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« Parti pris » de Jean-Christophe Cambadélis

Par Critikacid
Si « le style, c’est l’homme », alors les chroniques de J-C.Cambadélis sur la période qui mène à l’élection présidentielle révèlent les traits d’un homme d’appareil, tendance joyeux drille, à la fois fin et superficiel. Homme d’appareil, dans la mesure où le fond politique ne sert que de toile de fond, plutôt délavée, à la description d’un long conflit au sein de l’appareil du PS qui va de 2002 à 2007, et dont le responsable principal, cible essentielle de ce livre, est le premier secrétaire François Hollande, assaisonné à l'occasion d'un Julien Dray dépeint comme un "le meilleur impresario de la place de Paris", lui qui lança tant de figures connues... dont Fadela Amara, aujourd'hui membre du gouvernement Sarkozy, avec la bénediction de ses anciens "potes", tel Malek Boutih.
Le «socialisme moderne», social-démocrate dont se réclame Cambadélis, au compte de Strauss-Kahn, est certes souvent invoqué. Il n’est quasiment jamais incarné, sinon au détour du compte-rendu d’un des débats des présidentiables socialistes qui voit DSK s’insurger contre la proposition de Laurent Fabius d’augmenter immédiatement le Smic…  

Inutile de s’étendre : en postulant à la direction du FMI sur proposition de Sarkozy, Strauss-Kahn a montré ce qu’il en est du « socialisme du réel ». C’est la poursuite de la même politique qui a provoqué la victoire de Sarkozy.

   

 
Superficiel, disons-nous. Ces « chroniques » qui ne dépareilleraient pas les colonnes de Libération, privilégient toujours la forme sur le fond, le bon mot facile sur la précision.
On peut prendre un exemple qui parlera aux amateurs de cinéma : « Camba » affirme en passant que gangs of New York, la fresque historique de Scorcese, serait une référence culturelle pour les jeunes des cités. Pour affirmer une telle chose, il ne faut avoir vu ni l’un, ni les autres, ou de loin.

 

Mais c’est évidemment sur le terrain politique que cette inconstance et cette superficialité s’expriment le plus clairement. Cambadélis nous apprend en effet qu’au soir des régionales de 2004, véritable bérézina pour l’UMP, il s’était aventuré à proposer que le PS demande la démission de Raffarin et, «un peu provocateur » (sic !) la dissolution de l’Assemblée nationale. Refus net, dit Cambadélis, de la part de Fabius. Et donc ? Donc … rien : passons à la suite.
A notre connaissance, seul Montebourg réclamera la dissolution de cette assemblée illégitime, tandis que Hollande expliquera sur les ondes médiatiques dès le lendemain des élections qu’il ne demande pas le départ du gouvernement d’alors, celui de Raffarin. Et Cambadélis ? Il est passé à autre chose. Peu lui chaud que le gouvernement demeure ou qu’il tombe.
Il a dès lors beau jeu de saluer dans son livre en Lionel Jospin l’homme qui « démontre que c’est le combat qui détermine l’issue du combat et pas l’adaptation aux présupposés de celui-ci», on est en plein  "faites ce que je dis, pas ce que je fais"…

 

 

Pour autant, cet essai soulève des questions qui recoupent en partie celles posées sur ce blog à plusieurs reprises. Nos lecteurs savent que nous nous sommes prononcés pour que Sarkozy soit battu, en choisissant « la gourde plutôt que le gourdin » après avoir plus que déploré tant la désignation de Royal que la façon dont elle fut désignée .  

En reprenant le cheminement de 2002 à 2007, Cambadélis souligne quelques erreurs stratégiques commises par le PS et sa candidate, qui seront synthétisées par l’attitude d’entre-deux tours, où au lieu de centrer le combat contre Sarkozy, une semaine sera perdue à courir après une échalote nommée Bayrou, jusqu’à lui proposer, lui qui soutint l’essentiel de la politique des gouvernements UMP de 2002 à 2007, le poste de premier ministre.
Responsable premier, pour Cambadélis : François Hollande, lequel s’opposa à l’orientation claire « battre Sarkozy » (qui fut pourtant le ressort essentiel du vote du premier tour pour Royal). Responsable, encore, Hollande, d’avoir multiplié les atermoiements sur toutes les questions depuis 2002, et adoptant la posture du « bouchon insubmersible dans l’océan. Mais ce ne sont pas les bouchons qui créent les vagues ». A en croire Cambadélis, Hollande a inventé la posture d’un arbitre se situant non pas au-dessus, mais en-dessous des courants et tendances du PS.

 


Mais alors que Cambadélis reprend lui-même les échéances politiques qui auraient dû, des régionales de 2004 au C.P.E. conduire à la défaite du candidat de l’UMP, alors qu’il souligne lui-même le « doute sur les compétences » qu’ont fait naître les déclarations contradictoires et imbéciles qu’a enchaînées Royal lors de ses sorties à l’étranger (comme le satisfectit donné la rapidité de la justice chinoise), Cambadélis n’en épouse pas pour autant la thèse de « l’élection imperdable ». C’est qu’il veut à tout prix caser son « socialisme moderne », celui de son courant aujourd’hui décapité par les manoeuvres de Sarkozy.
Aussi écrit-il que « le logiciel de gauche (sic !) n’est pas majoritaire dans le pays » après avoir souligné que « rarement une campagne fut à ce point évanescente, sans ligne de force » (ce que nous avions aussi relevé)... et de reprocher à Royal  d’avoir joué les attrape-tout au nom du « tout se tient ».
Mais alors, l’élection était-elle gagnable à condition de ne « pas faire le cadeau qui viennent de se passer» à Sarkozy, comme le dit Emmanuelli cité par un Cambadélis approbateur ? Donc sans « changer de logiciel » ? A cette question décisive, on aura donc deux réponses possibles à l’issue de la lecture… inconsistance, quand tu nous tiens !

 

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