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Le Palais

Publié le 17 octobre 2026 par Adtraviata

Quatrième de couverture :

Arun Kumar est doté d’un palais absolu — une mémoire des arômes si infaillible qu’elle confine au prodige. Ce don extraordinaire, il entend bien en faire l’instrument de sa revanche. Reste à découvrir comment. Et contre qui.
Des bidonvilles de Delhi aux caves de Bourgogne, des îles Marquises aux tours de Manhattan, François-Henri Désérable signe avec
Le Palais un grand roman d’aventures sur le vin, portrait d’un génie hors la loi dont les crimes se dégustent.

François-Henri Désérable, rencontré récemment chez Au Temps Lire, a expliqué avoir eu l’idée de ce roman lors d’une randonnée à vélo en Bourgogne, jalonnée de dégustations qui ont un peu faussé les roues et fait penser à l’auteur : mais on n’a encore jamais écrit de roman sur le vin ! Et voilà que nous faisons connaissance avec Arun, jeune Indien qui vivait dans un bidonville à Delhi et est adopté par un couple de restaurateurs bourguignons. De la misère de l’enfance au luxe du monde des grands vins, c’est un des fils conducteurs de ce roman. Arun va découvrir le vin alors qu’il est puni et doit faire la plonge dans le restaurant familial : il se découvre un palais exceptionnel, capable de nommer les arômes, d’exprimer tout ce que le vin offre à ses amateurs, de créer des néologismes pour rendre compte de ses expériences et sa mémoire gustative non moins extraordinaire va lui faire construire une immense cave intérieure où il rangera précieusement tous les flacons goûtés. Le père de son amie Margot, vigneron exceptionnel lui aussi, qui élève un grand crû de Bourgogne, le Clos des Toucans (le seul vin inventé par l’auteur), va l’aimer comme un fils et lui ouvrir encore plus le monde des grands vins. A la suite d’Arun, nous allons parcourir le monde et ses vignobles jusqu’à New York et ses clubs très fermés d’œnophiles, prêts à dépenser des fortunes pour une bonne bouteille. Par un effet de prolepse, nous savons dès le début qu’Arun n’a sans doute pas employé ses talents le plus honnêtement possible et que tout se termine par un procès. Mais cela ne nous empêche pas de suivre Arun, un héros pas franchement sympathique mais toujours attachant, dans ses aventures en Bourgogne et en Amérique notamment. Un roman d’aventures sur le vin, un bon suspense, une bonne dose d’humour, des anecdotes viticoles garanties 100 % réelles, des connaissances bien documentées sur les vins, des clins d’oeil à la littérature à travers notamment le personnage d’El Baresed (vous l’avez ?), voilà toutes les notes de tête et de fond que ce roman déploiera pour tous ceux qui se laisseront tenter par sa robe veloutée.

« Alors il fit ce que font les poètes, les botanistes, les cartographes de terres vierges : il inventa. D’abord timidement, puis fiévreusement. Ainsi naquirent le « risambre », ce goût de bois ancien chauffé par une lampe d’architecte, entre poussière et vernis blond ; et la « vellune », cette saveur minérale et lactée qui rappelait la coquille d’un œuf à la coque encore tiède ; ou encore le mot « crémurien », pour cette rondeur de cire fondue mêlée à l’encens tiède. »

« On ne trouvait pas un vigneron plus respecté dans la Bourgogne, Il apportait un soin extrême, presque maladif, au moindre détail. Pas une mauvaise herbe, pas un sarment de travers : de la haute coiuture viticole. Il connaissait ses pieds de vigne comme s’ils étaient ses propres enfants ; d’ailleurs il les appelait mes fifilles. Et ses fifilles, il pouvait rester des heures à les observer, penché les doigts dans la terre, à gratter l’écorce, à triturer une grappe encore verte. »

« Le vin, c’était un peu comme les livres : plus on en lisait, plus on en découvrait dont on n’avait pas même soupçonné l’existence, et plus le besoin de lire ceux-là aussi se faisait impérieux – sans parler de ceux qu’on remettait délibérément à plus tard, comme la promesse de réjouissances à venir (et c’est ainsi qu’on se dirige ad patres sans avoir ouvert Belle du seigneur ou Anna Karénine). »

« Mais à part les journalistes de télévision, y avait-il plus infatué, plus résolument imbu de soi-même qu’un auteur ? Les mauvais se croient bons, les bons très bons, et les très bons se prennent pour des génies – et s’ils ne vendent pas, pour des génies incompris. Il n’y en a pas un pour se trouver moyen – c’est même la seule chose que partagent le grand écrivain et l’écrivain médiocre : la certitude de leur indéfectible valeur. Au moins, dans le domaine des délits et des crimes, l’échelle des peines est claire, rigoureuse, graduée selon des critères bien précis : le pickpocket du métro ne joue pas dans la même cour que le braqueur de banques, et tout le monde le sait. »

François-Henri Désérable, Le Palais, Gallimard, 2026


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