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L'infernale Claire Castillon a encore frappé !

Par Ephemerveille

Après la publication de On n’empêche pas un petit cœur d’aimer, recueil de nouvelles raté faisant écho au enfer.jpgbrillant Insecte, Claire Castillon nous revient avec un roman bellement intitulé Dessous, c’est l’enfer.

Dans un flot impétueux de pages, Claire Castillon parle toujours d’elle et de ses idylles. Avec la même exaspération face aux hommes qu’elle abhorre autant qu’elle les adore, la même désespérance désabusée lorsqu’il s’agit des relations familiales, l’auteur renoue avec la forme longue pour expier encore une fois cette colère qui sourd en elle.

Castillon, personnifiée en la narratrice de Dessous, c’est l’enfer, vit avec l’âne, un homme qui ne cesse de la contrarier par ses petites manies masculines, mais avec lequel elle reste, absurdement.

L’écrivain semble avoir la famille en horreur. Elle dépeint ici le portrait d’une smala déconfite, dévastée par le désamour, la vieillesse et d’autres traumatismes enfouis.

La mère, le père, la vieille, la sœur, le frère, figures impersonnelles, se contentent de jeter leur propre opprobre sur leurs proches, entretenant la blessure que chacun porte en soi, et cherchant malgré tout une once de bonheur, loin des membres de cette tribu pernicieuse.

Alternant les scènes à la fois tendres et courroucées avec son âne et les souvenirs d'enfance sous-jacents à sa vie de femme, la narratrice répand sur sa vie et sur ceux qui l’entourent un venin sécrété par son amertume et sa perpétuelle irritation. En effet, l’héroïne de Claire Castillon ne cesse de pester, n’acceptant aucune imperfection chez son âne, qu’elle sait pourtant imparfait par essence, puisqu’il est un homme. Car la narratrice ne sait que trop l’inaptitude des hommes. Les mauvais exemples de son grand-père (qui, au début du roman, urine sur sa domestique) et son père nonchalant gravés dans sa mémoire, elle ne laisse aucune chance à cet homme qui, au demeurant, lui est exclusivement utile lorsqu’elle écrit, afin de mieux fulminer contre lui.

Certes, le propos de l’auteur est violent, certes le style Castillon est foudroyant. Mais cette fresque des bassesses humaines n’a-t-elle pas perdu de son mordant ? En effet, depuis Le Grenier, Claire Castillon n’a cessé de faire se désoler ses héroïnes autofictionnelles, baffouées et trompées par leur conjoint. On espérait donc un souffle nouveau. D’aucuns ont parlé de « roman de maturité ». Au contraire, Dessous, c’est l’enfer ne fait que brasser à nouveau cet entrelacs alambiqué des misères amoureuses. Il pourrait être abordé avec un aplomb nouveau, une optique différente ; il n'en est rien.

Le problème vient certainement du fait que Claire Castillon est quelque peu égocentrique. Et, si cette particularité a fait ce qu’elle est littérairement aujourd’hui, les récits de ses affres sentimentales risquent, à force, de lasser.

Evidemment, il est difficile de se détourner de ses thèmes de prédilection. On ne peut don pas blâmer Claire Castillon. Malgré ses quelques redites, elle a gardé son humour corrosif et continue de faire mouche à chaque ligne. Le tout est toujours aussi bien mené, tendu et noué. Il aurait simplement été appréciable qu’une nouvelle brèche soit ouverte.


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