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Edvige ou 2008 comme l’an 1 du capital numérique

Publié le 18 septembre 2008 par Lilzeon

Citoyens ! Emmanuel Bruant nous fait partager un formidable article d’Alex Türk dans Télérama (et oui, certains lisent encore Télérama) : ” Le plus grand danger ce n’est pas Edvige, c’est le traçage des personnes” :

*Le plus grand danger, c’est le traçage des personnes. Par le téléphone portable, par la carte bancaire, par les pass de transport. Le traçage, aussi, par la vidéosurveillance, la géolocalisation des personnes et des biens, les systèmes biométrique(…). Nous sommes en train de glisser, dans le silence, et probablement dans l’inconscience, vers un mode de civilisation numérique de plus en plus dangereux. Progressivement, les Français s’habituent à être géolocalisés, filmés par les caméras de surveillance, soumis à des systèmes biométriques [identification via les empreintes digitales ou l'iris de l'oeil, par exemple, NDLR]. Je reprends souvent la métaphore de la grenouille : si vous jetez une grenouille dans un bocal d’eau bouillante, elle va jaillir hors de l’eau, dans un effort désespéré.

En fait, ce qui est bien plus problématique qu’une simple question de droit (et je rejoins Emmanuel sur ce sujet), c’est l’aspect moral et sociétal que soulève ce tracking.

Au quotidien, une nouvelle forme de domination intervient. Je m’explique. Dimanche 31 août, je me trouve au guichet RATP de République. Formidable moment : une trentenaire demande au guichet “pourquoi on doit tous passer à la carte Navigo”. Réponse un peu énervée de l’agent : “c’est plus commode, plus pratique, plus rapide, plus écologique”. Certes. Les mots magiques. Oui mais voilà, notre trentenaire a la dent dure : “oui mais je n’ai pas envie que l’on sache où je vais et ce que je fais de mes trajets”. L’agent bougonne, et rétorque, acide : “à ce moment là, il faut que vous jetiez votre carte de crédit, votre passeport et que vous restiez chez vous”.

Voilà.

Voilà ce qui se passe : la vraie violence se fait au quotidien, dans les tâches les plus ordinaires. Il est normal que nous réagissions au fichier Edvige parce que tout à coup, nous voyons l’implication sur nos vies de ce fichage. La vraie répression devient sociétale, sociale. Pas étonnant que le gouvernement ne cède pas : il sait sur ce sujet que le rapport pour / contre n’est pas encore suffisamment fort pour générer un vrai mouvement massif. Des milliers de signatures, qu’est-ce que c’est quand des millions de Franciliens acceptent le tracking de leurs Navigo ?

“A notre naissance, nous sommes, chacun, dotés d’un capital comprenant notre intimité, notre identité, c’est-à-dire les données propres à notre personne. Ce capital, qui appartient à notre sphère de libertés individuelles fondamentales, est fragile. Si on le mutile, il ne se reconstituera pas facilement.” dit Alex Türk

Capital social, culturel. Il apparait que 2008 sera l’an 1 du capital numérique. Se faire mutiler sur internet, c’est se faire tagger sur une photo compromettante, se faire “citer” alors qu’on n’a rien dit, se faire usurper ses faits, ses gestes, la narration de nos vies. Pas évident de reconquérir nos éléments d’identité si on n’y prend pas gare. Et si jusqu’à présent l’homme de la rue ne pouvait que difficilement être jeté en pâture aux loups, force est de constater qu’il ne suffit que d’un lien pour se retrouver en Une.

Aux armes digitales citoyens !


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