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De Gengis Khan à Qoubilaï Khan

Par Julien Peltier

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Au début du XIII° siècle émergea, sur les hauts plateaux d’Asie centrale, un personnage qui allait en quelques décennies propulser sur le devant de la scène un peuple jusqu’ici méconnu, les Mongols. Ralliés sous la bannière de Gengis Khan, les cavaliers de la steppe déferlèrent bientôt sur la plus grande part des nations du monde connu, de la Chine aux confins de l’Europe, pour édifier un empire plus vaste encore que celui de la Rome antique ou du grand Alexandre. Du conquérant visionnaire à son héritier le plus capable, Qoubilaï le petit-fils, Dominique Farale disperse les brumes du mythe pour dépeindre les réalités plurielles de cet immense empire, et conter une aventure à nulle autre pareille dans toute l’histoire des hommes.

Gengis Khan Qoubilaï

« De Gengis Khan à Qoubilaï Khan », l’essai de Dominique Farale, est l’un des seuls écrits et publiés en langue française parmi les ouvrages consacrés à cette aventure unique. Il comble en cela une carence regrettable, et s’impose donc d’emblée comme un élément incontournable de toute bibliographie exigeante. Il est fondé sur les meilleures sources historiques, les chroniques de Marco Polo, « L’Histoire secrète des Mongols » et l’œuvre de René Grousset* pour l’essentiel, recoupées et enrichies avec rigueur. En dépit de ses affinités naturelles, l’auteur, un officier de cavalerie sorti de Saint-Cyr, s’attache à décrire, outre l’épopée militaire, les implications politiques, religieuses, voire sociales, des campagnes menées par les conquérants. C’est par ailleurs l’un des grands mérites de l’essai que de ne pas renoncer devant la complexité, pourtant désarmante, des enjeux du temps. En effet, sur fond de clivage, traditionnel et séculaire, entre nomades et sédentaires, il s’agit également de pénétrer les contradictions d’un empire peuplé de dizaines de nations différentes, aux obédiences spirituelles les plus diverses, qui exerceront souvent une influence décisive sur les chefs mongols selon les théâtres d’opérations où ils engagent leurs forces.
Il en va de même pour des civilisations aussi éloignées que l’Occident chrétien, l’Orient musulman et le monde sinisé, dont l’essor de l’empire mongol va changer le visage, notamment en développant des relations diplomatiques jusqu’ici balbutiantes. Elles viennent s’ajouter au négoce florissant qui s’épanouit tout au long d’une « Route de la Soie », axe commercial de première importance courant de la Chine à l’Europe à travers oasis et steppes, et dont la sécurité est désormais assurée.
Farale s’écarte ainsi de la tentation du seul récit des chevauchées guerrières pour réhabiliter un héritage mongol trop souvent passé sous silence au regard des destructions engendrées. En étendant son champ de recherche sur plus d’un siècle, depuis la laborieuse unification des tribus nomades à l’âge d’or de l’empire, sous le règne de Qoubilaï Khan mort en 1294, l’auteur rend hommage à ce legs, particulièrement prégnant en Perse ou dans l’Empire du Milieu. « De Gengis Khan à Qoubilaï Khan » se pose donc en ouvrage de référence sur la question mongole, bien qu’il soit trop peu illustré, notamment quant à ses cartes, qui auraient pu se révéler précieuses en bénéficiant d’une meilleure facture. Clair et édifiant, il pécherait presque par excès de précision, car il n’est pas aisé de jongler avec une kyrielle de noms aux consonances étranges, auxquels l’auteur adjoint fréquemment les transcriptions en Chinois. L’essai ne saurait donc se destiner aux néophytes, et suppose quelques acquis solides, sous peine de succomber bien vite sous l’assaut d’impressionnants pedigrees. L’ouvrage de Dominique Farale demeure toutefois indispensable à tous les amoureux de l’odyssée prodigieuse des guerriers de la steppe.
Ujisato
* René Grousset, membre de l’Académie française, spécialiste des cultures d’Asie, fut conservateur au Musée Guimet et directeur du Musée Cernuschi. Auteur de plusieurs ouvrages faisant autorité, il est ici question de « L’Empire des Steppes ».

Article : De Gengis Khan à Qoubilaï Khan


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