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Mesrine l’instinct de mort en avant première

Par Sandra.m

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Photos de Vincent Cassel ci-dessus  par "In the mood for cinema": l'invité "surprise" de la soirée...

Après la projection en avant-première de « Wall-E » en juin dernier inaugurant ainsi son « Club 300 », Allociné organisait hier soir, à l’Elysée Biarritz, une projection en avant-première du diptyque consacré à Mesrine interprété par Vincent Cassel et réalisé par Jean-François Richet.

 Après Jean-Paul Rouve avec « Sans arme, ni haine, ni violence » c’est donc Jean-François Richet qui s’attaque à l’ennemi public n°1 ou plutôt devrais-je dire Thomas Langmann puisque ce projet a été initié par son producteur, d’ailleurs présent hier soir pour un débat impromptu à la suite de la projection, j’y reviendrai. Ce dernier dit ne pas avoir vu le film de Jean-Paul Rouve, moi non plus :  je n’établirai donc pas de comparaison entre les deux.

 Simplement en préambule, je m’interroge sur la fascination que peut exercer Mesrine. Symbole d’une époque, la nôtre, où la gloire apparaît  comme la qualité ultime, qu’elle qu’en soit la source. Une époque en mal de héros, même d’une lâche violence. Une époque où les médias sont fascinés par ce qu’ils dénoncent. Une époque où le pouvoir des images l’emporte sur celui de la raison, ce que nous voyons sur ce que nous savons (dans la première partie nous avons beau voir un Mesrine violent, raciste, assassin nous le suivons, pour certains avec indulgence et fascination, tout comme le public de l’époque ).  Mais après tout peut-être est-il là le sujet ? (malgré l’intention du producteur !) Comment un homme arrive-t-il à fasciner les foules de l’époque de même que le personnage incarné au cinéma fascinera le spectateur d’aujourd’hui malgré ce que nous en savons, malgré ce qu’ils en savaient ? Peut-être est-ce une démonstration implacable du pouvoir, sans cesse renouvelé, de fascination de l’image ? Allez savoir.  (Il me semble que c’était d’ailleurs l’intéressant parti pris du film de Jean-Paul Rouve.)

 A l’image du film, ma critique devrait être séparée en deux parties… tant ces deux films sont différents, tant mon avis sur le premier diffère de mon avis sur le second.

"Mesrine, l'instinct de mort": première partie

 Le générique du premier film « L’instinct de mort » avec son rythme haletant et effréné, empruntant au cinéma des années où sévissait Mesrine, avec son split screen, était,  il faut l’avouer, plutôt prometteur nous immergeant d’emblée dans une atmosphère tendue de tragédie inéluctable en débutant par son issue fatale, connue de tous : « l’assassinat » (selon l’interprétation du producteur) de Mesrine par la police alors qu’il quittait Paris avec sa compagne  Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier, crédible) après une traque sans relâche et de nombreuses évasions. Immédiatement après, nous retrouvons Mesrine, des années plus tôt, en Algérie pendant la Guerre, mais cette fois ce n’est plus lui mais un Algérien sur lequel une arme est braquée, un Algérien qu’il assassine, sous la contrainte. Comme un écho, une résonance, une explication sans doute. Simpliste sans doute aussi mais après tout nous ne sommes pas là pour nous embarrasser de psychologie. Tout  comme la lâcheté du père (Michel Duchaussoy) soumis à sa femme, soumis aux Allemands aussi explique la rébellion et la violence vengeresses et rageuses du fils. Et ensuite ?

 Ensuite c’est une suite d’événements sans homogénéité qui nous embarquent de France en Espagne, puis de nouveau en France au Canada, du Canada aux Etats-Unis. Entretemps il se sera marié avec Sofia (Elena Anaya), aura eu deux autres liaisons. Des personnages apparaissent, d’autres disparaissent sans que nous sachions pourquoi ( Guido  interprété par Gérard Depardieu,  Paul  interprété par Gilles Lellouche), sans faire plus de sentiments que Mesrine avec ces derniers comme si la fascination exercée par celui-ci avait déteint jusque dans la forme : aride, saccadée, violente, vaine, illogique, laide,  éparpillée, zappant les personnes comme les événements et les vies.

 Exemple, subitement Mesrine et sa compagne Jeanne Schneider (Cécile de France qui prouve une nouvelle fois son incroyable capacité de transformation physique) attaquent un tripot sans que nous sachions très bien pourquoi, sans lien apparent avec ce qui précède, sans que le personnage de cette dernière n’ait eu le temps d’exister. Les scènes semblent n’être là que pour justifier les suivantes : les menaces dont fera ensuite l’objet Mesrine.

