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En revenant, je prendrai le train

Publié le 16 octobre 2008 par Mcabon

J’aime bien le train. Les vaches ne le regardent plus que via leur double dessiné sur les produits de Michel et Augustin. C’est une société miniature qui s’offre à nous, avec un peu plus d’odeur tout de même car la sueur du dernier retardataire inonde de ses effluves le compartiment central. Merci Jean-Marc, qui nous gratifiera de plus d’une conversation la plus intime avec Nathalie, son épouse, sa compagne, sa maîtresse, sa conseillère clientèle, en tout cas, entre eux, c’est aussi sexuel si l’on compte les rires sans équivoque. Pouf, pouf.

Alors, tout de suite, vous vous dites, mais d’abord comment tu sais qu’il s’appelle Jean-Marc d’abord, tu es en train d’inventer une histoire comme la dernière fois à la Poste. « Ben non, fais-je », l’air penaud. « Prouve-le que c’est vrai »

-   Ben, je m’appelle Jean-Marc

-    !

-   Si, c’est vrai

-   Ben non,

-   Bon d’accord, il s’appelle comme tu veux, c’est pour personnaliser le personnage de la personne qui parle.

-   Ok, continue

- D’accord, donc, François-Xavier,

-   Ce n’était pas Jean-Marc ?

-   Non, là c’est un autre

-   Encore un nom composé

-   Oui. Il y avait deux trains jusqu’à Rennes

-   Le rapport ?

-   Les deux s’accrochent. Enfin, bon tu me laisses finir, c’est moi qui raconte et si tu n’es pas content, Takateraconterdeshistoires. D’ailleurs, tu as pas mal d’imagination, surtout si je me rappelle ce que tu m’as dit pour l’histoire de la nana qui t’aborde en boîte l’autre soir et si je mets en parallèle ce dont je me souviens…

-   Mais euh, c’est vrai en plus

-   Je disais donc que François et Xavier sont assis en face de l’autre. Ils vont descendre à Guingamp, autant dire qu’ils ont deux têtes de perdants. Pendant trois heures, ils auront discuté de leurs affaires, de leur boulot, de « Fred qui difficilement gérable », de « Bidule qui va lancer un nouveau produit ». A ma droite, il y a une femme qui doit s’appeler Stéphanie. Ne me demandez pas pourquoi mais quand quelqu’un à côté de moi s’appelle Stéphanie, je le sais avant elle. C’est comme pour les Marie qui ont souvent une tête de Marie. Elle lit le polar d’un auteur américain. Quand elle aime bien, elle raconte quelques passages à sa copine qui est en face, mais qui ne lit pas. Elle dit « Ecoute », et elle lit son passage. De temps en temps, sa copine dit des choses sur sa famille, sur les devoirs du fiston qui a du mal à apprendre quand le cours de biologie ne raconte pas une histoire. Alors, elle, sa mère, raconte une histoire, de sang, de globule, d’organes. Et oui c’est de la biologie. Elle lui récite également sa leçon d’histoire, « parce que c’est important la sixième. Si tu loupes ta sixième, tu as du mal tout le temps après ». Parfois, elle ne comprend pas ce que son fils apprend. Donc elle lui pose des questions. Dès qu’elle ne comprend pas quelque chose, elle lui pose des questions. Cela vient comme des salves. « Une religion polythéïste est une religion qui… », « le messager d’Allah est… ». Le gosse quand il ressort de la cuisine, il est lessivé comme un candidat après l’émission de Julien Lepers. Tout à l’heure Stéphanie est sortie téléphoner, j’étais dans le couloir, mon billet étant une surréservation (la surréservation c’est un billet où on fait payer le prix du billet mais où on n’est pas certain d’avoir une place). Et Stéphanie a reçu ou passe quatre coups de fils. Elle doit avoir commis un sacré forfait Stéphanie. En plus c’était pour dire toujours la même chose « que François il allait voir ce qu’il allait voir ». Si toi lecteur, tu t’appelles François, tu connais quelqu’un qui travaille dans la même compagnie que toi, qui est venu te voir sur Paris ce jeudi, alors je te le dis, brother, « Tu vas voir ce que tu vas voir ». Stéphanie, elle ne t’aime pas beaucoup François. Je préfère te prévenir au cas où tu auras pensé t’attarder dans son bureau un soir pour bavarder avec elle, ta directrice. Elle n’est pas ta bonne direction.

