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Jazz in Japan 08 – Otomo Trio à la Maison de la Culture du Japon

Publié le 30 septembre 2008 par Reyep
Pour l’édition 2008 de son festival jazz, du jeudi 25 au samedi 27 septembre, la Maison de la Culture du Japon a de nouveau présenté au public parisien quels étaient les meilleurs improvisateurs de la scène contemporaine nippone. Protéiforme, passionné, risqué ou complètement frappé, cette nouvelle rencontre nous prouve encore une fois que le jazz made in Japan est en excellente forme et que ses acteurs sont décidément à la pointe de l’art du synthétisme musical.
La programmation s’ouvre avec le vétéran Masaru Imada, pianiste au tableau de chasse impressionnant. Après 50 ans de carrière et une quarantaine d’albums, c’est avec un quartet constitué de Mamoru Inagaki (contrebasse), Chieko Tsutsumi (saxophones), et Shinji Mori (batterie) qu’il nous interprète un jazz élégant et vif, où se mêlent grands standards et compositions personnelles.
Le second soir, c’est le Group Salle Gaveau from Japan qu’accueille le grand sous-sol de l’établissement. La nouvelle troupe du guitariste touche-à-tout Natsuki Kido, connu pour ses travaux avec le fameux groupe de zeuhl Bondage Fruit, est composée de Naoki Kita (violon), Yoshiaki Satô (accordéon), Keisuke Torigoe (contrebasse), et Kyôko Kuroda (piano). La formation délivre un surprenant free jazz post-tango ponctué de fulgurants solos de guitare, faisant irrémédiablement basculer les compositions du côté du rock progressif.
La dernière date du festival révèle quant à elle la nouvelle formation du guitariste Yoshihide Otomo, en trio avec Hiroaki Mizutani (contrebasse) et Yasuhiro Yoshigaki (batterie), tout simplement nommée Otomo Trio. C’est à cette ultime soirée (dans tous les sens du terme) que se trouve JaME. Petit retour sur le maître à penser du groupe avant les impressions à chaud.
Yoshihide Otomo est l’une des personnalités les plus essentielles de la scène avant-gardiste japonaise, un véritable magicien des sons et un théoricien hors pair. Il s’intéresse dès l’adolescence au rock et au free jazz, puis il étudie l’ethnomusicologie à l’université, en particulier l’évolution de la musique chinoise durant la révolution culturelle. Après quelques prestations dans des clubs, il fonde au début des années 90 le groupe Ground Zero, au sein duquel il développe une musique unique et libre, de véritables opéras dont le langage se situe au carrefour du jazz, du rock, de la noise, de la musique traditionnelle asiatique et de l’électro, notamment à travers la technique du sampling dont il devient passionné. Parallèlement à son principal projet, il compose une musique plus minimaliste avec des groupes d’improvisations électroniques, fondés avec Sachiko M, et signe de nombreuses bandes originales de films. C’est à la dissolution de Ground Zero en 99 qu’il décide de revenir à ses premiers amours, le free jazz, en fondant le Otomo Yoshihide’s New Jazz Orchestra, dont les différents line-up conduisent à la déclinaison de l'appellation de la bande : le Otomo Yoshihide’s New Jazz Ensemble et le Otomo Yoshihide’s New Jazz Quintet. Ce soir, c’est seulement avec deux de ses complices de longue date, dont l’un était déjà présent au sein de Ground Zero, qu’il se présente à la Maison de la Culture du Japon. La musique du trio en sera-t-elle pour autant simplifiée ou dépouillée ? Oh que non, car c’est une magistrale claque dans la face que recevront les auditeurs présents.
Sur une prestation avoisinant les deux heures de temps, les trois compères vont élaborer un jazz étonnement puissant au rythme soutenu, quasi-épileptique, et dont les accès soudains de férocité démontrent à quel point le free peut être le pendant noble des musiques rock les plus extrêmes. Alors que Mizutani et Yoshigaki réalisent une section rythmique imparable, Otomo fait convulsivement hurler sa six cordes sur d’interminables solos meurtriers dont il s’évertue de mettre en avant la rugosité du son, en maintenant, par exemple, des larsens sur de longues secondes. Au bout de quelques minutes, quelques spectateurs dont les mains bien plaquées contre les oreilles ne peuvent rien contre les agressions sonores, finissent même par quitter la salle. Eh oui les amis, quand on vient voir Otomo faut pas s’attendre à ce qu’il nous ressorte le jazz des 33 tours à papa ! La complicité des trois membres atteint une osmose telle qu’ils se permettent de jouer entre eux, et avec nous : les nombreux breaks se succèdent, et il suffit d’un simple regard pour que le martelage des instruments reprenne immédiatement de concert. La texture acoustique importe cependant bien plus que la structure musicale, et le groupe utilise de nombreux outils qui viennent enrichir la gamme sonore : les cordes et les cymbales sont par exemple frottées avec des archets ou tapées au maillet. Le bidouillage incessant des amplis conduira même Otomo à suspendre son jeu durant quelques minutes afin d’aller se munir d’un nouvel appareil.
La musique délivrée par le trio durant cette soirée aura été aussi intense et riche que celle développée ordinairement par le New Jazz Orchestra, voire par celle de Ground Zero, malgré la différence de moyens mis en œuvre. D’ailleurs le public ne se sera pas trompé et c’est un tonnerre d’applaudissements qui attend Otomo et sa bande à la fin de la prestation. Le rappel sera également de taille puisqu’il incorporera un quatrième membre à la formation, flûtiste et trompettiste, au sein d’un ultime titre.
Le Jazz in Japan 2008 a été un bien grand cru, et c’est avec impatience que nous attendons la prochaine édition !
Texte : Jerriel

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