  Pourquoi autant d’ellipses dans un film aussi long ? Pourquoi tellement de changements de styles (s’inspirant tantôt du cinéma américain, tantôt d’un cinéma français plus réaliste) ? Pourquoi a-t-on l’impression d’assister à une compilation d’informations, sans relief, sans point de vue, comme si ébloui par son sujet et par la tonne d’informations amassées le réalisateur (ou devrais-je dire le producteur) n’avait pas su choisir, éliminer, trancher ? Pourquoi les dialogues semblent-ils adaptés d’un soap-opera ? Pourquoi ai-je eu constamment envie de rire quand il fallait pleurer ou du moins s’émouvoir ? Comme si, à l’image de ces médias que Mesrine utilisait, on nous abreuvait d’informations et de musiques assourdissantes pour que nous ne pensions pas, pour que nous soyons éblouis par le film comme Mesrine parvenait à éblouir. Oubliant le temps du silence. Melville aurait fait de ce film un chef d’œuvre, lui aurait indéniablement donné un « second souffle ». Cette respiration nécessaire quand la musique n’a pas besoin d’être omniprésente pour combler, pour susciter, forcer une émotion absente. Succession hypnotisante d’images et assourdissante de sons n’est d’ailleurs pas antinomique d’ennui qui m’a envahie et dont je suis ressortie avec la scène de l’évasion au Canada par laquelle à mon humble avis aurait pu débuter ce film qui n’aurait dû en faire qu’un seul.

  Je ne peux pourtant m’empêcher de louer l’audace de cette forme bipartite qui risque d’en décourager plus d’un alors que l’attention (et le portefeuille …) du spectateur est si volatile. Donc si je devais vous en recommander un et ne vous en recommander qu’un, je vous recommanderais le second volet : « L’ennemi public n°1 ».

"Mesrine, l'ennemi public n°1" (Deuxième partie)

 Venons-en donc à la seconde partie : « L’ennemi public n°1 ». Cela débute de nouveau sur le lieu de « l’assassinat » de Mesrine avec le Commissaire Robert Broussard (Olivier Gourmet ) qui lui aussi aime beaucoup poser devant les médias (sorte de double de Mesrine, mais du côté de la loi). Une impression de réalisme se dégage alors des premiers plans (lié au jeu si nuancé d’Olivier Gourmet ?) alors que la première partie m’était apparue tellement artificielle. Puis, on assiste à l’évasion de Mesrine du tribunal d’abord puis de prison avec François Besse (Mathieu Amalric , une nouvelle fois remarquable). Spectaculaires. Et c’est là que cela devient intéressant : dans le spectaculaire. Se mettre en scène, apprivoiser, guider les médias, se glorifier d’être l’ennemi public n°1 parce qu’il est le n°1 : à l’affiche. Voilà ce qu’était Mesrine. Une sorte de télé-réalité avant l’heure. L’illustration du besoin vorace et irrationnel du public de tout savoir, de s’identifier même à la vanité, la vacuité, le méprisable. Et le besoin insatiable de paraître, d’apparaître, d’être le n°1, quitte à payer des journalistes pour poser et risquer d’être arrêté. Le paraître avant l’être, la vie même. Le surjeu est assumé puisque Mesrine se créait lui-même un personnage. Richet ose le décalage, assume le côté presque granguignolesque du personnage. Les dialogues assument l’ironie. On ne rit plus de mais avec sans pour autant éprouver de la sympathie ou même être en empathie avec le personnage. Cabotin. Hâbleur. Fasciné par ce qu’il suscite. Deux orgueils s’affrontent : celui de Mesrine et celui de l’inspecteur. Deux images en quête de reconnaissance. De l’ordre ou du désordre. Un double face-à-face palpitant : entre le commissaire et Mesrine d’un côté, entre eux deux et les médias ou l’opinion publique de l’autre.

Mesrine se retrouve alors dans des combats  qui le dépassent, se contredisant parfois: les Brigades rouges, la révolution, pour donner une valeur politique à ses actes qui en étaient dénués. Et puis la fin où l’on retrouve ce suspense qui avait fait le sel du début : la tension et le suspense malgré le caractère inéluctable et fatal, annoncé dès les prémisses. Réussir un début et une fin, ce n’est déjà pas si mal, même quand plus de quatre heures les séparent.

 Quant à Vincent Cassel, il incarne le (sur)jeu de Mesrine, ceux qui aiment l’un et/ou l’autre apprécieront : les 20 kilos en plus, la démarche, le métamorphose physique. Je vous laisse juges… Gérard Lanvin fait très bien l’accent du Sud aussi. L’aspect  pittoresque n’est pas non plus à négliger.

