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SALLE 4 - LE MASTABA D'AKHETHETEP : II. Façade et couloir d'entrée

Publié le 07 octobre 2008 par Rl1948

   Dans un premier article consacré mardi dernier au mastaba d'Akhethetep dont la chapelle est exposée dans la quatrième salle du Département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre, je vous avais proposé, ami lecteur, non seulement quelques explications générales sur ce qu'était, à l'Ancien Empire égyptien, un mastaba, mais aussi de découvrir avec moi l'histoire des fouilles de ce monument.
   Dans ce deuxième article, nous allons, si vous le voulez bien, nous attarder à certains détails de sa façade puis, de conserve, pénétrer à l'intérieur du couloir qui débouche sur la chapelle proprement dite, dans laquelle nous nous inviterons la semaine prochaine.

   L’entrée de la chapelle d'Akhethetep était tournée vers l’est, vers la vallée du Nil, face au lever du soleil. Ici, au Louvre, l’encadrement de cette porte est incomplet dans la mesure où manquent le seuil ainsi que les blocs de l’assise inférieure découverts, mais restés sur le site de Saqqarah. Quant à ses montants, seuls subsistent de chaque côté trois blocs superposés et croisés. Au-dessus de la porte, un "rouleau" gravé, - reproduction dans la pierre du store enroulé qui protégeait l’entrée des maisons égyptiennes antiques -, précise en deux lignes le nom et les titres du propriétaire :

SALLE 4 - LE MASTABA D'AKHETHETEP : II. Façade et couloir d'entrée
   "Le "pensionné", ami unique, secrétaire de la maison du matin, d’Anubis, prêtre d’Horus imy chénout, prêtre de Héka, Akhethetep.


   Permettez-moi ici, ami lecteur, une petite remarque concernant la position des hiéroglyphes dans ce texte : vous aurez tout de suite compris, en fonction de ce que j’ai déjà eu l’occasion de vous expliquer précédemment, que ceux-ci se lisent en commençant par la droite et en allant vers la gauche, la première ligne s’arrêtant à l’étoile, la seconde au signe du bâton de foulon, immédiatement après le drapeau.
SALLE 4 - LE MASTABA D'AKHETHETEP : II. Façade et couloir d'entrée
 
   De sorte qu'à l’extrême gauche de cet ensemble, se présentent de haut en bas, embrassant donc les deux lignes horizontales, cinq hiéroglyphes : un oiseau ibis à aigrette, d'abord, surmontant les quatre autres signes.
- L'oiseau ibis se lit Akh 
- Sous ses pattes, une galette de pain : elle correspond à la lettre T

L'ensemble se prononce donc Akhet
- Ensuite, la représentation d'un pain sur une natte, qui se lit  hetep
- En dessous, de droite à gauche évidemment, à nouveau la galette de pain (T) et un siège cubique qui, lui, correspond à la lettre P; ces deux derniers pictogrammes exprimant une partie de la valeur phonétique du nom donné à la natte sur laquelle repose le pain (hetep), on pourrait considérer qu'ils font double emploi. Il n'en est évidemment rien : ces signes avaient en fait pour fonction de préciser la prononciation du mot.
   Il est à remarquer que ces phonèmes ne constituent nullement des hiéroglyphes particuliers, des signes spéciaux en marge d'autres hiéroglyphes : ce sont bel et bien des idéogrammes au même titre que des centaines d'autres  (ici, un siège cubique et une galette de pain) qui, comme le comprit Champollion ont été détournés de leur expression ordinaire pour représenter accidentellement des sons.  
   Ces éléments phonétiques étaient d'autant plus importants que la langue égyptienne, comme d'ailleurs la majorité des langues sémitiques, n'écrivait pas les voyelles proprement dites, donnant ainsi aux consonnes un rôle cardinal. Ce qui fait que l'écriture hiéroglyphique correspond en quelque sorte à un squelette consonantique des mots eux-mêmes. (Et c'est évidemment notre graphie moderne, pour une question de facilité au niveau de la prononciation, qui ajoute les voyelles.)
   Tout ceci prouve, si besoin en était encore, que Jean-François Champollion avait évidemment raison quand, bien que contesté par ses contempteurs, il affirmait en substance que l'écriture égyptienne pouvait représenter à la fois des objets et des sons. Originairement, et durant toute la civilisation, elle fut et est restée une écriture pictographique que complétaient des éléments phonétiques : des idéogrammes mêlés à des phonogrammes, comme les appellent les égyptologues.
   Ici, l'ensemble de signes qui terminent verticalement ces deux lignes de hiéroglyphes se lit donc Akhethetep : il correspond, vous l'aurez compris, au nom du propriétaire du mastaba.
   Petite et dernière remarque, au passage : autant de fois retrouverez-vous ce patronyme inscrit à l'intérieur de la chapelle, sur ce rouleau de façade sera la seule où l'artiste l'aura gravé correctement, c'est-à-dire complètement,  avec la galette de pain correspondant au "T", après l'oiseau ibis. Et que ce soit sur les murs du couloir, que ce soit dans les légendes accompagnant certains registres peints sur les parois intérieures, dans toutes les autres graphies de la chapelle, son nom est amputé de ce signe. Toujours. 
  
   Après cette nécessaire digression philologique, revenons à présent à "notre" chapelle. 