-   Il y aussi Georges dans ce train. Georges il a un téléphone, mais il regrette d’avoir cédé. Il appartient à cette catégorie de personnes qui savent que si Meucci, l’italien qui a inventé le téléphone, n’avait pas pu redéposer son brevet, Bell n’en aurait pas eu l’exploitation, et jamais cette arme de destruction massive n’aurait existé, perdu dans les méandres de l’administration italienne. Mais bon comme Meucci n’avait pas d’argent, il n’a pas pu redéposer son dossier. Bell, qui travaillait avec lui dans le même labo, l’a déposé pour son compte. Cent ans plus tard, l’Assemblée américaine a reconnu le véritable découvreur. Trop tard. Donc Georges répond à un appel sur son portable. Il dit des choses terribles, « Ne touche à rien », menaçantes, « on verra cela à mon retour », émouvantes « ne fais plus rien tant que cela n’est pas retombé à 1,5 ». Si c’est la tension artérielle de quelqu’un, cherche plus Georges, il est mort, si c’est la note de ton petit fils en matchs, il ne faut jamais désespérer. Puis il a dit « Allo » trois fois, sans savoir pourquoi. La ligne était mauvaise. « Je suis dans le train ». Grimace sur le visage de Georges. « Ben, oui où veux tu que je sois ». Puis il a raccroché, levé les épaules, les sourcils, son pull, le nez, tout ce qui lève sur Georges, s’est levé, et cela donnait comme un ola désordonné dans un stade de foot. On y sentait la stupeur mais aussi l’agacement. Georges n’était pas content. Il s’est rassis à côté de son épouse. Elle l’a questionné, il lui a répondu « Rien ».

-   Dans le métro, tout à l’heure, il y avait un gars qui ressemblait à Georges. Le sourcil broussailleux, les cheveux en bataille, les chevaux au galop. Quand il est entré il a dit « Bonjour Messieurs-Dames ». Au revers gauche de sa veste, une sorte de légion d’honneur mais en bleu. Un pins pro-Obama peut-être. Au revers droit, une femme, maigrelette, blonde. Ils parlent d’un discours que Pro-Obama vient de prononcer quelque part. Cela a l’air d’avoir parlé de médecine. Et donc Monsieur Pins, qui tourne sa langue autour de ses lèvres pour l’aérer un peu (comme on fait quand on a du Nutella le matin sur la commissure des lèvres, voir figure 1), explique comment il fait pour subjuguer les foules. « Tu vois je ne suis pas beau, je ne suis plus jeune, il ne me reste que les mots », semble dire son regard.

-   La femme blonde boit ses paroles. « Tu vois au début, je préparais mes discours. Et bien, tu veux que je te dise, c’était nul. Aujourd’hui… ».

-   - Oui aujourd’hui, tu prépares une accroche, tu choisis un thème, une chute et puis tu y vas. Tu étais très bon tout à l’heure.

-   Non, aujourd’hui… Qu’est-ce que tu viens de dire ?

-   Tu étais très bon tout à l’heure. Pas comme M. c’était plat.

-   Oui tu as raison, j’étais bon tout à l’heure.

Blabla. La conversation continue. La station Concorde approche. Ce n’est pas le moment de se disputer.

-   Tu vois, dit la femme, sans aucun rapport. Moi je préfère un homme sans trop de qualité mais qui ne me bat pas. Plutôt qu’un homme beau, qui me ferait du mal.

Un homme qui n’est pas beau, n’est plus jeune, à qui il ne reste que des mots.

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