 Le projet fut un temps confié à Barbet Schroeder, le réalisateur de « L’avocat de la terreur » aurait peut-être su donner un sens, un ton, un point de vue. (Mais après tout certains apprécieront sans doute aussi l’aspect neutre de la mise en scène et le rôle de juge attribué au spectateur).  Vincent Cassel s’était alors d’ailleurs désengagé du projet (remplacé un temps par Magimel, un temps par Elbaz) puis il a demandé la réécriture du scénario faisant trop l’apologie de Mesrine selon lui.

Débat avec Thomas Langmann, le producteur des deux films:

 Lors du débat qui a suivi la projection, Thomas Langmann a d’abord évoqué la genèse du projet : lui qui ne lisait pas est tombé, à 12 ans, dans la bibliothèque familiale, sur « L’instinct de mort » de Jacques Mesrine et l’a dévoré. Thomas Langmann dit « ne pas admirer Mesrine » tout en « ne pouvant nier que lorsqu’il a lu le livre » « L’instinct de mort » et vu le documentaire sur celui-ci, il a été fasciné. Selon lui, le cinéma n’est « pas là pour avoir un regard critique » (quelle naïve je suis, et moi qui croyais qu’un cinéaste devait avoir un point de vue…). Il ajoute que le film sera interdit aux moins de 12 ans, sans le déplorer. Il dit ne pas avoir voulu faire un film de divertissement mais de réflexion (décidément j’ai encore tout faux…). « Il n’y a pas de héros dans la criminalité, que des marginaux » dit-il en reprenant les termes de Mesrine pour arguer du fait qu’il n’a pas voulu en faire un héros, puisque lui-même ne se considérait pas comme tel (mais ne détestait pourtant pas être considéré comme tel non ?). Thomas Langmann ajoute s’être  entêté pour le faire en deux films car  « artistiquement » il estimait que c’était indispensable. Il établit ainsi une comparaison avec « Il était une fois en Amérique » de Sergio Leone, rien de moins. Il est certain qu’il n’aurait pas eu les moyens de faire Mesrine sans « Astérix aux Jeux Olympiques » qu’il a également produit (précisant suite aux remarques concernant l’échec de celui-ci qu’il a quand même fait « 7 millions d’entrées »). Pour la première partie il explique qu’elle était essentiellement basée  sur le livre de Mesrine « L’instinct de mort » : ceci expliquant peut-être cela… Enfin, il explique que la viabilité du film reposait beaucoup sur le fait de pouvoir le sortir à l’étranger : Il sortira partout et notamment aux Etats-Unis. Thomas Langmann termine en répondant à une question sur sa scène favorite : la fin et le générique du début. Au moins, là, nous sommes d’accord. Il précise que le film a été fait avec l’accord des 3 enfants. (Au fait où ont-ils disparu au cours du film ces trois-la ?)

Donc...:

 Si je voulais être mesquine je dirais aussi que c’est un formidable coup médiatique et mercantile, un sujet en or (même si je sais qu’aujourd’hui n’existent plus de sujets en or garantissant de faire des entrées) : un bandit populaire, une « belle » image médiatique, une forte image du moins. Un casting de rêve avec tout ce que la France, la Belgique et le Québec comptent d’acteurs populaires (et d’accents). Et même un air de Piaf comme la réminiscence d’un gros succès récent (tout ça parce que « non, rien de rien [il] ne regrette rien) . Mais loin de moi cette idée. Je crois pourtant qu’il s’agissait vraiment du désir d’un producteur de traiter d’un sujet le fascinant depuis l’enfance. Et je ne raille jamais les mythes et rêves d’enfants même quand ils sont devenus grands.

 En résumé, si vous voulez un bon divertissement allez voir le second volet intitulé « L’ennemi public n°1 » (enfin pardon: un grand moment de réflexion) ou méditez sur le pouvoir fascinant et hypnotisant de l’image. Rien de plus. Rien de moins. Ah si et pour Olivier Gourmet, Georges Wilson, Anne Consigny, Myriam Boyer.

« Mesrine, l’instinct de mort » : sortie le 22 octobre 2008

« Mesrine, l’ennemi public n°1 » : sortie le 19 novembre 2008

 Petite information allocinéesque : Allociné lancera sa radio le 30 septembre.

Remarque : Prononce-t-on le S de Mesrine ? En tout cas, cela déplaisait fortement à l’intéressé qui préférait être appelé "Mérine"…

Sandra.M


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