Sur la route de Madison.

Philippe Besson était l’invité du Furet du Nord en février dernier et j’en ai profité pour m’offrir cet avant-dernier livre de l’auteur, dont j’ai lu et beaucoup aimé – il y a plusieurs années – Son frère et Les jours fragiles. Je l’avoue, j’avais alors une petite prévention contre ce romancier prolifique qui semble produire beaucoup (trop ?), un peu comme Amélie Nothomb. Mais la lecture de Une pension en Italie – juste après mon petit voyage à Rome – a balayé cette impression.

Nous sommes en 1964, Paul Virsac emmène sa femme Gaby et ses deux filles, Suzanne et Colette, en vacances en Toscane. Le professeur d’italien de quarante-quatre ans a soigneusement préparé le voyage, pointant toutes les richesses patrimoniales et historiques à visiter entre Sienne et Florence. La famille logera dans une pension, simple mais chaleureuse, tenue par une maîtresse femme, Sophia, et la cuisine du chef Sandro est délicieuse. Paul est le quatrième enfant venu après ses trois soeurs aînées, il a toujours été maigre et souvent malade. Une insolation le contraint à garder la chambre pendant quelques jours, tandis que Gaby et les filles poursuivent le programme de visites prévu par Paul. Et c’est au cours de ces trois jours qu’il va vivre un basculement inédit qui va changer le cours de sa vie et va sceller un secret familial gardé d’une main de fer par Gaby. Bon, j’ai réfléchi et je divulgâche, ne lisez pas la suite si vous ne voulez pas savoir ! Un enchaînement de circonstances, d’observations, de petits faits minuscules va faire tomber Paul et Sandro dans les bras l’un de l’autre, bouleversant des barrières, des conventions, un refoulement que Paul croyait solides.

Le roman part d’une histoire vraie mais Philippe Besson est assez habile pour brouiller les pistes et raconter cette histoire en vrai romancier, ménageant le suspense grâce notamment aux aller-retour entre passé et présent. Le narrateur, le petit-fils de Paul, dévoile peu à peu la rencontre entre Paul et Sandro, la peur, la stupeur, la sidération puis le sentiment de libération qui s’est emparé de son grand-père et l’a poussé à choisir de vivre selon son coeur et ses orientations naturelles plutôt que de continuer à se contraindre dans une existence conforme à la morale de l’époque. En 1964, l’homosexualité était encore considérée comme un crime par la loi, comme une déviance insupportable pour la morale et les jeunes gens qui se découvraient attirés par les hommes manquaient totalement de repères, de lieux d’écoute pour comprendre ce qui leur arrivait. La manière dont Gaby prend les aveux de son mari, dont elle l’explique à ses filles est d’une violence qui s’ajoute à cette violence de la société et on ne peut qu’admirer le basculement de Paul, aidé par Sandro (pourtant bien plus jeune que lui) pour oser affronter le déni, la peur, les préjugés, l’inconnu mais aussi pour vivre libre, pour être soi. Ce personnage de Paul m’a émue, et même bouleversée, et plus tard aussi celui de Sandro, de même que la démarche du petit-fils partant à la découverte du secret de famille sans juger sa mère qui n’a pas cherché à retrouver le père perdu, qui l’avait soi-disant abandonnée durant ces vacances en Toscane. J’ai évidemment adoré les références au roman de E.M. Forster Avec vue sur l’Arno (dont l’adaptation au cinéma est un de mes films préférés), le goût de
Paul pour la lecture et le pouvoir consolant, éclairant de celle-ci.

C’est une histoire pleine de douleur et de douceur à la fois, bercée par les paysages toscans, par la langue chantante de l’Italie, une magnifique histoire d’amour dont j’ai eu envie de relire des passages dès la dernière page refermée. L’écriture élégante et la pudeur de l’auteur créent de belles émotions. Je reviendrai à d’autres romans de Philippe Besson, c’est certain.

« Longtemps, dans notre famille, cette histoire a été tue.
Ma grand-mère, pourtant une femme douce, avait imposé le silence à ses filles au moyen d’une sentence prononcée sur le ton de la menace : « Nous ne devrons jamais en parler. » Celles-ci avaient observé le pacte à la lettre.
Ainsi l’histoire était-elle devenue un secret. »

« Je reparlerai de Florence , des ponts qui enjambent l’Arno, des cathédrales, des églises des chapelles des dômes des coupoles des chartreuses des cloîtres à chaque coin de rue, des forteresses et des portes,des palais et des jardins, des musées et des places, des villas et des tours, des théâtres et des cimetières , des voies et des ruelles,des cafés et des boutiques ,des marchands de glace et des vendeurs de souvenirs , des bibliothèques aux murs tapissés de livres jusqu’au plafond où il convient de s’exprimer à voix basse ,et plus sûrement de se taire, mais ce n’est pas à Florence que l’essentiel se joue .
C’est à San Donato »

« La scène dit aussi quelque chose des couples de ces années-là. Elle, industrieuse, silencieuse, vouée aux tâches indispensables et subalternes. Lui, indifférent, suzerain, considérant que cette répartition tombe sous le sens, ne mérite même pas qu’on s’y arrête. Est-ce que ça a tellement changé ? »

« Si j’ai un conseil à te donner, en ce jour particulier où la vie s’ouvre devant toi, où l’avenir t’appartient, c’est : sois toi-même, ne triche pas, ne t’oblige pas à faire ce qu’on attend de toi pour plaire aux autres, emprunte ton propre chemin, va au bout de tes envies, sinon c’est elles qui viendront à bout de toi. »

 » « Aujourd’hui, quand il m’arrive d’aller à Florence, je croise quelquefois des garçons qui se tiennent la main dans la rue justement ou s’enlacent sous des drapeaux arc-en-ciel et ça me touche, ça me fait plaisir, je me dis que le bonheur, ça peut se vivre au grand jour. Bon, ça me fait un peu mal aussi, j’avoue. Nous, on n’y a pas eu droit simplement parce que c’était trop tôt. On n’est pas nés au bon moment, quoi. On ne s’est pas aimés dans la bonne époque. »
Je partage sa joie et sa douleur. Oui, c’est merveilleux que les chaînes à nos chevilles aient été brisées. Et c’est terrible d’avoir été parmi les derniers à avoir dû les porter. »

Philippe BESSON, Une pension en Italie, Julliard, 2026


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