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L’avenir du système bancaire (2)

Publié le 17 octobre 2008 par Marc Lenot

bethune-loppin.1223970255.JPGA la Banque de France de Béthune, l’espace dévolu à l’habitation du Directeur, de sa famille et de sa domesticité était égal à celui destiné aux activités de la banque. A côté de l’installation de Claude Lévêque dans les bureaux et annexes, deux jeunes artistes ont investi le duplex directorial (Lab-labanque, jusqu’au 31 janvier). Comme visitant un appartement récemment abandonné, on découvre ici et là des vestiges, des empreintes qui nous disent un peu la vie d’avant.

Jonathan Loppin (vu à La Générale il y a

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deux ans) a pris l’étage noble, beaux parquets, hauts plafonds, chandeliers et murs repeints en blanc. Je vous déteste tous, la pièce éponyme de l’exposition (ci-dessus), dit les drames familiaux cachés : le cercle s’est réuni, puis séparé, ne restent que les vestiges, sept chaises cassées, brûlées, défoncées. Nous ne saurons rien du drame qui s’est joué ici, des conflits d’amour ou d’argent qui ont amené tant de violence. Et, à l’image du locataire du rez-de-chaussée, Loppin se contente de si peu de choses, joue avec une telle parcimonie, que l’effet en est renforcé. Le salon voisin, Pouponnière, abrite-t-il des cercueils d’enfants ? Mais la vie est là, en filigrane; la cuisine abrite des Piles de plats fraîchement lavés, à peine secs (ci-contre), la ‘Remise’ voisine déborde de pommes de terre. Dans une autre pièce sont empilés des morceaux de chaise en bois qui ont été démantibulées (’Assis sur ma tête’); au sol, de la sciure : le massacre vient juste d’avoir lieu, relevons les traces. Plus loin, un moteur ahane doucement dans une caisse en bois : ‘Boîte de départ’, vidons les lieux.

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Le travail de Sophie Dubosc (vu ici, et qu’on peut revoir à Antidote actuellement) à l’étage supérieur, celui des enfants et des domestiques, moins raffiné, avec papiers peints ringards et tuyaux apparents, est encore plus poétique, plus enfantin, plus mystérieux et aussi plus morbide. Ici, la mort rode. Par la fenêtre, de l’autre côté de la rue, un bâtiment désaffecté avec une flaque d’eau sur le toit qui reflète le ciel : l’enseigne décrochée a laissé la trace de ses lettres, funéraires (plus haut). Si Sophie Dubosc joue avec l’espace, installant des souricières multiples, conservant des portes qui ne mènent nulle part, c’est surtout le sentiment d’abandon qu’elle sait recréer. Ces voiles dissimulent des formes indistinctes (La ruse symétrique, ci-dessus), des secrets à cacher, des morts inconnues.
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Dans les rayons du soleil filtrés par les persiennes, des jambes ex-voto pendent du plafond (Le séchoir, ci-contre) : quel rite macabre a eu lieu ici ? Quelle guérison, ou quel exorcisme ? Plus loin, du crin de cheval ou de la filasse, une fourmilière abandonnée. Ici aussi, mystère récent, parfum d’un passé disparu, recueillement.

Ces trois installations sont de magnifiques re-créations de l’esprit des lieux, chacune à sa manière, Lévêque plus historique et social, Dubosc plus enfantine et funèbre, Loppin plus psychologue et élégant. Béthune est à un peu plus d’une heure de Paris, il faut y aller.

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Quant au véritable avenir du véritable système bancaire, je n’en parlerai pas ici, mais cliquez donc sur le dessin de Xavier Gorce.

Photos : détails des installations in situ de Jonathan Loppin (exposition ‘Je vous déteste tous’) et de Sophie Dubosc (exposition ‘Adieu Berthe’), Lab-labanque, ancienne Banque de France, Béthune. Photos 1, 3, 4 et 5 de l’auteur; photo 2 par Jonathan Loppin.


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