   Couronnant sa façade, une énorme architrave monolithique de 299 cm de longueur pour 52 cm de haut et de profondeur, avoisinant les deux tonnes, propose sur trois lignes horizontales de beaux hiéroglyphes se lisant également de droite à gauche et correspondant à trois formules d’offrandes relativement banales, mais typiques dans le corpus de la littérature funéraire égyptienne :

SALLE 4 - LE MASTABA D'AKHETHETEP : II. Façade et couloir d'entrée


1. "Offrande que donnent le roi et Anubis, chef du pavillon divin : qu’il puisse être enterré dans la nécropole du désert occidental, qu’il vieillisse parfaitement bien auprès du dieu, le bienheureux auprès du grand dieu, ami unique, ima-â, héqat-â, nemty-â, prêtre d’Horus imy-chénout."

2. "Offrande que donne Anubis, chef de la terre sacrée : qu’il parcoure les bons chemins que parcourent les bienheureux, parfaitement en paix auprès du grand dieu, le prêtre ritualiste, grand des dizaines du Sud, directeur des deux trônes, supérieur des chefs."

3. "Offrande que donne Anubis chef des Occidentaux dans toutes ses places : qu’il puisse être enterré dans la nécropole comme bienheureux auprès de son dieu, l’ami, secrétaire de la maison du matin, prêtre de Khnoum; dans toutes ses places, l’ami." 


    Tous ces titres portés par Akhethetep dans les trois lignes de hiéroglyphes traduits ci-dessus, toutes ces épithètes relativement rares pour la plupart (que l'on retrouve néanmoins chez quelques vizirs de l'Ancien Empire, tel Mérérouka, par exemple) correspondent vraisemblablement à certaines de ses prêtrises, en étroite correspondance très probablement aussi avec le monde médical dont faisaient partie ses deux fils. Mais Akhethetep lui-même n'était nullement vizir; pas plus que médecin alors qu'il portait le titre de prêtre ritualiste.  
   A l’intérieur du monument, les murs de l’étroit couloir permettant d’accéder à la chapelle proprement dite sont entièrement sculptés de fins reliefs illustrant les funérailles d’Akhethetep.

 

SALLE 4 - LE MASTABA D'AKHETHETEP : II. Façade et couloir d'entrée
  
   Dans l’embrasure nord (= paroi de droite), on peut admirer la représentation du défunt que ses deux fils accompagnent : il est debout, tient une longue canne de la main droite et un petit rouleau de tissu dans l’autre. Il est coiffé d’une perruque longue à fines mèches parallèles et arbore une barbe très courte. Il est vêtu d’un pagne à devanteau, très travaillé, maintenu par une ceinture nouée. Un large collier "ousekh" composé de quatre rangs de perles rectangulaires lui orne le cou, tandis qu’un baudrier lui ceint diagonalement le torse. 
   Les inscriptions au-dessus des deux personnages plus petits précisent, pour celui de gauche :

   "Son fils aîné, l’ami unique, ima-â, prêtre d’Horus imy Chénout, directeur des deux trônes, prêtre ritualiste, Séânkhouptah"

   Et pour celui de droite :

   "Son fils, le médecin-chef de Haute et Basse-Egypte, prêtre de Héka, Râkhouef"

  
   Bien plus intéressantes sont les cinq colonnes de textes au-dessus d’Akhethetep lui-même qui nous expliquent la raison pour laquelle un pharaon (dont, malheureusement, le nom n’est pas cité) lui a concédé le privilège de faire construire son tombeau en cet endroit de la nécropole memphite :

   "Sa Majesté a permis que son fils, l’ami unique, ima-â, Séankhouptah touche pour lui des colliers ousekh et chénou de malachite et de lapis-lazuli, un contrepoids ânkhet et un pendentif izen de malachite et de lapis-lazuli pour mettre à son cou, ainsi que deux boeufs provenant du marais en récompense du fait qu’il l’avait éduqué à la satisfaction du roi, l’ami unique,ima-â, héqat-â, directeur des deux trônes, prêtre d’Horus imy chénout, prêtre de Héka, d’Anubis, prêtre de Khnoum, chef de la maison de vie dans toutes ses places, prêtre ritualiste, secrétaire de la maison du matin, supérieur des chefs, l’ami, Akhethetep.

   (C’est donc, semble-t-il, grâce à la situation qu’occupait un de ses fils auprès de pharaon qu’Akhethetep a ainsi pu bénéficier des faveurs royales pour la construction de sa "maison d'éternité".
)

  

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   L’embrasure sud, quant à elle (= paroi de gauche) déploie, scène rarissime dans les mastabas, le thème de la livraison des étoffes de lin : transport, rémunération des tisserandes, comptabilité, etc.
   C’est, comme sur le mur qui lui fait face, Akhethetep en personne, également figuré en grande taille, mais cette fois assis, qui nous accueille : il reçoit de deux serviteurs un grand papyrus sur lequel, très probablement, est mentionnée la liste des étoffes qui lui sont apportées dans un grand coffre posé sur un brancard. Deux scribes enregistrent l’opération, comptabilisant avec précision les quantités livrées. Les étoffes sont ensuite rangées : "Mettre les étoffes dans le coffre", précisent les hiéroglyphes qui surmontent la scène. Enfin, aux tisserandes qui se présentent au registre inférieur, sont donnés des bijoux, forme courante de rétribution : "Distribuer les récompenses", "Distribuer les bijoux", disent les textes proches.


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   Une autre scène de livraison de tous ces tissus se déroule sous l’oeil vigilant d’un "scribe du trésor", ce qui laisse supposer qu’ils proviendraient du trésor royal, autre faveur possible des pharaons dans la mesure où les étoffes, comme la stèle, le sarcophage et les onguents, font partie intégrante du matériel funéraire.


   Mardi prochain, dans un troisième article, je vous proposerai, ami lecteur, de pénétrer à l'intérieur même de la chapelle funéraire d'Akhethetep.
(Lefebvre : 1955, 9-12; Ziegler : 1993


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