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Le blanc n'existe pas : la neige n'est pas blanche

Publié le 28 septembre 2008 par Myriam

Aujourd'hui, je voudrais vous parler du tableau "La Pie", une huile sur toile réalisée vers 1868-1869 par Claude Monet.

Monet_la_pie
Je ne me souviens plus exactement lors de quelle exposition au Grand Palais, sur les impressionnistes, ou sur Claude Monet, j'ai vu ce tableau pour la première fois, mais il m'a d'emblée impressionnée par la maîtrise du sujet et surtout par la maîtrise de la couleur. Et lorsque, maintenant, je me promène au musée d'Orsay, c'est la même fascination qui me reprend devant ce tableau : comment donner une telle luminosité à un paysage de neige ?

Au premier regard, ce tableau apparaît comme un quasi-monochrome blanc. La neige, qui vient de tomber, a recouvert ce paysage hivernal ; nous sommes à la campagne près d'Etretat. D'une façon assez classique, le tableau est constitué par un tramage horizontal (toit et mur de la chaumière, ligne d'horizon, clôture et ombres) et vertical (arbres et piquets). Pourtant, au deuxième regard, par l'intermédiaire des éléments sombres que sont la clôture (marron, noir), l'ombre de la clôture (blanc bleuté), l'arbre sur l'extrême droite (marron foncé, noir) et surtout la pie décentrée sur la gauche - qui donne son titre à l'oeuvre -, Monet va donner un relief et une luminosité sans pareil à cette toile. Il parvient ainsi à diviser la toile en deux parties à peu près égales : le ciel et le mur de la chaumière sont teintés de rose, et la neige sur le sol teintée de bleu à l'ombre et de rose au soleil. La pie posée sur le portail à gauche est "un point de passage entre l'avant et l'arrière, entre la terre et le ciel. Il résume par son plumage l'opposition de l'éclairage total et de l'absence de lumière, du blanc, réflexion de toutes les couleurs, au noir qui absorbe tous les rayons." 

Ce tableau peint quelques années avant "Impression, soleil levant, 1872" est déjà symptomatique du nouveau style de peinture qu'est l'impressionnisme. Il fût d'ailleurs refusé à l’exposition par le jury de Salon de 1869. Ce tableau aux tons clairs et lumineux était très inhabituel pour l'époque ! (voir en comparaison "L'ahalli du cerf" peint par Gustave Courbet en 1867).

"Trois évolutions constituent la forme impressionniste : les formes obtenues non par le dessin-contour mais uniquement par les vibrations et des contrastes de couleur ; la perspective théorique remplacée par la perspective naturelle des vibrations et des contrastes de couleur ; l'éclairage de l'atelier (...) remplacé par le plein air, c'est-à-dire le tableau fait devant son objet dans le temps le plus court possible, vu les variations rapides de l'éclairage des choses" Jules Laforgue, L'impressionnisme, Mélanges posthumes, 1903.


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